© ABACASouvent montrés du doigt pour leur absentéisme, les députés du Parlement européen (PE) devront impérativement assister mardi à un discours de José Manuel Barroso sur "l'état de l'Union" européenne, sous peine d'amende, a annoncé lundi un porte-parole du PE. Ce dispositif inédit, imaginé à l'occasion du tout premier "discours sur l'état de l'Union" que le président de la Commission européenne doit prononcer devant les 736 députés, a été décidé par les présidents de groupes politiques, a précisé le président du PE, Jerzy Buzek, à l'ouverture de la session plénière de rentrée à Strasbourg. Les présidents de groupes ont justifié leur initiative par "l'absentéisme élevé aux débats en plénière" et ont "exigé qu'on ait une présence particulièrement élevée à ce débat sans précédent", a expliqué M. Buzek.
Devant la grogne d'une partie des députés, le Bureau du Parlement - qui réunit le président et ses 14 vice-présidents - a toutefois proposé aux présidents de groupes, lundi dans la soirée, d'abandonner ce dispositif. La décision finale ne devait être prise que dans la nuit, a indiqué une source au PE. Si la décision des présidents de groupes politiques est maintenue, le discours et le débat avec M. Barroso, prévus mardi matin, seront ponctués par trois "appels nominaux de présence": les élus devront utiliser un dispositif électronique individuel pour attester de leur présence. Celui ou celle qui n'aura pas cliqué trois fois correctement, sera soumis à une sanction financière: il ou elle ne percevra pas l'intégralité de son indemnité journalière de présence, fixée à 298 euros par jour.
"Un véritable farce !"
La méthode a provoqué l'indignation de certains députés. Lundi, à l'ouverture de la session, deux d'entre eux ont fait part de leur colère, sous des applaudissements nourris. "Nous sommes des députés librement élus et nous déterminons nous-mêmes nos priorités en notre âme et conscience", a déclaré le conservateur allemand Bernd Posselt. "J'avais prévu de participer au débat, mais s'il doit y avoir une vérification électronique, je n'y participerai pas". "C'est une véritable farce !", a renchéri la libérale-démocrate britannique Sarah Ludford. "Si on n'y renonce pas, les gens diront: 'les parlementaires ne sont là que parce qu'ils ont été payés pour écouter Barroso'". "C'est une erreur de relation publique, autant se tirer une balle dans le pied", a-t-elle ajouté. Conciliant, le Français Joseph Daul, chef de file des députés conservateurs et donc coauteur de la mesure controversée, a parlé d'une décision "prise peut-être trop rapidement".
Dans le passé, les prestations orales du président de la Commission européenne ont eu lieu devant des hémicycles jugés parfois trop dégarnis. Cette fois, M. Barroso va en outre innover. Le traité de Lisbonne, censé donner une plus grande visibilité à l'UE, introduit en effet ce "discours sur l'état de l'Union" devant le PE, sur le modèle de celui que prononce chaque année le président des Etats-Unis pour présenter son programme au Congrès. La porte-parole de M. Barroso, Pia Ahrenkilde, a réfuté l'idée que celui-ci ait pu suggérer l'idée de pénaliser les eurodéputés absents afin de s'assurer un public suffisant, tout en ajoutant: "Nous espérons bien entendu, étant donné l'importance que nous accordons à cette occasion de débattre de l'avenir de l'Europe, une présence très importante". Le même dispositif de pointage s'applique depuis longtemps aux votes des députés européens. Mais c'est la première fois qu'il sera utilisé pour limiter l'absentéisme à l'occasion d'un discours et d'un débat.
Retour MYTF1
Chargement en cours...





