Un char israélien dans la bande de Gaza © TF1/LCI
Alain Dieckhoff est directeur de recherches et professeur au CERI (Centre d'études et de recherches internationales)-Sciences Po. Son champ de travail principal porte sur la politique et la société contemporaines en Israël.
LCI.fr : Quel est l'impact de la guerre sur la campagne ?
Alain Dieckhoff : Pour l'instant, la campagne électorale est entrée en sommeil, elle est totalement éclipsée par l'offensive. L'agitation habituelle qui agite le pays avant des élections a disparu. Tout est focalisé sur les développements à Gaza.
LCI.fr : Quels effets aura la guerre sur la bataille entre les travaillistes, Kadima et le Likoud ?
A.D. : Il est certain qu'elle aura des effets sur la campagne et sur l'équilibre des forces politiques. Mais il est encore trop tôt pour dire lesquels. Tout dépendra de la manière dont elle va se dérouler et de ses conséquences diplomatiques.
Ce qu'on peut dire, aujourd'hui (ndlr : vendredi 9 janvier), c'est que la guerre bénéficie d'un large soutien dans l'opinion publique. Cela profite donc à l'équipe gouvernementale en place. Le parti travailliste d'Ehud Barak (ndlr : le ministre de la Défense) remonte dans les sondages (+ 5 sièges dans la dernière enquête) tandis que Kadima de Tzipi Livni (ndlr : ministre des Affaires étrangères) fait désormais jeu égal avec le Likoud de Benjamin Netanyahu. Or avant la guerre, le Likoud avait clairement l'avantage, même si Kadima avait entamé sa remontée.
"L'élection est un élement de contexte, pas la causalité de la guerre"
LCI.fr : Quels sont les différents scénarios possibles ?
A.D. : Il y en a deux. Tout d'abord, la guerre est courte et se traduit par un succès politique sur le plan international avec une consolidation de la trêve, des garanties sur la fin des tirs de roquette et des mesures pour lutter contre la contrebande entre l'Egypte et Gaza. Dans ce cas, la coalition en place -et donc Barak et Livni- sera renforcée.
En revanche, si les combats, notamment terrestres, se prolongent, et si le nombre de victimes militaires israéliennes augmentent, le consensus sera alors érodé. Cela sera donc négatif pour la coalition en place et profitera à Netanyahu. Celui-ci aura beau jeu de clamer que cette offensive militaire n'aura servi à rien et que s'il avait été au pouvoir, il aurait mené une guerre beaucoup plus vigoureuse. Dans ce cas, les électeurs voteront plus volontiers pour le Likoud, voire pour l'extrême-droite, comme le parti russophone d'Avigdor Liberman.
LCI.fr : Ehud Barak et Tzipi Livni ont-ils pu déclencher l'offensive à des fins électorales ?
A.D. : Non. L'élection est un élément de contexte, pas la causalité de l'offensive. D'ailleurs, en regardant bien la chronologie des événements depuis mi-décembre, ils ont lancé des messages très clairs expliquant qu'ils étaient prêts à reconduire la trêve. Ensuite, il s'est passé une semaine entre la fin effective de cette trêve et le début des hostilités. Cela montre clairement qu'ils ont choisi l'option militaire dans un second temps car il n'y avait pas d'autres solutions pour eux pour faire face à l'augmentation des tirs de roquettes du Hamas. Evidemment, désormais, la victoire sur le terrain est d'autant plus nécessaire qu'ils sont en campagne électorale.
"Si la guerre se poursuit au-delà du 20 janvier, l'arrivée d'Obama peut changer la donne"
LCI.fr : Ehud Barak et Tzipi Livni sont tous les deux ministres mais aussi adversaires pour le poste de Premier ministre. Cela peut-il créer des tensions dans le gouvernement ?
A.D. : Non. Pour l'instant, ils sont d'accord sur la nécessité de poursuivre l'opération militaire afin d'obtenir des résultats politiques, notamment une trêve renforcée. Il semble qu'il y ait bien quelques divergences, notamment sur la conduite des opérations -Barak semble plus favorable à un cessez-le-feu. Mais pour le moment, elles ne nuisent pas à l'unité politique.
En fait, celui qui peut profiter le plus de la situation, c'est Ehud Olmert (ndlr : le Premier ministre, qui ne se représente pas). Après le semi-échec libanais en 2006 et ses problèmes avec la Justice, en se montrant intransigeant, il peut redorer son blason et sortir en beauté, voire préparer un futur rebond dans les années à venir.
LCI.fr : Les élections pourraient-elle être reportées ?
A.D. : Pour l'instant, cette possibilité n'est pas du tout évoquée. Mais si l'offensive dure, alors la question pourrait se poser. En 1973, les élections, prévues en octobre, avaient finalement eu lieu en décembre en raison de la Guerre du Kippour.
LCI.fr : L'entrée en fonctions de Barack Obama le 20 janvier peut-elle la changer la donne ?
A.D. : Si les combats se poursuivent jusqu'à cette date, il est probable que cela comptera.
Note de la rédaction : en raison de nombreux abus et de propos tombant sous le coup de la loi française, du côté des deux parties en présence, LCI.fr a décidé de ne plus valider aucun avis sur le conflit israélo-palestinien.
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