Les prévenus au procès du massacres de villageois chiites de Doujaïl en 1982. Au 1er plan à droite, Saddam Hussein. © TF1/LCILa réaction était attendue, et elle s'est faite attendre. George W. Bush a qualifié dimanche soir la condamnation à mort de Saddam Hussein de "réussite majeure" pour l'Irak. Un peu plus tôt dans la journée, Tony Snow, le porte-parole du président américain, s'était déjà réjoui de la peine infligée à l'ancien dictateur, saluant "un grand jour pour le peuple irakien". "Vous avez maintenant la preuve absolue qu'il y a un système judiciaire indépendant en Irak", a-t-il ajouté. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a pour sa part estimé que cette condamnation est "un heureux rappel lancé à tous les Irakiens que l'autorité de la loi peut prévaloir sur celle de la peur".
Les réactions internationales ont afflué ce dimanche après l'annonce du verdict. "Ce jour marque une étape importante pour l'Irak, qui vient de franchir un nouveau pas vers la construction d'une société libre fondée sur le respect de la loi", a très rapidement souligné l'ambassadeur américain en Irak, Zalmay Khalilzad. "Même si les Irakiens vont devoir faire face à des temps difficiles dans les prochaines semaines, tourner la page de Saddam et de son régime est une opportunité pour s'unir et construire un avenir meilleur". Le président irakien Jalal Talabani, en visite en France, n'a pas voulu faire de commentaire.
Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a quant à lui estimé que cette condamnation marquait la fin d'"une période noire". "Le verdict d'aujourd'hui rend justice aux familles de Doujaïl et à toutes celles qui ont subi l'injustice du dictateur", a-t-il affirmé dans une déclaration à la télévision publique Iraqia.
Moratoire
A l'étranger, la ministre des Affaires étrangères britannique, Margaret Beckett, s'est félicitée de voir l'ancien président irakien et les responsables de son régime condamnés dimanche "rendre compte de leurs crimes". La France, par la voix du chef de la diplomatie Philippe Douste-Blazy, a "pris acte" de ce jugement et espère que cette décision n'entraînera pas de nouvelles tensions en Irak. Paris a également rappelé son opposition à la peine de mort et annonce qu'elle consultera ses partenaires européens pour faire connaître cette position au gouvernement irakien.
Louise Arbour, Haut-commissaire de l'ONU chargée des droits de l'homme, a également lancé un appel aux autorités irakiennes pour que soit "pleinement respecté" le droit de recours de Saddam Hussein. Elle a invité le gouvernement de Bagdad à observer un moratoire de l'exécution de l'ancien dictateur et des autres co-accusés condamnés à mort. De la même façon, la présidence finlandaise de l'UE a appelé l'Irak à ne pas appliquer cette peine de mort.
Rassemblements de partisans de Saddam Hussein
"Ce verdict est illégal et toute la procédure également", a fulminé pour sa part l'avocate libanaise Bouchra Khalil, membre du comité de défense de Saddam Hussein, qui se trouve à Amman. "Nous savons qu'il s'agit d'une cour politique. Elle a été instituée pour des raisons politiques et pour servir les intérêts américains". Quant à l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International, elle a déploré "une affaire glauque, marquée par de graves failles qui remettent en question la capacité du tribunal, tel qu'il est établi actuellement, à administrer une justice juste, en conformité avec les standards internationaux".
Outre ces réactions contrastées, on craint une explosion de violence en Irak, où l'armée est en état d'alerte. Avant même l'ouverture de l'audience, opposants et nostalgiques de Saddam Hussein ont manifesté à Bagdad. A Sadr City, bastion des milices de Moqtada Sadr, le chef chiite radical opposé à l'occupation américaine, des habitants enfreignantle le couvre-feu se sont rassemblés pour attendre ensemble le verdict. A al-Dawr, près de Tikrit, ancien fief de Saddam Hussein, des dizaines de partisans du président déchu ont manifesté dans les rues, brandissant ses portraits et ceux d'Ezzat Ibrahim al-Douri, originaire de cette localité. Ezzat Ibrahim, ancien numéro deux du régime de Saddam Hussein, est toujours recherché par les Américains qui l'accusent d'organiser et de financer la rébellion. "Avec notre sang, avec notre âme, nous nous sacrifions pour toi Saddam", a crié la foule.
D'après agence
Un tribunal contesté |
Le procès de Saddam Hussein avait été dès ses premières heures marqué par un débat sur l'impartialité du tribunal et sur la nature de la juridiction choisie. La décision de créer une juridiction en Irak même a été prise par l'ancien administrateur américain Paul Bremer qui a mis en place le tribunal, chargé de juger les crimes commis par des Irakiens entre le 17 juillet 1968, date du coup d'Etat baassiste, et le 1er mai 2003. Certains experts et juristes ont dès lors estimé que compte tenu de la violence régnant en Irak, et de la présence de troupes étrangères, la justice serait mieux rendue à l'extérieur du pays, et la neutralité du tribunal mieux assurée avec une résolution du Conseil de sécurité. Une autre solution aurait été de s'inspirer de la Commission Vérité et Réconciliation créée en Afrique du Sud en 1993, qui a aidé ce pays à effectuer sa transition sans guerre civile. |
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