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Herman Van Rompuy, le Belge qui va sauver l'UE ?

Par Hughes BEAUDOUIN, correspondant permanent à Bruxelles, le 04 novembre 2009 à 05h30, mis à jour le le 04 novembre 2009 à 09:22

Analyse - L'actuel Premier ministre belge, qui a remis de l'ordre dans le désordre politique de son pays, est désormais le favori pour le poste de premier président stable du Conseil européen

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Herman Van RompuyHerman Van Rompuy, le 29 octobre 2009

Vendredi 30 octobre, 14h00. Fin du conseil européen. Les chefs d'Etat et de gouvernement quittent les uns après les autres l'austère siège du Conseil, après avoir pour la plupart s'être livré au traditionnel exercice de la conférence de presse.



Herman Van Rompuy, le Premier ministre belge, est de ceux là. Il se dirige vers un ascenseur. Mais un agent d'entretien, en plein travail, oblige bien involontairement le Premier (c'est ainsi qu'on appelle familièrement le chef du gouvernement belge) à attendre le suivant. Aucun signe d'agacement. Bien au contraire, un sourire et un mot gentil pour saluer l'agent. Voilà Herman Van Rompuy, un homme simple, modeste, qu'on peut saluer simplement dans la rue. L'homme préfère son "chez lui" aux dîners en ville. C'est la modestie faite premier ministre d'un des pays les plus difficilement gouvernables d'Europe. Et c'est peut être pourquoi depuis quelques semaines son nom circule pour occuper la fonction de premier président stable du Conseil européen.

Du "16" au "175" ?

Depuis que la candidature de Tony Blair, qui semblait tout désigné pour le poste, a été sabordée par plusieurs dirigeants européens, les 27 sont à la recherche de la perle rare. Si l'on devait rédiger l'offre d'emploi, on verrait vite que le profil ne court pas les rues. Ancien chef d'Etat ou de gouvernement, issu d'un pays qui participe à l'ensemble des politiques européennes. Patient, rompu aux négociations nocturnes, grand diplomate, connu et reconnu par les grands de ce monde. Conservateur modéré, europhile sans être fédéraliste, il ne doit pas faire d'ombre à Nicolas Sarkozy et à Angela Merkel et doit tout à la fois donner la place qu'ils méritent aux dirigeants des petits Etats. On pourra ajouter qu'il doit être polyglotte ou tout au moins maîtriser l'anglais et le français. Les "chasseurs de tête" de la diplomatie européenne ne s'y sont pas trompés. A quelques centaines de mètres du 175 rue de la Loi, siège du Conseil,  il y a le 16 rue de la Loi, bureau du Premier ministre belge.

Petit rappel : décembre 2008, entre Noël et le Jour de l'An, la Belgique se cherche une nouvelle fois un Premier ministre. Le pays traverse en effet son énième crise institutionnelle, Yves Leterme a démissionné, il n'est vraiment pas l'homme de la situation. Herman Van Rompuy, sage parmi les sages, président de la Chambre, semble tout désigné pour recoller les morceaux. Conservateur modéré, bruxellois flamand, issu d'une grande famille de "vrais" Belges, francophone et francophile, il est sollicité par tous. Pourtant, il refuse. A 63 ans, l'homme veut achever sa carrière politique tranquillement. Mais le Roi Albert II insiste, le supplie probablement. Et Herman cède.

Le coup du "haïku"

Depuis, la Belgique semble avoir retrouvé une certaine sérénité. Il faut dire que la crise économique occupe plus les esprits que le conflit institutionnel. Chacun accepte cet homme qui semble être la dernière solution pour pacifier les relations entre Flamands, Bruxellois et Wallons. Certains le disent terne, effacé, sans charisme. Peut être. Mais sa rigueur et sa simplicité ne font aucun doute. Et l'homme n'est pas dénué d'humour et de culture. Jeudi 29 octobre, alors qu'il présente avec ses homologues espagnol et hongrois le logo commun des trois futures présidences européennes, il déclame un haïku (ndlr : forme poétique japonaise très codifiée), dont il est très amateur ("Drie golven rollen. Samen de haven binnen. Het trio is thuis", que l'on pourrait traduire par : "Trois rouleaux  de  vagues entrent ensemble dans le port. Le trio est chez lui") et se lance dans un récit historique à la "Alain Decaux" sur ce qui rapproche ces trois pays. C'était osé, il l'a fait...


Alors voilà pourquoi, faute de mieux diront certains, les diplomates européens ont pensé à cet homme pour diriger le Conseil européen pendant 30 mois (mandat renouvelable une fois). On se dirigerait donc vers une présidence modeste, ce qui ne correspond pas tout à fait aux projets des initiateurs du Traité de Lisbonne. Herman Van Rompuy entre Barack Obama, Hu Jintao, le président chinois, et Dmitri Medvedev, le président russe, effectivement, ça peut fragiliser la position européenne. Or le Traité de Lisbonne a justement pour objectif d'imposer l'Europe comme véritable interlocuteur sur la scène internationale.

Le "BHV" plus fort que l'UE ?

Mais les Belges laisseront-ils le locataire du "16" remonter la rue jusqu'au 175 ? Rien n'est moins sûr. Certes, depuis que le nom du Premier circule, les sujets d'Albert II se disent fiers et honorés. Mais qui mettre à sa place? Avec humour, un diplomate européen remarquait à l'issue du sommet européen qu'il faudrait peut être organiser un Conseil européen extraordinaire pour trouver un Premier ministre à la Belgique. Car pour l'instant, Herman Van Rompuy semble irremplaçable. Les Belges doivent trouver une solution d'ici le printemps sur l'avenir institutionnel du fameux "BHV".

Le BHV, c'est cet arrondissement qui comprend la région de Bruxelles Capitale et quelques cantons flamands où réside une importante minorité francophone. Si cet arrondissement devait être scindé, les populations francophones perdraient un statut dérogatoire particulier. Un casus belli. Pour l'instant, le modéré Herman Van Rompuy a réussi à calmer le jeu. La plupart des autres responsables politiques flamands, notamment parmi les plus jeunes, sont une ligne plus combattive. D'où l'intérêt des Belges de garder leur Herman aussi longtemps que possible.

le 04 novembre 2009 à 05:30
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