Recep Erdogan, le Premier ministre turc, le 13 août 2006. © TF1/LCILe procureur de la Cour de cassation turque a déposé vendredi devant la Cour constitutionnelle une demande visant à interdire de la scène politique le parti au pouvoir et le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan en raison "d'activités allant à l'encontre de la laïcité". La démarche a été dénoncée comme une atteinte à la démocratie par le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan, un parti issu de la mouvance islamiste mais se définissant aujourd'hui comme "démocrate conservateur".
L'acte d'accusation transmis par le procureur Abdurrahman Yalçinkaya accuse l'AKP d'être "devenu un foyer d'activités allant à l'encontre de la laïcité", a rapporté l'agence de presse Anatolie. Le président de la Cour constitutionnelle Hasim Kiliç a confirmé avoir reçu le document et affirmé devant les micros des journalistes que figurait "à côté de la demande d'interdiction du parti une demande d'interdiction d'activités politiques concernant 71 personnes". Figureraient dans cette liste les noms de Recep Tayyip Erdogan, celui du président Abdullah Gül et de l'ancien président du Parlement, Bülent Arinç. Les magistrats doivent se réunir lundi pour évaluer la recevabilité de la demande.
Le voile autorisé dans les universités en février
"La cible dans cette affaire n'est pas l'AKP mais la démocratie turque et le peuple turc", a déclaré le vice-président de l'AKP, Mehmet Mir Dengir Firat. "Cette tentative soulève des questions sur l'état de notre démocratie", a-t-il poursuivi. "Il s'agit de la plus grande injustice commise contre la Turquie, notre démocratie, la volonté de notre nation, notre paix et notre stabilité, notre prestige dans le monde".
La démarche du procureur intervient alors que le Parlement a voté en février une réforme contestée par les milieux pro-laïcité autorisant le port du voile islamique dans les universités, prohibé depuis une dizaine d'années en vertu d'une jurisprudence de la Cour constitutionnelle. Les défenseurs de la laïcité, particulièrement influents au sein de l'armée, de la magistrature et de l'administration des universités, accusent l'AKP de vouloir mener une islamisation rampante de la Turquie, pays à la population musulmane à plus de 99% mais au régime laïc.
La Cour constitutionnelle a déjà interdit pour les mêmes motifs deux partis islamistes, le Parti de la prospérité en 1998 et le Parti de la vertu en 2001, dans les rangs desquels plusieurs cadres de l'AKP, dont le président et le Premier ministre turcs, ont fait leurs classes politiques.
(D'après agence)
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