Téhéran et sa course contrariée vers l'arme atomique

Par Sylviane MOUKHEIBER, le 13 août 2008 à 19h18 , mis à jour le 13 août 2008 à 19h24

Focus - Téhéran a repris en 2005 ses activités de conversion puis d'enrichissement d'uranium, faisant la naissance d'une nouvelle puissance nucléaire. Les Etats-Unis et les Européens tentent d'empêcher l'Iran de se doter de la bombe.

Mahmoud Ahmadinejad IranMahmoud Ahmadinejad, président iranien © LCI/CBS/DR

En 2005, l'Iran reprend ses activités de conversion puis, surtout, d'enrichissement d'uranium. Téhéran assure que son programme nucléaire est purement civil. Les puissances occidentales, les Etats-Unis en tête, ont peine à le croire et craignent que l'Iran se dote de la bombe nucléaire. C'est en multipliant l'installation de centrifugeuses dans son usine d'enrichissement d'uranium de Natanz que l'Iran peut espérer produire un combustible de qualité militaire.
 
Atermoiements, valses-hésitations, menaces, entre l'Iran et l'Occident via l'AIEA (l'Agence Internationale de l'énergie atomique qui dépend de l'Onu), le bras de fer qui se joue depuis lors aura connu de nombreuses étapes. Les six grandes puissances (Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France et dans une moindre mesure,  Russie et Chine) conviennent à nouveau durant l'été 2008 d'un éventuel durcissement des sanctions contre l'Iran, de plus en plus isolé économiquement.
 
"Freeze for freeze"
 
Depuis le 19 juillet 2008, les Six demandent aux iraniens de suspendre leur programme d'enrichissement nucléaire et, sur le principe du donnant-donnant appelé en anglais "freeze for freeze", proposent en échange de  bénéficier sous stricte surveillance internationale, d'une aide au développement du nucléaire civil auquel ils ont droit en tant que signataires du Traité de non-prolifération, ainsi que d'un programme de coopération pour les sortir de l'isolement économique.
 
Téhéran joue la montre
 
L'Iran a réagi de façon confuse, et maintient son refus de geler son programme nucléaire. Par conséquent, une nouvelle résolution prévoyant des sanctions supplémentaires pourrait être  votée dès la rentrée de septembre 2008. La république islamique a fait déjà l'objet de quatre résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, dont trois assorties de sanctions économiques. En mars dernier, la résolution 1803 constituait déjà un durcissement des précédentes (1737 et 1747), votées en décembre 2006 et mars 2007.
 
La stratégie iranienne de faire traîner en longueur le processus a pour toile de fond l'élection présidentielle américaine. Les deux candidats qui s'affrontent, Barack Obama et John Mccain, ont des positions nuancées sur le dossier iranien. Téhéran ne voit donc pas l'utilité de céder aux injonctions d'une administration Bush sur le départ. Par ailleurs, viennent s'ajouter des luttes politiques internes sur le principe même des négociations avec les Six. Malgré les  sanctions commerciales qui asphyxient l'économie iranienne, la hausse du pétrole offre encore une certaine marge de manœuvre.

Les clés

Le programme iranien est-il militaire ? Téhéran répète que son objectif est civil : il s'agit de produire de l'électricité. La frontière entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire réside essentiellement dans le degré d'enrichissement d'uranium qu'un pays peut se permettre, grâce notamment à des installations de dizaines de milliers de centrifugeuses reliées entre elles par un système dit « de cascade».
L'uranium enrichi : l'enrichissement de l'uranium permet de produire de la matière fissile afin de réaliser une bombe atomique. Dans l'uranium naturel, on trouve toutes sortes d'atomes (ou isotopes). L'uranium 235 est le seul fissible, mais sa concentration est faible (0,7%). Pour un usage militaire, il faut donc augmenter la teneur du minerai en uranium 235 par « enrichissement» jusqu'au taux de 90 %.
TNP : signé en 1970, le traité de non-prolifération vise à éviter une guerre nucléaire et à instaurer une coopération. Ratifié par 188 pays, le traité est fondé sur la distinction entre les cinq puissances (Etats-Unis, Russie, France, GB et Chine) qui ont fait exploser une arme avant 1967 et les Etats qui n'en n'étaient pas dotés à ce moment. S.M.

 

Par Sylviane MOUKHEIBER le 13 août 2008 à 19:18
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1 Commentaires

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  • Tangofloral, le 06/06/2009 à 14h44

    ISRAEL possède depuis 40 ans le 6e arsenal nucléaire de la planète ISRAEL n'a pas adhéré au TPN et refuse tout contrôle de l'AIEA Or on n'en parle jamais ni au gouvernement, ni dans les médias Peut on savoir pourquoi?

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