Un militant du Fatah à Gaza © TF1-LCIAude Signoles est professeur à l'Université de la Réunion. Elle vient notamment de publier Le Hamas au pouvoir, et après ? aux éditions Milan (6,5€).
LCI.fr : De l'extérieur, les Palestiniens semblaient unis dans la lutte contre Israël. D'où provient cette tension entre Hamas et Fatah ?
Aude Signoles : Le Fatah a difficilement accepté sa défaite aux législatives de janvier face au Hamas. Jusque-là, il était à la fois le parti historique de la lutte contre Israël et celui qui avait exercé le pouvoir dans le pays. La succession d'Arafat a également été très difficile. Depuis, il est dépourvu de vrai leader. Les tensions actuelles proviennent ainsi en partie des luttes à l'intérieur même du Fatah pour en prendre le leadership.
LCI.fr : Le risque de "guerre civile" est-il réel ?
A.S. : Il me semble exagéré. D'ailleurs, pour en éviter le risque, les deux camps mettent en avant leur combat principal, qui est celui du peuple palestinien : la lutte contre l'occupation israélienne. En revanche, dans le contexte actuel, il est fort probable que les violences inter-palestiniennes se poursuivent. Elles concernent en effet des petits groupes armés et autonomes. Ces clans, qui agissent sans le soutien de la population, règlent leurs comptes entre eux, sur des bases locales, notamment à Gaza.
LCI.fr : Cela explique-t-il les difficultés à obtenir un cessez-le-feu durable ?
A.S. : Oui. En raison de l'absence de vrai Etat, de pouvoir centralisé et des difficultés de déplacement, les leaders des deux camps ont du mal à contrôler leurs troupes. Ni le président Abbas, pour le Fatah, ni le Premier ministre Haniyeh, pour le Hamas, n'ont assez de poids sur leurs troupes, dont l'autonomie locale est très forte. Cela rend difficile tout accord global de cessez-le-feu.
"Un gouvernement d'union calmerait les esprits"
LCI.fr : Dans ce cas, comment résoudre ce conflit intra-palestinien ?
A.S. : La mise en place d'un gouvernement d'union nationale pourrait calmer les esprits. Pour l'instant, il bloque sur l'attribution au Fatah ou au Hamas des ministères de l'Intérieur et des Finances. Le premier permet de superviser les forces de sécurité, le second de contrôler l'aide internationale. Un tel accord ouvrirait pourtant des perspectives d'espoir à la population sur les salaires des fonctionnaires, toujours bloqués, ou sur une amélioration des conditions de vie. Or pour l'instant, c'est la principale préoccupation des Palestiniens, avant même la paix avec Israël.
Mais il faut néanmoins noter que sans perspectives de négociations de paix avec Israël jugées crédibles, les violences ne cesseront pas. Sur ce point également, les Palestiniens doivent s'entendre sur la stratégie à adopter : que doivent-ils exiger, doivent-ils faire des concessions, faut-il privilégier la diplomatie ou la lutte armée ?
LCI.fr : Justement, quelle peut-être l'attitude d'Israël si les affrontements persistent ?
A.S. : Il y a deux théories dans le pays. Certains pensent que la situation profite à Israël car elle affaiblit le pouvoir palestinien à l'intérieur mais aussi à l'extérieur, en montrant à la communauté internationale qu'il n'y a pas de partenaire crédible pour la paix ni d'interlocuteur responsable. A contrario, d'autres estiment qu'il faut soutenir Abbas, donc le Fatah, car il est le mieux placé pour signer un accord de paix.
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