© TF1-LCIDans les années 80, stars et musiciens se mobilisaient pour lutter contre la famine en Ethiopie. C'était l'époque des grands concerts humanitaires et des images terrifiantes d'enfants aux membres squelettiques et au ventre gonflé par le kwashiorkor, qui mouraient presque en direct à la télévision. Des images qui se sont banalisées... puis qu'on a cessé de voir. Pourtant, en trente ans, la situation a continué à s'aggraver en matière de malnutrition. Sans que les Français s'en aperçoivent, ce qu'un sondage TNS Sofres (1) réalisé pour Action contre la Faim et le Journal du Dimanche met dramatiquement en lumière aujourd'hui.
Selon cette étude, les Français sont ainsi 48% à ignorer qu'au cours des trente dernières années, le nombre de personnes victimes de malnutrition dans le monde a plus que doublé, au point de franchir en juin le cap du milliard. Si 52% des sondés pensent que la faim et la malnutrition se sont aggravées, 33% pensent que la situation n'a pas changé en 30 ans et 12% pensent que la situation s'est améliorée. Les Français estiment toutefois à 68% que l'on ne parle pas assez de la faim dans le monde (contre 7% "on en parle trop"), un fléau identifié par plus des trois quarts (77%) comme étant plus meurtrier que le sida et la tuberculose réunis.
"1 milliard d'affamés : on en parle quand ?"
Une majorité de sondés (59%) estiment que la France et ses citoyens apportent une aide "importante" aux populations touchées par la faim, contre 32% pour qui elle est "pas ou peu importante". Pour autant, dans le contexte de crise économique, les Français sont 54% à estimer qu'il faut "augmenter l'aide à l'égard des populations les plus démunies", contre 36% qui estiment que "la France n'a plus les moyens d'aider les pays qui souffrent comme autrefois". Plusieurs hypothèses de financements de la lutte contre la faim ont été soumises aux sondés : ils se prononcent massivement (72%, contre 17% d'opposés) pour l'affectation des intérêts des assurances vie sans bénéficiaire conservés par les compagnies d'assurances. Viennent ensuite l'augmentation de 1 euro de la taxe solidaire sur les billets d'avion (68% pour, 26% contre), la création d'un nouvel impôt solidaire de 2 euros par an et par foyer (52% pour, 44% contre) ou d'une nouvelle taxe sur les alcools et tabacs (47% pour, 48% contre).
Pour Action contre la Faim, le degré de méconnaissance "dramatique" des Français du fléau de la faim "est le reflet du manque de mobilisation de la communauté internationale malgré l'urgence". Cela dit, l'organisation humanitaire se félicite de la solidarité exprimée par les Français et de leur "plébiscite" pour de nouveaux modes de financement de l'aide. Selon ACF, 20% des contrats d'assurance vie en France sont laissés en déshérence faute de bénéficiaire. Leur montant est estimé à une fourchette de 2 à 4 milliards d'euros et génère chaque année entre 100 et 250 millions d'euros d'intérêts. "Si ces intérêts étaient affectés à la lutte contre la faim, ils pourraient sauver de la mort près d'un million d'enfants atteints de la forme la plus grave de la malnutrition", estime François Danel, directeur général d'ACF, cité dans le communiqué. ACF a soumis ce mécanisme en septembre à l'Elysée "pour qu'il soit étudié dans les meilleurs délais".
L'ONG, qui fête ses trente ans, axe sa campagne de sensibilisation sur le thème de l'indifférence. Le slogan "1 milliard d'affamés : on en parle quand ?" sera décliné lors de rendez-vous en marge de la Journée mondiale de l'alimentation le 16 octobre et lors des rendez-vous internationaux.
D'après agence
(1) Le sondage a été réalisé du 25 au 28 septembre auprès d'un échantillon représentatif de la population de 1000 personnes, interrogées en face-à-face, selon la méthode des quotas.
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