Dans une rue de Gaza : un groupe électrogène © TF1/D. BrunettiLa nouvelle s'est répandue comme une trainée de poudre ce jeudi matin : au bout de 4 semaines de fermeture, le passage d'Erez est rouvert pour les journalistes ! Depuis le 5 novembre, Israël avait en effet interdit toute entrée aux journalistes, mais aussi auxdiplomates, officiellement pour des raisons de sécurité.
Nous nous sommes donc pressés pour découvrir l'état de la situation à Gaza, soumis à un blocus encore plus strict qu'auparavant depuis un mois après un échange de brèves incursions israéliennes et de roquettes palestiniennes. La trêve, établie en juin dernier, est de fait suspendue et les points de passage commerciaux fermés. Résultat : la pénurie touche encore plus fort la bande de Gaza.
"Diesel égyptien"
Première vision étonnante pourtant : des embouteillages dans Gaza-ville et des stations service qui semblent ouvertes alors qu'Israël a coupé aussi tout approvisionnement de carburant. Mais en s'approchant, on découvre qu'on y vend en fait du "diesel égyptien", du diesel qui passe par les fameux tunnels de contrebande avec l'Egypte, creusés au sud de la bande de Gaza. Alors chacun remplit son réservoir ou des bidons pour alimenter un groupe électrogène.
Car le problème principal ici, c'est l'électricité. La centrale électrique, qui pour sa part fonctionne au mazout, s'est encore arrêtée dimanche. Les coupures de courant sont quasi-quotidiennes. Et il faut s'adapter : on évite de prendre les ascenseurs tandis que sur les trottoirs, les groupes électrogènes sont alignés devant les boutiques. Et chez soi, on vit souvent à la bougie, à la lampe à pétrole. Un Palestinien me raconte que sa fille lit et étudie à la lumière de son téléphone portable ! Conséquences aussi sanitaires dans les hôpitaux où les machines de dialyse ou cardiaque sont arrêtées ou menacent de l'être.
Banques fermées, salaires non versés
La nouvelle pénurie aujourd'hui, c'est l'argent. Les banques de Gaza ont fermé. Sur leurs devantures, une affichette explique qu'elles n'ont plus de liquidité pour payer les salaires. Israël bloque en effet les transferts de fonds, y compris ceux de l'Autorité palestinienne de Ramallah. Devant les distributeurs automatiques, on peste en consultant son compte inutilisable. D'autant que c'est bientôt l'Aïd Al Adha, la Fête du Sacrifice où l'on égorge le mouton, l'on s'offre des cadeaux, notamment des beaux habits aux enfants...
Alors chacun tente de faire ses achats tant bien que mal dans les boutiques. Mais, en fait, tout ce qu'on voit sur les trottoirs arrive d'Egypte par les tunnels de contrebande. Un petit vendeur confirme. "Tout ca arrive par les points de passage", dit-il. "Mais les points de passage israéliens sont fermés !" lui fait-on remarquer. "Non, je parle des tunnels. Ce sont maintenant les vrais points de passage commerciaux", répond-il simplement. Pour l'Aïd, des moutons sont même passés par ces boyaux souterrains. On peut en fait y commander ce qu'on veut. Et les shekels s'en vont aussi par là pour acheter les produits égyptiens.
Israël a cependant autorisé aujourd'hui le passage de 40 camions de produits de première nécessité -farine, lait pour enfants... Mais ce ne sera encore qu'une goutte d'eau dans le blocus. A Gaza, on souffre, on s'adapte, on se débrouille.
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