"Obama ne changera pas la politique américaine"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 06 janvier 2009 à 17h03 , mis à jour le 06 janvier 2009 à 18h17

Interview - Barah Mikaïl, chercheur à l'Iris, estime que le futur président américain devrait se situer sur la même ligne pro-israélienne que ses prédécesseurs.

Barack ObamaBarack Obama

Barah Mikaïl est chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques. Il a notamment publié La politique américaine au Moyen-Orient (Editions Dalloz-Sirey).
 
 
 
LCI.fr : Les présidents américains sont traditionnellement pro-israéliens. Obama peut-il se démarquer de la politique étrangère de la Maison-Blanche sur ce sujet ?
Barah Mikaïl : Depuis 1967, les Etats-Unis font en effet la part belle aux Israéliens et à leurs demandes. Evidemment, cela ne veut pas dire qu'il ne puisse pas y avoir d'exception. Mais la configuration politique américaine fait que Barack Obama aura du mal à se différencier de son et ses prédécesseurs et de se dégager des constantes stratégiques des Etats-Unis.
 
Pour l'instant, il est bien sûr difficile de faire la part des choses entre Obama-candidat et Obama-président. Il y aura évidemment un décalage entre les deux. Lors de la campagne, sa déclaration la plus forte sur le conflit a porté sur Jérusalem comme capitale unifiée d'Israël (cliquez ici pour relire notre article). Il s'agit d'un parti pris pro-israélien. Il rejoint d'ailleurs une ancienne déclaration d'Hillary Clinton, future ministre des Affaires étrangères. Elle avait proposé il y a quelques années de transférer l'ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Tout ceci laisse a priori penser qu'Obama n'a pas de raison de vouloir changer l'attitude américaine vis-à-vis du conflit et de son évolution. Reste une inconnue : sera-t-il rattrapé par l'agenda international ? Contrairement à ce qu'il a annoncé, va-t-il se consacrer au conflit israélo-palestinien en priorité par rapport à l'Irak et à l'Afghanistan ?
 
 
LCI.fr : Outre la raison officielle de la période de transition, pourquoi est-il quasiment muet sur le conflit ?
B.M. : Au-delà du souci d'éviter toute ingérence, dans les faits, il ne veut pas prendre parti dans un contexte où la donne israélo-palestinienne est envenimée. Il préfère attendre d'avoir accès à la présidence et d'avoir des éléments concrets pour s'engager dans un sens précis.
 
 
                     "Le monde a fantasmé sur le changement que peut apporter Obama"
 
 
LCI.fr : Son élection a créé de grandes attentes en Europe et même au Moyen-Orient. La déception pourrait être grande s'il ne change pas de ligne sur le sujet.
B.M. : Tout à fait. Je trouve qu'on a exagéré, voire fantasmé, le changement annoncé par Obama. La raison en était simple : la plupart des gens estiment qu'il ne pourra pas être pire que Bush, contrairement à McCain. Avec Obama, le monde espère autre chose. Reste à savoir si on aura autre chose sur tout. Cette nuance est importante. Pour le Proche-Orient, il va sûrement déléguer à son entourage. Dans ce contexte, cela laisse peu de place à des convictions personnelles ou morales.
 
Bref, dans ses discours et dans la méthode, Obama sera bien sûr plus nuancé que Bush. Mais dans l'aboutissement, il sera difficile de voir une différence sur le fond. Il y a donc de fortes chances que le rapport de force actuel continuera. D'ailleurs, il faut remarquer que malgré la période de transition, il s'est exprimé sur l'économie, sur l'Irak, sur l'Afghanistan. Mais sur le conflit israélo-palestinien, il a botté en touche.
 
 
LCI.fr : Néanmoins, on imagine que des discussions ont lieu avec son équipe de politique étrangère, notamment Hillary Clinton. Que pourrait-il annoncer après le 20 janvier si la situation perdure ?
B.M. : S'il y a une solution, elle viendra, comme en 2006 au Liban, d'une résolution onusienne qui avait été votée après une longue série de bras-de-fer. Obama donnera-t-il les impulsions au Conseil de sécurité ? On ne peut pas l'exclure. Mais il restera dans la conception actuelle de la politique américaine, qui donne la primauté à la sécurité d'Israël.

En soi, l'argument n'est pas à blâmer. Mais les Etats-Unis offrent toute latitude à Israël pour juger de cette sécurité. Tant que ce rapport de forces et que les alliances stratégiques seront les mêmes, Obama serait coincé même s'il voulait aller à contre-courant. De toute façon, c'est loin d'être le cas. Il a par exemple annoncé vouloir changer les relations avec Cuba ou briser les tabous en Irak. Pour le conflit israélo-palestinien, il n'a rien dit de tel.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 06 janvier 2009 à 17:03
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