"Le futur Premier ministre devra faire des concessions"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 01 août 2008 à 12h27 , mis à jour le 04 août 2008 à 09h21

Interview - Tsilla Herscho, chercheuse au centre Begin-Sadat de Ramat-Gan, analyse pour LCI.fr l'avenir politique israélien et du processus de paix avec les Palestiniens.

[Expiré] israel drapeau © sxc.hu

TF1/LCITsilla Hershco est chercheuse au Centre Begin-Sadat d'études stratégiques de l'Université Bar-Ilan à Ramat-Gan. Elle a notamment écrit Entre Paris et Jérusalem -La France, le sionisme et la création de l'Etat d'Israël (Ed. Honoré Champion, 2003), préfacé par Shimon Peres.
 

 
LCI.fr : Vu sa situation, Olmert avait-il un autre choix que de démissionner ? 
Tsilla Herscho : Non. Etant donné sa chute totale dans les sondages, les critiques sévères dans les médias et l'opinion publique,  le manque de support au sein de son parti et de sa coalition,  l'investigation policière, il n'avait pas de choix. Ses conseillers juridiques et politiques lui ont conseillé de démissionner.
 
LCI.fr : Tzipi Livni et Shaul Mofaz sont les favoris à la tête de Kadima, donc du gouvernement. Lequel des deux a-t-il le plus de chances ? Sur quelle ligne se situent-ils ?
T.H. : Shaul Mofaz, ancien chef d'Etat major et ancien ministre de la Défense, est considéré comme un personnage doté d'une expérience importante dans les dossiers sécuritaires et militaires. De son côté, Tzipi Livni jouit de l'image d'une personne sérieuse, déterminée et honnête. Si Kadima est un parti centriste, Mofaz se situe plutôt sur sa droite tandis que Livni est perçue comme plus modérée, plus prête à des concessions. Mais je ne suis pas sûre si l'image est conforme à la réalité.
 
Pour les primaires, Mofaz est légèrement plus populaire que Livni parmi les militants de Kadima. Mais dans les sondages pour une élection générale, Livni se défend mieux face à Benjamin Netanyahu (ndlr : le chef de l'opposition du Likoud) que Mofaz. Les militants de Kadima prendront-ils cette donnée en compte ? La présence de Meïr Shitrit, le ministre de l'Intérieur, peut aussi troubler le jeu.
 

"Mofaz peut créer plus facilement une coalition"


LCI.fr : Quel qu'il soit, le futur Premier ministre issu de Kadima trouvera-t-il facilement une coalition ?
T.H. : Shaul Mofaz devrait bénéficier du soutien du Shas (ndlr : le principal parti religieux), où il est assez populaire. Il pourrait donc créer la coalition nécessaire en s'appuyant évidemment sur Kadima, sur l'Avoda (ndlr : le parti travailliste) d'Ehud Barak ainsi que sur les parti des retraités. En revanche, Tzipi Livni a moins de contacts avec les partis religieux et aurait donc plus de mal à former un gouvernement.
 
LCI.fr : Avec 26 députés  sur 120, le rôle de Ehud Barak, actuel ministre de la Défense, sera aussi primordial pour la formation de la coalition.
T.H. : Tout à fait. Sans Barak, il ne peut y avoir de coalition puisque le Likoud refuse catégoriquement d'entrer au gouvernement et qu'un cabinet qui s'appuierait sur les petits partis ne serait pas réaliste car ces formations ont des opinions trop contradictoires.
 
A titre personnel, Barak, qui culmine à seulement 10% dans les sondages, a plutôt intérêt à entrer dans une coalition plutôt que d'aller à des élections anticipées début 2009. Cela lui laisserait un an -jusqu'à la fin de la législature, en 2010- pour se stabiliser. Mais à l'intérieur de l'Avoda, il subit de fortes pressions. La gauche du parti s'oppose à la politique sociale du gouvernement et réclame des réformes. Elle voudra des garanties si Barak reste dans la coalition.

"Netanyahu surfe sur les échecs d'Olmert"


 LCI.fr : Quelle marge de manœuvre aura le futur Premier ministre pour gouverner ?
T.H. : Cela dépendra de sa coalition et des promesses qu'il fera avant d'être élu.
 
LCI.fr : Le Likoud de Benjamin Netanyahu est donné favori des sondages en cas de législatives anticipées.  En 2006, lors du dernier scrutin, il était pourtant arrivé loin derrière. Comment expliquer ce retour ?
T.H. :
A l'époque, le pays était encore dans l'ère Ariel Sharon, qui venait d'avoir son accident cérébral. Le vote pour Kadima, qu'il avait créé quelques mois auparavant, était une sorte de vote par procuration en sa faveur tandis qu'Edud Olmert était perçu comme son héritier. Mais Netanyahu a tout d'abord été remis en selle par les erreurs et les échecs d'Olmert. Ensuite, il essaye depuis quelques mois de se créer une image plus pragmatique, moins idéologique. Il regarde désormais plus vers le centre que vers la droite.
 
LCI.fr : Pourquoi refuse-t-il d'entrer dans une coalition formée autour de Kadima ?
T.H. : Kadima est aujourd'hui associé à l'échec. Il ne veut pas donc pas y être associé, d'autant qu'il se rend compte qu'il a des chances réelles de revenir au pouvoir.

"Pas de développements cruciaux avec les Palestiniens pendant la transition"

  
LCI.fr : Quelles conséquences la nouvelle donne peut-elle avoir sur le processus de paix ?
T.H. : Olmert a confirmé la poursuite des pourparlers avec les Palestiniens et avec la Syrie. Officiellement, son cabinet intérimaire peut gouverner sans la possibilité d'un vote de censure de la part de l'Assemblée. Néanmoins, selon les normes en Israël, un tel gouvernement d'intérim ne peut pas prendre de décisions cruciales. C'est pourquoi je ne pense pas qu'il y aura des développements primordiaux dans le processus de paix.
 
LCI.fr : Et ensuite, après la formation du gouvernement ou de nouvelles élections ?
T.H. :
Cela dépendra en partie de qui sera le Premier ministre. Livni est plus impliquée que Mofaz dans les négociations, elle a plus de contacts et est plus appréciée. Elle devrait, peu ou prou, continuer dans la même voie qu'Olmert. Avec un bémol : actuellement, son image ne réflète pas totalement ses opinions. Vu son poste de ministre des Affaires étrangères, elle est obligée de se montrer très diplomate. Comme Premier ministre, elle devra prendre des décisions.
 
A l'opposé, Mofaz est quant à lui moins flexible et se situe sur une ligne beaucoup plus dure. Mais, s'il arrive au pouvoir, il serait confronté au phénomène inverse que Livni : un Premier ministre doit faire des compromis et ouvrir des portes. Le meilleur exemple, c'est Sharon : il prônait une ligne ferme avant de devenir Premier ministre. Ensuite, il a fait des concessions.
 
Enfin, si Netanyahu revient au pouvoir après des élections anticipées, il sera sur une ligne plus à droite, mais sera obligé de se recentrer car l'opinion publique israélienne est au centre.
 

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 01 août 2008 à 12:27
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2 Commentaires

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  • Michou56_123, le 02/08/2008 à 11h31

    Il faut la paix par tous les moyens

  • Optimiste, le 02/08/2008 à 09h22

    Ce n'est pas nouveau .Tous les premiers ministres ayant une position dure , lorsqu'ils sont au pouvoir modérent leurs position .Mais l'interview ne parle pas de la conception politique de chacun .Mauvais article.

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