Marie Collins, une Irlandaise violée à 13 ans par un prêtre, a témoigné de son long calvaire à l'occasion du Symposium sur la pédophilie organisé au Vatican. Le 7 février 2012. © AFP"Bien que cela soit arrivé il y a plus de 50 ans, c'est impossible à oublier" : Marie Collins, 64 ans, a raconté son calvaire mardi devant quelque 200 évêques et experts. C'est la seule victime invitée à un symposium sur la pédophilie organisé par le Vatican (lire notre encadré dessous). "Demander pardon pour les actes des prêtres pédophiles ne suffit pas", a-t-elle rappelé ; réclamant que les supérieurs hiérarchiques ayant couvert ces actes reconnaissent leurs responsabilités. Voici des extraits de son récit.
Pédophilie : l'Eglise tente de tirer les leçons du scandale
Benoît XVI a plaidé pour "un profond renouveau de l'Eglise" lundi à Rome, à l'ouverture d'assises organisées par l'Eglise catholique sur le problème de la pédophilie. Pour l'organisateur du symposium, l'Eglise entend "assumer la responsabilité pour le mal commis".
Publié le 07/02/2012
Benoît XVI rattrapé en Allemagne par les scandales de pédophilie
Alors que des dizaines de milliers de catholiques allemands ont demandé à être rayés des registres de leurs Eglises après les scandales impliquant des prêtres pédophiles, Benoît XVI dit "comprendre que devant de telles informations (...) quelqu'un dise: ce n'est plus mon Eglise".
Publié le 22/09/2011
Le pape "secoué" après avoir parlé à des victimes d'abus sexuels
Benoît XVI s'est déclaré "ému" et "secoué" après avoir rencontré des victimes d'abus sexuels commis au sein de l'Eglise vendredi soir à Erfurt.
Publié le 23/09/2011
Des victimes de prêtres pédophiles portent plainte contre le pape
Réunis sous l'égide d'une association internationale, des victimes de prêtres pédophiles ont déposé une plainte devant la Cour pénale internationale contre le pape et d'autres responsables de l'Eglise catholique pour "crime contre l'humanité".
Publié le 13/09/2011
Sur le Chemin de croix, le pape prie pour la famille
Le pape Benoît XVI, qui aura 85 ans dans dix jours, a présidé dans la nuit la Via Crucis au Colisée à Rome, en présence de milliers de religieux et de laïcs, au deuxième jour du marathon épuisant de la semaine Sainte, qui s'achèvera dimanche avec la fête de Pâques.
Publié le 07/04/2012
"Le stade le plus vulnérable"
"Je venais d'avoir treize ans et j'étais au stade le plus vulnérable, celui d'une enfant malade à l'hôpital, quand un prêtre a abusé de moi sexuellement. Je n'avais pas de connaissance de la sexualité et mon innocence a ajouté à ma vulnérabilité."
"Je lui accordais automatiquement ma confiance"
"Je prenais ma religion catholique très au sérieux et je venais de faire ma confirmation. J'étais malade, inquiète, loin de ma maison et de ma famille pour la première fois. Je me suis sentie plus en sécurité quand un aumônier catholique est venu me rendre visite à l'hôpital et me faire la lecture du soir. Malheureusement ces visites du soir dans ma chambre ont changé ma vie. Le prêtre n'était sorti du séminaire que quelques années plus tôt mais il était déjà un abuseur d'enfant expérimenté, je ne pouvais pas le savoir. J'avais appris qu'un prêtre était le représentant de Dieu sur Terre et je lui accordais automatiquement ma confiance et mon respect."
"Il disais que j'étais stupide si je pensais qu'il agissait mal"
"Quand il a commencé à pratiquer des attouchements sexuels, en prétendant au début que c'était un jeu, j'étais choquée, j'ai résisté, je lui ai dit d'arrêter. Mais il ne s'est pas arrêté. Tout en me molestant, il répétait qu'il était un prêtre et ne pouvait pas agir mal. Il a pris des photos des parties les plus intimes de mon corps et m'a dit que j'étais stupide si je pensais qu'il agissait mal. J'ai prié pour qu'il ne le fasse plus... mais il est revenu."
"Confusion dans mon esprit"
"Le fait que mon agresseur soit un prêtre a ajouté beaucoup de confusion dans mon esprit. Ces doigts qui avaient abusé de mon corps la nuit précédente me présentaient l'hostie le matin suivant. Les mains qui avaient photographié mon corps exposé, tenaient, à la lumière du jour, un livre de prières quand il écoutait ma confession."
"J'étais mauvaise, sale"
"Quand j'ai quitté l'hôpital, je n'étais plus la même. Je n'étais plus l'enfant confiante, insouciante et heureuse. J'étais persuadée d'être une mauvaise personne. Je ne me suis pas tournée contre la religion, je me suis tournée contre moi-même. J'ai passé mon adolescence seule, tenant tout le monde à distance pour qu'on ne découvre pas à quel point j'étais mauvaise, sale. Ce constant sentiment de culpabilité m'a conduit à une profonde dépression et des problèmes d'anxiété suffisamment graves pour que j'aie besoin d'un traitement médical quand j'avais 17 ans. De longues hospitalisations s'en sont suivies. A 29 ans, j'ai rencontré un homme merveilleux, je me suis mariée et j'ai eu un fils. Mais je n'arrivais pas à surmonter la dépression."
"Je n'en ai parlé qu'à 40 ans"
"J'avais 40 ans quand j'ai parlé de mon agression pour la première fois, au médecin qui me traitait. Il m'a conseillé de prévenir l'Eglise. J'ai pris un rendez-vous avec un curé, qui a refusé de prendre le nom de l'agresseur et m'a dit que c'était probablement de ma faute. Cette réponse m'a brisée.
Dix ans plus tard, la presse a largement couvert la série d'abus sexuels par des prêtres. Pour la première fois j'ai commencé à comprendre que mon agresseur l'avait peut-être fait à d'autres. J'ai écrit à mon évêque... Le prêtre qui m'avait agressée était protégé par ses supérieurs. Il a été laissé pendant des mois dans sa paroisse, où il préparait des enfants à la confirmation. J'étais traitée comme quelqu'un qui veut s'en prendre à l'Eglise, il y a eu obstruction à l'enquête policière. J'étais détruite."
"Ma vie a un sens"
"Le meilleur de ma vie a commencé il y a quinze ans quand mon agresseur a comparu en justice. Pendant ces années, j'ai travaillé avec mon diocèse et l'Eglise catholique en Irlande pour améliorer la protection des enfants. Ma vie n'est plus dévastée. Elle a un sens et de la valeur."
| Symposium sur la pédophilie |
Des délégués de 110 conférences épiscopales et supérieurs de 33 ordres religieux ont entamé depuis lundi une rencontre sans précédent à Rome pour chercher les remèdes de fond contre les abus pédophiles qui ont profondément ébranlé l'Eglise ces dernières années. Près de dix ans après l'éclatement du scandale aux Etats-Unis, suivi de révélations en chaîne, de l'Europe à l'Australie, ces assises pour une grande part à huis clos rassemblent 200 délégués jusqu'à jeudi sur le thème "Vers la guérison et le renouvellement"."Soulager les victimes doit être de la plus haute importance pour la communauté chrétienne et doit aller de pair avec un profond renouveau de l'Eglise à tous les niveaux", a affirmé le pape à l'ouverture de cette grande rencontre destinée à éviter la répétition des scandales pédophiles. |
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