Chars dans les rues lors d'une journée de grève générale et de violences au Liban © TF1/LCIProche de l'asphyxie financière et en proie à l'une des crises politiques les plus graves de son histoire, le Liban sollicite de nouveau un "plan de sauvetage" à ses amis arabes et occidentaux. Ce plan sera au coeur de la réunion des donateurs de ce jeudi à Paris. Nul ne se trompe cependant sur le fait que "la conférence arabe et internationale" est destinée autant à donner un ballon d'oxygène à l'économie qu'à soutenir le gouvernement de Fouad Siniora, dont l'opposition menée par le Hezbollah veut la chute.
La Commission européenne a annoncé qu'elle s'engagera jeudi à donner environ 400 millions d'euros pour la reconstruction du pays jusqu'en 2010, ce qui portera son aide à 500 millions d'euros depuis l'été 2006. La France a annoncé pour sa part un prêt de 500 millions d'euros "à des conditions très avantageuses". Les Etats-Unis ont promis "une énorme démonstration de soutien" au Premier ministre libanais. Le Fonds monétaire international s'est aussi dit prêt à octroyer au Liban une aide d'urgence à la reconstruction, et a soutenu l'appel aux pays donateurs lancé par Beyrouth.
Promesses de réformes... et craintes des donateurs
Avant de s'envoler pour Paris, mercredi matin, au lendemain d'une journée de violences, Siniora a accusé l'opposition, qui réclame un cabinet "d'union nationale", d'exercer un "chantage" contre le gouvernement en cherchant à "saboter" cette conférence vitale pour l'économie libanaise. Trois personnes ont été tuées et 133 blessées par des tirs ou des jets de pierre dans les affrontements qui ont éclaté lors de la journée de grève générale. La crise, qui paralyse les institutions du pays, ne cesse de s'amplifier depuis novembre, lorsque les ministres pro-syriens avaient démissionné en accusant la majorité anti-syrienne de refuser un partage du pouvoir.
Au prix de promesses de réformes, les "amis du Liban" réunis à Paris en 2002 lui avaient accordé 2,4 milliards de dollars pour lui épargner une crise financière imminente. L'opération avait réussi grâce aux efforts de Rafic Hariri, l'ex-Premier ministre assassiné en 2005 alors que le Liban était sous tutelle syrienne. Il avait alors convaincu Paris, Washington et ses amis du Golfe d'intervenir "dans l'intérêt du Liban et de la stabilité régionale". La même opération se déroule cette année, mais le contexte politique est nettement plus grave. Loin d'avoir retrouvé la stabilité après le départ des troupes syriennes en 2005, le pays est miné par les divisions. Boycotté par le chef de l'Etat prosyrien Emile Lahoud et le président du Parlement Nabih Berri, le gouvernement est accusé pêle-mêle par l'opposition d'être "illégitime" et aux "ordres des Etats-Unis".
Au plan économique, le pays ne peut compter sur de bonnes perspectives de croissance, annulées par la guerre de juillet-août 2006 entre le Hezbollah et Israël. Et la crédibilité du gouvernement est en jeu, des experts craignant que le Liban se contente une fois de plus de prendre l'argent des donateurs sans se réformer. Accompagnées d'un volet social concocté à la hâte, les réformes défendues par Siniora prévoient une hausse de la TVA en 2008 et des privatisations. Mais, à la tête d'un gouvernement paralysé, pourra-t-il les mettre en oeuvre ? En contrepartie, le Liban entend obtenir une aide pour rééchelonner sa dette qui absorbe près de la moitié des dépenses de l'Etat.
D'après agences
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