© AFP/S. Khatib
Pourquoi l'Egypte construit un mur contre les tunnels du Hamas
<b> Eclairage -</b> Denis Brunetti, le correspondant de TF1 News au Proche-Orient, décrypte les raisons de la construction par Le Caire d'un mur pour lutter contre les tunnels du mouvement islamiste à la frontière entre l'Egypte et Gaza.
Publié le 21/12/2009
Un mur égyptien contre les tunnels du Hamas ?
L'Egypte aurait lancé la construction d'une barrière à sa frontière à Gaza pour empêcher le mouvement islamiste d'utiliser les tunnels de contrebande.
Publié le 10/12/2009

Les images des tunnels tournées
par l'envoyé spécial de TF1/LCI
A Rafah, au sud de la bande de Gaza, des dizaines, des centaines de toiles plastiques couvrent les entrées de tunnels installés sous la frontière, à 200 ou 300 mètres du territoire égyptien. Sous chaque toile plastique, quelques murs de parpaings ou une structure métallique comme un enclos pour l'entrée du puits.
A peine commencé le tournage que la police des frontières nous interpelle pour interdire de filmer. Le Hamas n'aime en effet plus beaucoup la publicité sur ses tunnels par lesquels passent toutes les denrées possibles, de la nourriture à l'ordinateur, au mouton ou à la moto. Ces tunnels existent depuis des années. Le mouvement islamiste s'en est servi pour amener des tonnes d'armes, d'explosifs, ou, pense-t-on, ramener le soldat Gilad Shalit, kidnappé sur la frontière.
"Licence"
Après le retrait israélien de Gaza, et surtout la prise de pouvoir par le Hamas, le blocus de l'Etat hébreu les a fait pousser. Un propriétaire parle ainsi de 500 à 800 tunnels au total ! A Rafah, on vous expliquera qu'un tunnel "de contrebande " se creuse en un à deux mois, qu'à présent la municipalité de Rafah les contrôle, que des techniciens viennent voir s'il y a un aérateur, si l'électricité est branchée. Il y aurait une sorte de "licence". Selon certains, le Hamas prend une taxe sur chaque passage. En cas d'accident mortel, le propriétaire du tunnel doit payer entre 40 et 60.000 dollars à la famille de la victime.
Dans le premier tunnel où nous filmons, on est en train de passer des rouleaux et des rouleaux de tissu. Lundi, c'est l'Aïd Al Adha (ndlr : reportage effectué le samedi 6 décembre), la fête du sacrifice. Alors ces jours-ci passent des moutons, des vêtements et tout ce qui sera cadeaux de fête. Le matériel est tiré par un treuil horizontal sur plusieurs centaines de mètres, avec des petits wagonnets. Puis arrivé sous le "puits", il est hissé par un nouveau treuil. Puis la marchandise est chargée dans un camion. Il y a aussi des tuyaux pour livrer du carburant. A côté, un camion-citerne est en train d'être rempli. Dans la bande de Gaza, les stations service sont ainsi alimentées par de l'essence ou du diesel égyptien, d'ailleurs deux fois moins cher que les petites quantités d'essence israélienne autorisées certains jours de blocus.
Economie parallèle
Nous descendons dans un tunnel en "construction" où les ouvriers sont à la pause. Près du puits de descente, j'aperçois un long portemanteau où sont accrochées les tenues des ouvriers, comme celles de mineurs d'antan. Il faut descendre ensuite une dizaine de mètres par le treuil accroché à un trépied au-dessus du puits. Les tunnels peuvent être de 10 à 25 mètres de profondeur. En bas, ils ont laissé leurs outils pendant la pause, perceuses, pelle, truelle pour creuser un boyau d'environ un mètre sur un mètre, Les wagonnets (des bidons de plastique découpés en deux) servent à retirer la terre du fond. Les tunnels parcourent ensuite plusieurs centaines de mètres, parfois un kilomètre avant de ressortir en Egypte. On raconte que certains ont fait des erreurs en creusant : un tunnel est arrivé sous un poste de police égyptien, un autre est revenu à Rafah en faisant une boucle.
Rafah est en tout cas une nouvelle ville riche, en pleine effervescence, de jour comme de nuit. Il y a de l'argent à faire, beaucoup d'argent qui circule. Un Palestinien me fait remarquer que les propriétaires de tunnels, de terrains ou tous ceux qui sont associés au business seraient bien malheureux si le blocus s'arrêtait -on estime que 25.000 travaillent directement ou indirectement autour des tunnels ! C'est l'économie parallèle de Gaza.
Passagers
Je suis sorti le lendemain par Erez. Autorisé à sortir, mais l'entrée avait apparemment été à nouveau fermée pour les journalistes. Sur la route, je prends des autostoppeurs. Ils sont très courants sur les routes d'Israël, des jeunes, des soldats en permission, des religieux qui n'ont pas beaucoup d'argent. Les arrêts de bus servent aussi d'arrêts aux stoppeurs. Quand je m'arrête à l'un d'eux, trois personnes montent : un vieux religieux avec une belle barbe blanche, une jeune fille et un soldat avec son M16. Le vieil homme s'amuse lorsque je lui demande s'il est rabbin : "non mais avec ma barbe, c'est toujours ce que tout le monde croit".
Discussion succincte en hébreu. Puis un peu plus tard, ayant appris que j'étais journaliste, on me demande si je sors de Gaza. Je confirme, l'un ou l'autre me demande de leur dire ce que j'ai vu. "C'est un peu toujours la même chose : beaucoup de misère, de problèmes de vie quotidienne. Les banques ont fermé", réponds-je. Mes passagers ne font pas de commentaire mais s'intéressent. Et puis quand ils descendent à Jérusalem, ils me saluent, très souriants. Mon "rabbin" me dit que je suis "bien courageux" et m'encourage en me serrant longuement la main.
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