Téhéran tance Kouchner, la Russie gronde

le 18 septembre 2007 à 09h43 , mis à jour le 18 septembre 2007 à 15h48

Pour la diplomatie russe, une action militaire en Iran serait "une erreur politique" avec des conséquences "catastrophiques".

KouchnerBernard Kouchner, au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, le 16 septembre 2007 © TF1-LCI

Un vent glacial souffle sur les relations franco-iraniennes. Mahmoud Ahmadinejad se refuse à "prendre au sérieux les déclarations" de Bernard Kouchner. Lundi soir, Téhéran avait déjà jugé que les propos du chef de la diplomatie française évoquant un risque de guerre portaient "atteinte à la crédibilité de la France". Mais la première réaction de l'Iran, par la voix de l'agence officielle Irna, avait été beaucoup plus virulente. "Le nouveau locataire de l'Elysée veut aujourd'hui copier la Maison Blanche", écrivait l'agence en ajoutant que "cet Européen s'est mis dans la peau des Américains et imite leurs hurlements".

Vive méfiance également de la part de la Russie, laquelle juge ce mardi, par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères, qu'une éventuelle intervention militaire en Iran serait "une erreur politique" avec des conséquences "catastrophiques". La mise en garde d'Alexandre Lossioukov vise une possible action militaire américaine, mais elle survient alors même que Bernard Kouchner est arrivé lundi soir à Moscou pour une visite de deux jours.

"La France doit (...) défendre une solution de paix"

Selon le vice-ministre russe, une intervention sous forme par exemple de bombardements ne pourrait "qu'aggraver la situation au Proche-Orient" et "susciterait une réaction très négative de la part du monde musulman". Et s'il affirme la juger improbable, au moins avant la clôture du sommet des pays riverains de la Caspienne qui doit se tenir le 16 octobre à Téhéran, Alexandre Lossioukov n'a pas exclu un éventuel rapatriement des experts russes travaillant sur la construction d'une centrale nucléaire à Bouchehr : "Comme la situation en Iran est difficile, nous avons des plans pour évacuer nos spécialistes. Mais je compte que la force ne sera pas utilisée".

Mais les déclarations du chef de la diplomatie française continuent aussi à faire des vagues à Paris. Déjà jugées "inquiétantes" par le PS, analysées par le PCF comme "une confirmation dangereuse" de la "politique atlantiste de Nicolas Sarkozy" et vues comme "un événement extrêmement lourd" par François Bayrou, elles ont également suscité lundi soir les critiques de Dominique de Villepin. Il a jugé qu'il ne fallait pas "donner de mauvais signaux à l'administration Bush". Pour l'ancien Premier ministre, "la France doit jouer tout son rôle pour défendre une solution de paix. Il faut obliger les Etats-Unis à accepter de s'avancer vers une véritable négociation. Il faut qu'ils acceptent de se battre pour la paix".

Le président du FN Jean-Marie Le Pen, a lui a condamné "sans réserve" les "déclarations bellicistes" du ministre des Affaires étrangères. "Le ministre sarko-socialiste participe à une stratégie de tensions internationales strictement alignée sur les politiques israéliennes et américaines", a-t-il déclaré. "Une guerre avec l'Iran est une hypothèse qu'il faut écarter. Si l'on doit souhaiter la réduction du risque d'un affrontement nucléaire, il faudrait commencer par la réduction des arsenaux atomiques de tous les pays et d'abord de ceux du Moyen-Orient", a-t-il conclu.

D'après agence

 

le 18 septembre 2007 à 09:43
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