"La tournée de Bush au Moyen-Orient ne servira à rien"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 09 janvier 2008 à 05h45 , mis à jour le 09 janvier 2008 à 11h26

Interview - Didier Billion, directeur adjoint de l'Iris, décrypte pour LCI.fr les enjeux du 1er voyage du président américain au Moyen-Orient.

bush olmertGeorge W. Bush (à d.), avec Ehud Olmert (à g.), à son arrivée en Israël le 9 janvier 2008 © TF1/LCI
didier billionDidier Billion est directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques. 

LCI.fr : A quoi peut servir cette tournée de Bush, sa première au Proche-Orient depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2001 ?
Didier Billion : Il ne devrait obtenir rien de concret. Dans les deux cas, il lui sera en effet difficile d'aboutir à ses objectifs officiels (ndlr : renforcer le processus de paix israélo-palestinien et obtenir l'appui des pays du Golfe pour faire pression sur l'Iran).
 
LCI.fr : Pour quelles raisons ?
Didier Billion : Pour le conflit israélo-palestinien, cette visite intervient tout d'abord sept ans après sa prise de fonction. C'est trop long pour une région considérée comme centrale pour les relations internationales, d'autant qu'il a mis aussi très longtemps avant de se pencher sur le problème. Ensuite, il sera rattrapé par son soutien indéfectible à Israël.
 
Certes, depuis Annapolis, il s'est un peu recentré. Beaucoup d'observateurs s'étaient montrés optimistes après la conférence. Ce n'était pas mon cas car je trouvais que les engagements étaient très peu clairs. Il n'y avait ainsi aucun calendrier précis. A peine retourné en Israël, Olmert (ndlr : le Premier ministre israélien) indiquait d'ailleurs que la date envisagée, fin 2008, n'était pas contraignante. De même, la colonisation s'est poursuivie depuis en Cisjordanie. Pour l'instant, malgré les réunions israélo-palestiniennes, il n'y a eu aucun progrès significatif.  Si Bush n'infléchit pas ses choix en faveur d'Israël, il n'aura pas de résultats car il ne peut être juge et partie.

 
"Bush cherche surtout à exister"
 
 
LCI.fr : Pourquoi n'a-t-il pas convoqué de nouveau un sommet tripartite avec Abbas et Olmert ?
Didier Billion : C'est une bonne question. Cela ne lui coûterait rien. Je pense qu'une telle rencontre, qui aboutirait certainement à aucun résultat significatif, aurait été contreproductive pour son prestige.
 
 
LCI.fr : Le conflit israélo-palestinien est-il donc un moyen pour Bush de redorer son blason et d'occuper le devant de la scène pour sa dernière année à la Maison-Blanche ?
Didier Billion : Tout à fait. A la manière des ses prédécesseurs, il essaye surtout d'exister sur la scène internationale alors que la fin de son double mandat se profile. Mais plus les jours vont passer, moins il existera. D'ailleurs, il faut remarquer que la place accordée à cette visite dans les médias américains est réduite à la portion congrue face aux primaires. Mais sur ce dossier israélo-palestinien, même s'il souhaite bien sûr un succès, il part avec tellement de handicaps qu'il marche sur une jambe.
 
 
"Sur l'Iran, Bush veut reprendre la main"
 
 
LCI.fr : Sa bonne volonté est-elle bloquée par les affaiblissements respectifs de Abbas et Olmert dans leur pays ?
Didier Billion : Tout à fait. La situation est même plus difficile que le mois dernier lors d'Annapolis. En Israël, les critiques contre Olmert sont toujours aussi virulentes. Quant à Abbas (ndlr : le président palestinien), il contrôle de fait encore moins de territoires qu'auparavant, étant donné que le Hamas poursuit petit à petit son développement en Cisjordanie.

Et, indépendamment de la crise politique,  une partie de la population de Cisjordanie, fidèle au Fatah (ndlr : le parti de Abbas), est néanmoins solidaire de celle de Gaza où la situation se dégrade de jour en jour. Et elle comprend de moins en moins les accords passés par Abbas. Ils sont souvent perçus comme des courbettes devant Israël et les Etats-Unis. Plus globalement, aussi longtemps que le Hamas sera laissé de côté, on n'arrivera à rien. La volonté de mettre Abbas en avant ne fonctionnera pas. 
 
LCI.fr : Quid du dossier iranien ?
Didier Billion : Sur ce sujet, Bush essaye de reprendre la main après le document des services de renseignement plutôt favorable à Téhéran et qui a mis les va-t-en-guerre en porte-à-faux. Mais il aura du mal à convaincre ses alliés du Golfe de mettre la pression sur l'Iran car ils ne sont pas sur une ligne de confrontation, bien au contraire. Ils estiment qu'un affrontement, ou du moins un raidissement, leur apportera plus de conséquences négatives que positives.

Actuellement, ils sont ainsi plutôt sur une ligne de détente. Ahmadinejad a par exemple été invité dernièrement au Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe et à La Mecque pour le pèlerinage. Ce n'est pas seulement de la courtoisie. C'est un symbole très fort étant donné les relations conflictuelles entre l'Arabie saoudite et l'Iran.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 09 janvier 2008 à 05:45
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

4 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Hania, le 10/01/2008 à 18h36

    Serieusement ,la paix au moyen orient est avant tout une question de respect de la dignité humaine, et Bush en est l'antithése,

  • PATRICK, le 09/01/2008 à 13h53

    BUSH et sa politique au Moyen Orient c'est du vent, il a fait plus de dégâts et mis cette région en péril, mais il fallait absolument protéger Israël, c'était le but de toutes les interventions et bien sûr avoir la main mise sur l'énergie que détient ces pays

  • Ulysse, le 09/01/2008 à 13h28

    Enfin un journaliste qui voit clair en BUSH.Annapolis,comme sa visite dans la région ne sont qu'une illusion de plus pour ceux qui veulent entretenir durablement le mensonge politique d'un homme déja condamné a faire du tourisme jusqu'à la fin de son mandat...à moins qu'il veuille donner un dernier cadeau à Israel:apres l'irak,détruire l'IRAN...et s'en aller avec l'esprit tranquille de quelqu'un qui aura rempli sa mission...

  • Michel, le 09/01/2008 à 11h32

    Sur le plan diplomatique, par rapport au monde arabe, cela risque plus de les énerver qu'autre chose.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience