"Ceux qui parlent ne savent rien, et ceux qui savent ne parlent pas"... Appliqué aux négociations sur le choix des "top jobs" (président du Conseil et Haut représentant aux Affaires étrangères) de l'Union européenne, cet adage, popularisé en son temps par Bernadette Chirac, est d'une brûlante actualité. Les rumeurs ont enflé chaque jour, se sont dégonflées dès le lendemain tandis d'autres apparaissaient. Mais aucune info sérieuse ou presque n'a filtré. Les Suédois, qui président l'UE jusqu'au 31 décembre, ont en effet cultivé un suspense sans précédent, ne laissant échapper à dose homéopathique que quelques informations immédiatement analysées et souvent sur-interprétées.
C'est notre président... mais il devra convaincre
Herman Van Rompuy, tout fraîchement nommé à la présidence de l'UE, concentre déjà sur lui les critiques. De même que Catherine Ashton, nommée aux Affaires étrangères.
Publié le 20/11/2009
Le Belge Van Rompuy à la présidence de l'UE
Le Premier ministre Van Rompuy a été choisi jeudi par les dirigeants de l'UE pour devenir le premier président fixe du conseil européen. La britannique Catherine Ashton a été désignée haut représentant pour les Affaires étrangères.
Publié le 19/11/2009
L'Europe se choisit son nouveau visage
Les 27 se réunissent ce soir pour choisir le futur président stable du Conseil européen. Découvrez les principaux favoris et outsiders d'une procédure critiquée pour son opacité.
Publié le 18/11/2009
Le ministre des Affaires étrangères suédois va-t-il déjeuner dans une pizzeria qu'immédiatement on spécule sur la chance du candidat italien. Sa ministre des Affaires européennes s'exprime-t-elle en français, qu'on se dit que les candidats francophones ont leur chance... Un jour, ce sont les Polonais qui laissent dire qu'ils ne se laisseront pas dicter un choix par le directoire franco-allemand, suivis des Espagnols qui auraient exigé qu'un des postes leur revienne. Et c'est là que le nom de l'ancien premier ministre José Maria Aznar a réapparu, étrangement soutenu par le président du Parlement européen.
Bref, juste avant le sommet dînatoire de jeudi soir, la situation était plutôt confuse. La nomination d'un premier président de l'Union européenne devait offrir au monde un nouveau visage de cette vieille Europe. Or l'affaire tourne au ridicule. "It's a complete mess" s'est même écriée en début de semaine la ministre suédoise des Affaires européennes. Comprenez, "c'est le bazar le plus complet". "Même l'élection d'un pape est plus transparente", ajoute, excédé, un diplomate suédois, habitué dans son pays à plus de transparence. Une chose est acquise : une vingtaine de noms circulent pour les deux postes. Seuls 6 ou 7 sont connus -et encore, sans certitude, puisque sans confirmation en général des intéressés.
Le Benelux en vedette
Etat des lieux à quelques heures de l'échéance ? Le poste de président de l'Union ira probablement à un homme de droite... ou une femme et le Haut Représentant sera un social-démocrate. Herman Van Rompuy, le Premier ministre belge, semble ainsi toujours le favori pour la présidence, même s'il a perdu quelques points après s'être exprimé en faveur d'une fiscalité verte européenne lors d'un déjeuner du cercle de Bilderberg -un cénacle très chic et très discret réunissant hommes politiques, d'affaires, journalistes triés sur le volet. Immédiatement, la presse britannique, Daily Telegraph en tête, a lancé l'offensive anti-belge. Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg, semble pour sa part avoir de nouveau les faveurs de l'Allemagne après une déclaration de soutien du président du Bundestag, très probablement autorisée par Angela Merkel.
Les Britanniques continuent de soutenir Tony Blair en faisant mine d'ignorer qu'il n'a quasiment plus aucune chance. En coulisses, les diplomates britanniques s'activent, cajolent les journalistes, exercent un lobbying d'enfer auprès de certaines agences de presse. A Bruxelles, les journalistes britanniques tiennent le même discours : Blair est le meilleur candidat, c'est lui qui sera capable de donner un visage à l'Europe. "Oui mais quel visage !" rétorquent unanimes Belges, Luxembourgeois et Néerlandais qui, eux, ont chacun leur candidat. Le Benelux tient donc la vedette : certes, ce sont de petits pays, mais des pays fondateurs qui participent à toutes les politiques européennes. Leur brevet d'européanité est quasi incontestable. Mais bon, leurs candidats sont un peu ternes, peu connus hors d'Europe... et surtout un peu trop "masculins".
Où sont les femmes ?
Car depuis quelques jours, les femmes européennes se révoltent. Alors que tout le monde parle d'équilibre (nord/sud, est/ouest, gauche/droite, petit/grand), celui homme/femme ne semble plus la priorité. La Commission européenne est en phase de renouvellement, mais il apparait que seules quatre candidatures féminines ont été présentées à ce jour. Or la Commission sortante en compte huit. La régression est patente. Une véritable offensive a donc été lancée pour appeler les Etats à soutenir des candidatures féminines. Issues de la plupart des groupes politiques du Parlement européen, des députées ont manifesté ce mercredi, habillées en homme, portant cravate, pour dénoncer cette Europe masculine. Et on sent que les diplomates européens sont embarrassés. Ils semblent hésiter.
Et pourtant des candidates, il y en a. Et une particulièrement, qui ne manque pas de bravoure : l'ancienne présidente de la Lettonie. Vaira Vike-Freiberga est d'ailleurs officiellement candidate. Et voilà une femme qui détonne dans le paysage politique européen. Alors que les hommes n'osent se déclarer et qu'une opacité complète couvre des négociations secrètes, elle assume son ambition, n'hésite pas accorder des interviews, à dénoncer les pratiques politiques moyenâgeuses des dirigeants européens. Bref, c'est le buzz autour d'elle depuis le début de la semaine. Au grand dam des autres "candidats" qui ne savent pas comment riposter. Cette amie de Jaques Chirac est également soutenue et poussée par un "think-tank" (groupe de réflexion) français, proche du Quai d'Orsay. Une coïncidence ?
Paris intrigue
D'ailleurs, la position de la France intrigue. Chacun est bien conscient que rien ne sera décidé sans son accord, Certes, les nominations seront votées à la majorité qualifiée. Mais personne n'imagine que les principaux dirigeants de l'Union puissent être nommés sans l'aval de Paris. Cette fois-ci, la France n'a pas de candidat déclaré et est devenue soudainement très discrète depuis que son soutien à Tony Blair n'a servi strictement à rien. Une simple note des dirigeants du Benelux a suffi à discréditer la candidature de l'ancien Premier ministre britannique. Ça rend modeste... Depuis Paris souffle le chaud et le froid. Laissant entrevoir sa faveur au Premier ministre belge, avant de ne pas exclure deux jours après de soutenir le Premier ministre luxembourgeois.
A priori, il n'y aura pas de Français puisque Paris n'a présenté aucun candidat.
| Toutes les coulisses de l'UE à Bruxelles dans le blog d'Hughes Beaudouin |
Jusqu'à vendredi midi ?
Réponse jeudi soir, tard, peut-être très tard. Le protocole du Conseil européen a d'ailleurs pris toutes ses dispositions au cas où. Petit déjeuner et même déjeuner pour vendredi ont été prévus...
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C'est notre président... mais il devra convaincre
L'Europe se choisit son nouveau visage

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