Saisie en appel par plusieurs organisations féministes, la Cour suprême d'Israël a ordonné dimanche le report du dépôt de l'acte d'accusation contre Moshé Katzav et donné 24 heures au Procureur général de l'Etat pour s'expliquer sur le compromis conclu avec l'ex-président, qui lui permet d'échapper à la prison. Selon ce compromis conclu avec le Parquet, Moshé Katzav a reconnu sa responsabilité pour "harcèlement sexuel", "actes indécents" et "subornation de témoin". Le procureur a en contrepartie renoncé à l'accuser de viol, arguant de "manque de preuves suffisamment solides" et de "l'intérêt de l'Etat".
Le procureur a pourtant lui-même qualifié l'ex président de "délinquant sexuel multirécidiviste" et affirmé publiquement qu'il avait "menti" au cours de l'enquête, faisant allusion à ses proclamations d'innocence. Le Parquet a ensuite averti Moshé Katzav qu'il devrait clairement reconnaître devant le tribunal les charges retenues contre lui, faute de quoi le compromis serait annulé. Eprouvé par un an de révélations scandaleuses, l'ancien président a tenté de se disculper en indiquant avoir accepté ce compromis "pour épargner des souffrances supplémentaires à sa famille". Le Mouvement pour la bonne gouvernance et plusieurs organisations féministes ont estimé que ce compromis était "irrecevable" et "choquant" pour l'opinion publique.
"Il m'a fait la cour, me suppliant de céder. C'était pathétique"
Une ancienne employée de Moshé Katzav à l'époque où il était ministre du Tourisme (1998-1999), a pour la première fois raconté dimanche comment ce dernier l'a harcelée, bien que mariée. "Pendant six mois, il m'a fait la cour, multipliant compliments, déclarations passionnées, cadeaux, promesses et gestes déplacés, menaces voilées, me suppliant de céder. C'était pathétique", a-t-elle affirmé. Répondant à l'appel d'organisations féministes, plus de 20.000 personnes ont manifesté samedi soir à Tel-Aviv contre le compromis conclu le procureur. Plusieurs initiatives ont d'autre part été lancées à la Knesset (Parlement) visant à priver d'une partie de leurs privilèges les officiels israéliens jugés coupables de délits ou crimes infamants.
Ce procès sans précédent d'un ex-chef de l'Etat répondant de graves délits sexuels devait normalement débuter dimanche au Tribunal de police de Jérusalem, après l'entrée en vigueur de la démission de Moshé Katzav présentée vendredi. Mais, la Cour suprême risque par son arrêt pris dimanche de gripper la machine judiciaire et de retarder le jour où le tribunal de police de Jérusalem pourra lire l'acte d'accusation restreint. En tant qu'ancien président, Moshé Katzav a droit à une confortable pension mensuelle de 11.200 dollars, d'un bureau, de deux secrétaires, d'une voiture et d'un chauffeur, ainsi que d'un appartement de fonctions et d'un défraiement de ses communications téléphoniques, soit environ 235.000 dollars par an.
D'après agence




