Présidence de l'Europe : "Le bazar le plus complet"

Par Hughes BEAUDOUIN, correspondant à Bruxelles, le 19 novembre 2009 à 10h35 , mis à jour le 19 novembre 2009 à 17h02

Dossier : UE

En coulisses - Le choix du premier président du Conseil européen, désigné ce soir, a donné lieu à une bataille opaque. Hughes Beaudouin, le correspondant de TF1 News à Bruxelles, relate ce "bazar", comme le surnomme une ministre suédoise.

"Ceux qui parlent ne savent rien, et ceux qui savent ne parlent pas"... Appliqué aux négociations sur le choix des "top jobs" (président du Conseil et Haut représentant aux Affaires étrangères) de l'Union européenne, cet adage, popularisé en son temps par Bernadette Chirac, est d'une brûlante actualité. Les rumeurs ont enflé chaque jour, se sont dégonflées dès le lendemain tandis d'autres apparaissaient. Mais aucune info sérieuse ou presque n'a filtré. Les Suédois, qui président l'UE jusqu'au 31 décembre, ont en effet cultivé un suspense sans précédent, ne laissant échapper à dose homéopathique que quelques informations immédiatement analysées et souvent sur-interprétées.

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Plus d'infos

 
Le ministre des Affaires étrangères suédois va-t-il déjeuner dans une pizzeria qu'immédiatement on spécule sur la chance du candidat italien. Sa ministre des Affaires européennes s'exprime-t-elle en français, qu'on se dit que les candidats francophones ont leur chance... Un jour, ce sont les Polonais qui laissent dire qu'ils ne se laisseront pas dicter un choix par le directoire franco-allemand, suivis des Espagnols qui auraient exigé qu'un des postes leur revienne. Et c'est là que le nom de l'ancien premier ministre José Maria Aznar a réapparu, étrangement soutenu par le président du Parlement européen.  
 

Bref, juste avant le sommet dînatoire de jeudi soir, la situation était plutôt confuse. La nomination d'un premier président de l'Union européenne devait offrir au monde un nouveau visage de cette vieille Europe.  Or l'affaire tourne au ridicule. "It's a complete mess" s'est même écriée en début de semaine la ministre suédoise des Affaires européennes. Comprenez, "c'est le bazar le plus complet". "Même l'élection d'un pape est plus transparente",  ajoute, excédé, un diplomate suédois, habitué dans son pays à plus de transparence. Une chose est acquise : une vingtaine de noms circulent pour les deux postes. Seuls 6 ou 7 sont connus -et encore, sans certitude, puisque sans confirmation en général des intéressés.

Le Benelux en vedette
 
Etat des lieux à quelques heures de l'échéance ? Le poste de président de l'Union ira probablement à un homme de droite... ou une femme et le Haut Représentant sera un social-démocrate. Herman Van Rompuy, le Premier ministre belge, semble ainsi toujours le favori pour la présidence, même s'il a perdu quelques points après s'être exprimé en faveur d'une fiscalité verte européenne lors d'un déjeuner du cercle de Bilderberg -un cénacle très chic et très discret réunissant hommes politiques, d'affaires, journalistes triés sur le volet. Immédiatement, la presse britannique, Daily Telegraph en tête, a lancé l'offensive anti-belge.  Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg, semble pour sa part avoir de nouveau les faveurs de l'Allemagne après une déclaration de soutien du président du Bundestag, très probablement autorisée par Angela Merkel.

Les Britanniques continuent de soutenir Tony Blair en faisant mine d'ignorer qu'il n'a quasiment plus aucune chance. En coulisses, les diplomates britanniques s'activent, cajolent les journalistes, exercent un lobbying d'enfer auprès de certaines agences de presse. A Bruxelles, les journalistes britanniques tiennent le même discours : Blair est le meilleur candidat, c'est lui qui sera capable de donner un visage à l'Europe. "Oui mais quel visage !" rétorquent unanimes Belges, Luxembourgeois et Néerlandais qui, eux, ont chacun leur candidat. Le Benelux tient donc la vedette : certes, ce sont de petits pays, mais des pays fondateurs qui participent à toutes les politiques européennes. Leur brevet d'européanité est quasi incontestable. Mais bon, leurs candidats sont un peu ternes, peu connus hors d'Europe... et surtout un peu trop "masculins".

Où sont les femmes ?
 
Car depuis quelques jours, les femmes européennes se révoltent. Alors que tout le monde parle d'équilibre (nord/sud, est/ouest, gauche/droite, petit/grand), celui homme/femme ne semble plus la priorité. La Commission européenne est en phase de renouvellement, mais il apparait que seules quatre candidatures féminines ont été présentées à ce jour. Or la Commission sortante en compte huit. La régression est patente. Une véritable offensive a donc été lancée pour appeler les Etats à soutenir des candidatures féminines. Issues de la plupart des groupes politiques du Parlement européen, des députées ont manifesté ce mercredi, habillées en homme, portant cravate, pour dénoncer cette Europe masculine. Et on sent que les diplomates européens sont embarrassés. Ils semblent hésiter.
 
Et pourtant des candidates, il y en a. Et une particulièrement, qui ne manque pas de bravoure : l'ancienne présidente de la Lettonie. Vaira Vike-Freiberga est d'ailleurs officiellement candidate. Et voilà une femme qui détonne dans le paysage politique européen. Alors que les hommes n'osent se déclarer et qu'une opacité complète couvre des négociations secrètes, elle assume son ambition, n'hésite pas accorder des interviews, à dénoncer les pratiques politiques moyenâgeuses des dirigeants européens. Bref, c'est le buzz autour d'elle depuis le début de la semaine. Au grand dam des autres "candidats" qui ne savent pas comment riposter. Cette amie de Jaques Chirac est également soutenue et poussée par un "think-tank" (groupe de réflexion) français, proche du Quai d'Orsay. Une coïncidence ?
 
Paris intrigue
 
D'ailleurs, la position de la  France intrigue. Chacun est bien conscient que rien ne sera décidé sans son accord, Certes, les nominations seront votées à la majorité qualifiée. Mais personne n'imagine que les principaux dirigeants de l'Union puissent être nommés sans l'aval de Paris. Cette fois-ci, la France n'a pas de candidat déclaré et est devenue soudainement très discrète depuis que son soutien à Tony Blair n'a servi strictement à rien. Une simple note des dirigeants du Benelux a suffi à discréditer la candidature de l'ancien Premier ministre britannique. Ça rend modeste... Depuis Paris souffle le chaud et le froid. Laissant entrevoir sa faveur au Premier ministre belge, avant de ne pas exclure deux jours après de soutenir le Premier ministre luxembourgeois.
 
A priori, il n'y aura pas de Français puisque Paris n'a présenté aucun candidat.

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                d'Hughes Beaudouin
 
Même si depuis mardi circule la rumeur d'une nomination d'Elisabeth Guigou au poste de Haut représentant. On résoudrait du même coup le quadruple critère : femme, expérimentée, socialiste et issue d'un pays fondateur. Mais personne, vraiment personne, de l'Elysée à Matignon, n'a donné le moindre crédit à cette information. Encore une rumeur... Une chose est sûre : l'Elysée ne veut pas apparaître dans le camp des perdants.

Jusqu'à vendredi midi ?
 
Réponse jeudi soir, tard, peut-être très tard. Le protocole du Conseil européen a  d'ailleurs pris toutes ses dispositions au cas où. Petit déjeuner et même déjeuner pour vendredi ont été prévus...

Par Hughes BEAUDOUIN, correspondant à Bruxelles le 19 novembre 2009 à 10:35
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8 Commentaires

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  • lecritiqueur, le 19/11/2009 à 17h54

    Une fois de plus cela coutera un M A X mais il suffit d emprunter..............

  • pierre2202, le 19/11/2009 à 16h43

    Ah bon? Ca se passe qu'à ce niveau? Vous ne croyez pas que ça se passe déjà comme ça au niveau des régions et des départements français? Elire une femme parce que c'est une femme n'est pas être ouvert, c'est la présenter que par son sexe avant son statut de personne capable

  • robert64140, le 19/11/2009 à 15h58

    Mais arrêtez tous vos commentaires ! Vous n'avez pas encore compris que cette Europe ne sera jamais les états unis d'Europe mais les états unis de, à moi les avantages, aux autres les taxes, si tu veux que je vote ta loi tu me donne ça en compensation, etc. et etc. En bref la magouille à tous les étages

  • alkx, le 19/11/2009 à 15h15

    Je trouve cela regrettable que l'Europe manque une opportunité de prendre sa place au niveau international en nommant des personnalités représentatives de ce charisme dont on aura tant besoin alors que les équilibres internationales sont en pleine mutation (cf. La tournée du Président américain en Asie). Ce sont des personnalités de la stature de Tony Blair, de Dominique de Villepin dont l'Europe a besoin. Le lobby bruxellois est très puissant et de nombreux postes francophones sont pourvus par des belges au détriment des français, cela se ressent également dans l'attribution des marchés. Pourquoi continuer à jouer ce jeu sous prétexte de ne pas faire de l'ombre aux dirigeants actuels. C'est exactement l'inverse de la politique pratiquée par les américains, on prend les meilleurs, on forme une équipe et tous s'enrichissent de cette expérience.

  • fdd66, le 19/11/2009 à 14h50

    Je ne comprends pas que l'on ne privilegie pas une personnalité de poids ayant une stature internationale comme l'est Tony Blair. , ayant l'expérience des grands du monde . J'espère quel que soit celui qui sera désigné, qu'il ne se fera pas " bouffer " . L'europe a besoin d'être forte pour survivre face aux blocs que sont les pays d'asie et d'amérique.

  • zy78, le 19/11/2009 à 13h42

    Ah ! non pas Ségolène, elle serait capable de donner des chèques contraceptifs aux Chinois, ça fait du monde ! ! !

  • zy78, le 19/11/2009 à 13h12

    Ca étonne qui ! Il fallait s'y attendre chaqu'un a un candidat. Y pas un Sarko de libre ?

  • henri_bambelle, le 19/11/2009 à 11h56

    Personnellement, je verrais bien Bayrou ou Ségolène dans cette fonction aussi prestigieuse qu'inutile !

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