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DOSSIER : UE

UE : le français, langue de seconde zone face à la dictature de l'anglais ?

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le 01 juin 2012 à 16h49 , mis à jour le 01 juin 2012 à 18h02.
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5min
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InstitutionsCOULISSES - La diffusion, uniquement en anglais dans un premier temps, d'un important rapport économique de la Commission déclenche une vive polémique. Car, au-delà de l'affaiblissement du français face à l'anglais, c'est tout le multilinguisme européen qui est remis en cause petit à petit.

La polémique aurait presque occulté l'essentiel : la publication par la Commission européenne mercredi de ses recommandations macroéconomiques à destination des 27 Etats membres de l'Union européenne. Soit 1.500 pages d'analyse sur l'état réel de leurs économies.
 
Problème, cette information essentielle, susceptible d'intéresser tout citoyen européen, n'a été diffusée qu'en anglais mercredi midi. La traduction dans les différentes langues officielles de l'Union n'a été effectuée que plusieurs heures plus tard. Trop tard pour la presse française notamment, qui a dû commencer à faire son travail d'analyse dès la diffusion du document. Tollé immédiat garanti parmi les correspondants permanents auprès de l'Union européenne. 
 
Car ces recommandations, très attendues, ne sont pas d'obscures décisions techniques de la Commission européenne. Elles vont faire débat dans chacun des Etats membres,  et influer très probablement sur les décisions politiques et économiques de chacun des gouvernements. Les Parlements nationaux, les syndicats, les oppositions parlementaires, les associations, les économistes, la presse bien sûr, vont pouvoir s'emparer de ce rapport détaillé et argumenté afin d'alimenter le débat public. C'est d'ailleurs ce qui a été voulu par les initiateurs de cet exercice afin d'améliorer la coordination et la gouvernance économique au sein de l'Union européenne. 

Un rapport très sévère.... en anglais

Pour la France, le rapport met en avant les déséquilibres macroéconomiques sérieux, les doutes sur la capacité du pays à respecter ses engagements budgétaires en l'absence de nouvelle réforme. Et les recommandations ne sont pas anodines : modération salariale, maintien de la TVA sociale, dérégulation des professions règlementées, nécessité d'une nouvelle réforme des retraites... Des sujets essentiels pour la vie démocratique du pays et qui donc mériteraient une diffusion dans la langue des citoyens de l'Union.

L'exécutif européen s'est défendu, expliquant que les documents étaient en cours de traduction. Certes. Mais, en attendant, les téléspectateurs auront vu sur leurs écrans un document émanant de Bruxelles, dans une autre langue que la leur pour des sujets qui concernent leur vie quotidienne. Cet affaiblissement du multilinguisme au sein de l'Union européenne n'est pas nouveau. Mais il devient de plus en plus problématique à un moment où les citoyens s'interrogent sur la légitimité démocratique des institutions européennes. Et cela se voit partout en Europe dans leur vote.

Le français en net recul

Les traités européens instituent comme langue de travail l'anglais, le français et l'allemand. Dans les faits, c'est de plus en plus l'anglais qui s'impose. Un fonctionnaire européen travaillant au sein de la Direction générale de l'interprétation  à la Commission  réagissait ainsi vendredi matin sur le compte facebook d'un journaliste français, sans langue de bois : "je dois bien avouer que le français devient une langue de seconde zone. Prétendre que le français et l'allemand sont des langues de travail relève de la galéjade. Toutes nos réunions internes se passent exclusivement en anglais, ne serait-ce que parce que les nouveaux arrivants ignorent tout du français"

L'usage de l'anglais au quotidien n'est pas problématique pour la plupart des journalistes, des fonctionnaires ou des parlementaires francophones. Tous ont appris à maitriser deux; voire trois langues étrangères. Ce qui est loin d'être le cas de leurs homologues anglo-saxons. Ce qui est plus problématique, c'est que de plus en plus de documents officiels ne sont plus traduits en français, ou alors très tardivement. Regrettable aussi que la plupart des porte-parole de la Commission, supposés être des relais auprès de l'opinion publique européenne, ne maîtrisent pas le français. La maitrise correcte de la langue française n'est en effet plus un critère d'embauche depuis le premier mandat de José Manuel Barroso, pourtant parfait francophone et francophile.

Aujourd'hui, le français n'est donc la langue "source" que pour seulement 8% des documents émanant de l'exécutif européen. Et sur le site internet de la Commission, seules 12% des pages sont traduites en français. Et c'est ainsi qu'insidieusement, une sorte de novlangue techno absconse s'impose  dans le quotidien de l'Europe. Comment traduire "duty drawbacks", "level playing field" ou "building blocks" ?  Les enfants de Molière, Goethe, Cervantès, et probablement ceux aussi de Shakespeare, sont désarçonnés...

Nombrilisme français ?

La "rébellion" d'une partie de la presse française pourrait paraître à certains comme d'arrière garde, corporatiste, avec des relents souverainistes déplaisants. Certes, certaines expressions peuvent être maladroites, mais il ne s'agit pas de cela en l'occurrence. Défendre le français, c'est défendre le multilinguisme, donc le portugais, le letton, le grec et le finnois. Peu importe que les réunions de cabinet à la Commission se déroulent en anglais. L'important est qu'elles se déroulent dans la langue comprise par tous.

Mais quand il s'agit de s'adresser au citoyen, il y a une obligation de le faire dans sa langue et pas de façon accessoire. Certains hauts fonctionnaires européens et dirigeants des institutions semblent de plus en plus évoluer "hors sol", loin des réalités des 500 millions de citoyens. Et en cela, ils creusent le fossé, déjà béant, entre eux et les peuples d'Europe. Certains pays, diplomates, parlementaires, journalistes se sont déjà résignés à la marginalisation plus ou moins totale de leur langue au sein des institutions européennes. Certains commissaires européens qui préfèrent parler un mauvais anglais, parfois un très mauvais anglais, plutôt que leur propre langue (qui serait d'ailleurs excellemment traduite par des interprètes qualifiés), donnent un mauvais exemple et font honte.
 
A Paris, des discours et peu d'actes

Très conscients de cette évolution, les responsables politiques français en restent trop souvent aux déclarations d'intention, et aux rappels incantatoires sur le rôle primordial de la langue française. Les rapports parlementaires, tous aussi alarmistes les uns que les autres, s'empilent. Dans les faits, les moyens se font attendre.

Le nouveau gouvernement français vient de recréer un portefeuille dédié à la francophonie. Hasard de calendrier, la nouvelle ministre Yamina Benguigui était à Bruxelles ce vendredi. Elle aussi s'est déclarée "vigilante" sur la question. Mais beaucoup attendent les actes...

Commenter cet article

  • fafa56100 : C'est là qu'on voit si on a un gouvernement qui se bat pour notre langue ou un gouvernement passif,j'ai mon idée,çà le confirme

    Le 01/06/2012 à 21h41
  • froggyb : Il y a deux langues officielles a l'ONU: l'Anglais et le Francais. Je suggere, pour faire des économies, et pour eviter les jalousies et les laissés pour compte, que tous les textes soient publiés uniquement dans ces deux langues par l'UE. Les traductions locales devraient etre aux frais des pays membres indépendemment. Simple isn't it? Et bon "Week End" a tous! :-)

    Le 01/06/2012 à 18h05
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