Alan Johnston, lors de sa conférence de presse © TF1/LCI
Johnston: "sans le Hamas, je serais sûrement encore otage"
"J'ai vécu dans un cauchemar. C'est un tel soulagement que ce soit terminé. C'est extraordinaire d'être libre. Peut être qu'il faut avoir été prisonnier pour comprendre." Libéré dans la nuit (lire notre article), Alan Johnston, le journaliste de la BBC enlevé le 12 mars à Gaza, doit rentrer mercredi après-midi au Royaume-Uni. Entre temps, il a raconté, depuis un jardin à Jérusalem, ses 114 jours de captivité et répondu aux nombreuses questions des journalistes. "Quand on reste là 3 mois, on pense que cela peut durer 9 mois", a-t-il expliqué, d'autant que "personne n'avait été enlevé pendant plus de 12 jours à Gaza, donc je ne pensais pas que ça durerait plus de 2 semaines".
Journaliste à Gaza depuis 3 ans, Alan Johnston a raconté comment il était "très très prudent" avant d'être pris. "J'avais déplacé une partie de mon bureau chez moi, je gardais profil bas au maximum", mais un soir, alors qu'il s'était arrêté "dans un parking, une voiture s'est arrêtée (...) quelqu'un est venu devant moi avec une kalachnikov", et en habitué des affaires de prise d'otage, "j'ai vite compris", a-t-il dit, "comme si je l'avais déjà vécu" : "très rapidement, je me suis retrouvé sur le siège arrière d'une voiture, ils m'ont pris mon argent, ma montre et mon passeport. On a traversé la ville. On m'a mis des menottes dans le dos et une capuche sur la tête. On m'a dit que je ne serai pas torturé et que je serai traité comme un prisonnier musulman. Et on a roulé pendant une heure et demie. Vers 3h du mat, on est arrivé quelque part puis ils m'ont déplacé vers une autre cachette".
"Finalement, je n'ai pas été tué ni torturé"
De sa détention, l'ex-otage affirme avoir été "traité correctement, dans la mesure où on m'a nourri avec des choses simples : du beurre, du pain... Les gardiens avaient un caractère un peu changeant, mais j'ai même pu visiter la cuisine à côté de la pièce où l'on me gardait". Mais "j'ai eu peur d'être oublié", que "tout soit fini". Quant à fuir, c'était difficilement imaginable : "je savais que j'étais caché dans un secteur où les Occidentaux ne vont pas" puis "dans un endroit qui a l'air de s'effondrer" et "le leader, je le savais, était un dur. La fuite semblait une issue difficile".
Mais "114 jours d'enfermement, cela vous donne pas mal de temps pour examiner votre propre vie : j'ai passé trop de temps à travailler et pas assez avec ma famille et mes amis". "Il y a des moments de dépression, où l'on croit qu'on va passer des années ici, enfermé. J'ai cru que ma vie était finie. Mais on apprend assez vite. On remet en perspective ne pensant à ceux qui ont passé 4 ou 5 ans en détention. Et on trouve des ressources en soi que l'on ne soupçonnait pas jusque là (...) Finalement, je n'ai pas été tué ni torturé". Désormais, "il faut que je fasse attention, que je me tienne un peu à l'écart pendant un moment". Mais vite, le journaliste reprend le dessus : "J'ai passé 3 années de ma vie à couvrir cette zone, et l'un des évènements les plus importants s'est passé pendant que j'étais détenu (ndlr : la prise de contrôle de Gaza par la Hamas). Une vraie frustration pour un journaliste".
"Si le Hamas n'était pas intervenu..."
C'est d'ailleurs cet événement qui -Alan Johnston en est sûr et insiste- a permis sa libération. Remerciant les journalistes, les Nations-Unies et le Hamas, l'ex-otage a tenu à souligner que le Hamas n'était pas ‘avec' l'Armée de l'Islam qui le détenait. D'ailleurs "les kidnappeurs sont devenus tout à coup inquiets et ils ont pris beaucoup plus de précaution", quand le Hamas a pris le pouvoir. "J'ai senti que ça avait changé, que ça allait être la fin (...) Si le Hamas n'était pas intervenu je serai certainement encore enfermé dans cette chambre".
Et "un jour, un garde est rentré dans ma chambre. Il m'a dit : ‘habille-toi'. Je me suis dit que c'était mauvais signe, que c'était peut-être fini". "Et puis, on est allé au centre de Gaza, on a passé une série de check-points, ils criaient les uns les autres. On m'a un peu brutalisé (...) Tout à coup, on m'a sorti de la voiture, mis contre un mur... Et puis j'ai reconnu un photographe. Et finalement c'était fini : le plus beau moment de ma vie".
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