Martin Schultz, le 17/1/12 © TF1/LCIC'est un tribunitien hors pair, au caractère atypique, loin des profils très consensuels, parfois falots, de ses prédécesseurs, qui accède mardi au perchoir du Parlement européen. Martin Schultz, président de l'assemblée parlementaire européenne pour les 30 prochains mois, va probablement détonner dans le petit cénacle des dirigeants européens.
"Les socialistes français, c'est comme les pigeons"
<b>CONFIDENTIEL -</b> Martin Schultz, le président du groupe socialiste au Parlement européen, n'est pas tendre avec l'attitude de ses collègues français.
Publié le 17/09/2009
"L'Europe n'est pas à la hauteur, ta gueule", s'emporte Cohn-Bendit
Ambiance houleuse lors du vote de confiance à l'équipe Barroso mardi au Parlement européen. Le chef de file des Verts a dénoncé la "coalition des hypocrites".
Publié le 10/02/2010
Agé de 57 ans, Martin Schultz, originaire de Rhénanie du Nord, est élu au Parlement européen sans discontinuer depuis 1994. Il en connaît tous les rouages et en maîtrise toutes les subtilités florentines. Il accède d'ailleurs à la présidence grâce à un accord droite/gauche qui permet aux socialistes et conservateurs d'occuper cette fonction à tour de rôle. Fin stratège, il a réussi durant les huit années de présidence du groupe socialiste à maintenir une unité de façade entre des socialismes très divers, des travaillistes britanniques adeptes du social-libéralisme aux socialistes français souvent considérés comme des "rouges" à Bruxelles et Strasbourg.
Un pur produit de la sociale-démocratie allemande
Féru de lecture, Martin Schultz est libraire de formation et militant du SPD depuis l'âge de 19 ans. Il a une notion très personnelle de l'art du compromis, capable de s'attirer les foudres de la gauche non socialiste et les félicitations de la droite européenne. Jean-Luc Mélenchon l'accusait encore lundi d'être à la solde de la finance internationale tandis que Nicolas Sarkozy lui avait adressé un véritable hommage en 2008, souhaitant que les socialistes français soient à son image.
Ses relations avec les socialistes français sont d'ailleurs souvent rugueuses. Certes, il recevait il y a quelques semaines très chaleureusement François Hollande. Mais il a préféré soutenir un pâle social-démocrate autrichien pour lui succéder à la tête du groupe socialiste plutôt que Catherine Trautmann, pourtant germanophone et européenne convaincue. On se rappelle également d'une comparaison peu flatteuse entre les pigeons et le PS français : "les socialistes français, c'est comme les pigeons de la cathédrale : 'quand ils sont en haut, ils vous ch... sur la gueule, et quand ils sont en bas, ils vous bouffent dans la main !'" Même si Martin Schultz avait ensuite nuancé ses propos en affirmant qu'il avait été mal compris, la remarque n'était pas passée inaperçue rue de Solférino (relire notre article : "les socialistes français, c'est comme les pigeons").
Un provocateur né
Volontiers soupe au lait, Martin Schultz réagit au quart de tour aux critiques. Provocateur, doué du sens de la formule, il adore plonger dans les polémiques, parfois à son détriment. Ses talents d'orateur réveillent régulièrement une assemblée assoupie. On se souvient de ses altercations verbales avec Silvio Berlusconi en 2003 qui lui proposait un rôle de kapo dans une fiction sur le nazisme. Ou d'un échange très musclé avec Jean-Marie Le Pen qui venait de réitérer ses propos sur le "détail". "Ennemi préféré" de Daniel Cohn-Bendit qui le prend régulièrement à partie durant les sessions parlementaires, il s'est vu remettre à sa place en février 2010 par un désormais célèbre "ta gueule" prononcé par le leader écolo (revoir la vidéo ci-dessous).
C'est donc cette personnalité colorée qui va maintenant siéger aux côtés des dirigeants européens pendant les sommets et porter la voix des peuples. Certes, la fonction de président du Parlement européen est essentiellement honorifique. Mais c'est une sacrée tribune que Martin Schultz entend utiliser pleinement. Alors que l'immense majorité des gouvernements européens sont à droite, que l'essentiel des postes de pouvoir à Bruxelles sont occupés par des conservateurs, ce socialiste allemand ne ratera pas une occasion de perturber le déroulement des sommets européens.
Sarkozy et Merkel peuvent se préparer
Symboliquement, son premier acte a été dès son élection de remplacer le doux marteau qui sert à ouvrir les séances par une tonitruante cloche. Lecteur assidu du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, il a fait sienne cette phrase : "Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change". Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont jusqu'au 30 janvier, date du prochain sommet européen, pour se préparer.
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