© AFP - AHMAD AL-RUBAYE
Kouchner : "je suis venu pour écouter"
Depuis l'opposition de la France à la guerre en Irak au printemps 2003, aucun ministre français ne s'était plus rendu sur place. Alors que le pays s'enlise dans la guerre civile, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a entamé dimanche une visite surprise de trois jours à Bagdad, pour "exprimer un message de solidarité de la France au peuple irakien et écouter les représentants de l'ensemble des communautés, sans exclusive".
Le ministre a clarifié la position française, se disant favorable à une solution politique locale pour mettre fin à la guerre civile. "C'est un problème irakien et il doit être réglé par les Irakiens. Ce que je pense et ce que Nicolas Sarkozy pense : il n'y a pas de solution militaire. Nous sommes disposés à être utiles. Mais la solution est entre les mains des Irakiens, pas entre les mains des Français. Le peuple irakien a besoin de souveraineté, de l'intégrité de son territoire, et de démocratie pour, 'inch'allah', arrêter la violence". Bernard Kouchner s'est également dit favorable à une présence plus importante de l'Onu en Irak.
Cette visite intervient huit jours après la rencontre entre George Bush et Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis, au cours de laquelle les deux chefs d'Etat ont clairement évoqué au passé le différend sur la guerre en Irak et entamé une phase de rapprochement, même si des divergences existent toujours sur le dossier. La Maison Blanche a rapidement réagi et salué dimanche cette visite du ministre français. "C'est un exemple de plus de la volonté croissante de la communauté internationale d'aider l'Irak à devenir un Etat stable et sûr", s'est félicité Washington.
Défenseur du "droit d'ingérence"
Ce déplacement de trois jours coïncide également avec le quatrième anniversaire d'un attentat meurtrier contre l'Onu, le 19 août 2003, qui a coûté la vie au représentant de l'organisation en Irak Sergio Vieira de Mello, un ami de Bernard Kouchner, et à 21 autres personnes. Le ministre français a déposé une gerbe au pied d'un monument à la mémoire de ces victimes, portant la mention : "Aux soldats de la paix, Une France reconnaissante". La cérémonie s'est déroulée devant le siège de l'Onu au coeur de la "zone verte", le secteur étroitement protégé de Bagdad qui abrite les responsables militaires et diplomatiques américains et les institutions irakiennes.
Bernard Kouchner arrive dans un pays livré au chaos, qui vient de connaître son attaque la plus meurtrière depuis 2003, avec plus de 400 tués et dont le gouvernement est paralysé par le départ ou le boycottage de dix-sept ministres sur quarante sur fond d'affrontement entre sunnites et chiites. En 2003, défendant du "droit d'ingérence", Bernard Kouchner était allé à contre-courant de l'opinion dominante, regrettant que la France se soit désolidarisée des Américains. "Si nous avions continué à être à leur côté, nous aurions pu éviter la guerre", avait-il déclaré. Il avait alors déploré que les Français soient devenus "américanophobes".
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