Ahmadinejad II ou un réformateur ? Le monde regarde

Par , le 12 juin 2009 à 05h45 , mis à jour le 18 juin 2009 à 11h24

Les Iraniens votent aujourd'hui pour le premier tour de la présidentielle, transformée de fait en référendum en faveur ou non du président sortant.

iran ahmadinejad supportricePartisane de Mahmoud Ahmadinejad © Reuters
 


Le président, seulement 2e personnage de l'Etat
Les Iraniens élisent leur président ce vendredi au suffrage universel -un second tour sera organisé le 19 juin si aucun candidat n'obtient la majorité absolue. Ce président exerce une influence réelle en politique intérieure et particulièrement sur l'économie. Néanmoins, la Constitution limite son rôle en politique étrangère, notamment sur le dossier nucléaire et les relations avec les Etats-Unis, au profit du guide suprême de la révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei.

Même si le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, a profité de son premier mandat pour empiéter sur ce domaine réservé -avec notamment ses diatribes antisémites-, le successeur de l'ayatollah Rouhollah Khomeiny reste pour beaucoup le "vrai" décideur.
 
Des candidats "pré-choisis"
Si l'élection présidentielle est une vraie lutte ouverte entre les candidats en lice, elle n'est pas libre au sens occidental du terme : aucun citoyen ne peut se présenter de lui-même au vote des électeurs. Les candidats doivent en effet obtenir l'aval du Conseil des gardiens de la Constitution. 475 candidatures ont ainsi été rejetées (dont celles de 42 femmes). Beaucoup étaient sans intérêt, mais certaines auraient pu obtenir de petits pourcentages.
 
Mahmoud Ahmadinejad, un sortant controversé
L'ancien maire de Téhéran avait été élu à la surprise générale en 2005 grâce à deux soutiens : d'une part, celui des conservateurs du régime. D'autre part, celui des classes populaires. Se faisant leur héraut, il lavait lancé, en pleine crise économique, beaucoup de promesses quasi-irréalisables. Quatre ans plus tard, la situation sociale n'a pas changé : le chômage et la pauvreté sont toujours là. De nombreux économistes le critiquent notamment pour sa politique de distribution massive des pétro-dollars qui a abouti à une forte inflation (23,6%).  Mais son populisme plaît encore aux plus défavorisés.
 
Surtout, sur le plan international, Mahmoud Ahmadinejad, 53 ans, fait désormais figure d'épouvantail après ses diatribes contre Israël, à qui il promet la destruction, et sa volonté de poursuivre coûte que coûte le programme nucléaire militaire du pays dans l'optique d'obtenir la bombe atomique. Il n'a pas hésité à engager un bras-de-fer avec les Etats-Unis sur le sujet. Sans rejeter la main tendue que lui propose Barack Obama, il demande  un changement "dans la pratique" de la politique américaine vis-à-vis de l'Iran. Quoi qu'il en soit, il va sans dire que la communauté internationale espère sa défaite.
 
Cette présidentielle s'apparente donc à un référendum pour ou contre Ahmadinejad, toujours soutenu par les conservateurs et à un degré moindre par la guide Ali Khamenei, afin de savoir si le régime doit poursuivre sa confrontation avec l'Occident ou s'il doit adoucir sa ligne avec un autre président.



Un opposant sérieux, deux outsiders
Mir Hossein Moussavi, soutenu par les réformateurs, est présenté comme le principal rival de Mahmoud Ahmadinejad. Cet homme discret, âgé de 68 ans, revient sur le devant la scène après une éclipse de 20 ans. Dans les années 80, en pleine guerre contre l'Irak, il était Premier ministre. Bien que manquant de charisme, il bénéficie d'un véritable engouement chez les jeunes, qui espèrent qu'il libéralisera la société et qui ont choisi le vert comme couleur de ralliement (cliquez ici pour lire notre article). Dans la même optique, il s'est assuré le soutien d'une partie de l'électorat féminin avec sa promesse d'assurer l'égalité des sexes. 

En politique étrangère, tout en étant partisan du programme nucléaire, il veut changer l'image qu'il qualifie d'"extrémiste" de son pays à l'extérieur. L'ancien président Mohammad Khatami s'est désisté en sa faveur et les milieux intellectuels en font leur candidat préféré pour contrer Mahmoud Ahmadinejad (cliquez ci-dessous pour voir le portrait de Mi Hossein Moussavi en vidéo).


 
Deux autres candidats font office d'outsiders : le réformateur Mehdi Karoubi et le conservateur Mohsen Rezaï.
 
La campagne
Elle a été très active, avec de nombreux meetings bondés, des rassemblements spontanés et plusieurs débats télévisés. Sans surprise, l'économie et les relations avec l'Occident ont bien sûr été les principaux thèmes abordés. Sur la fin, la tension est montée, avec parfois des bagarres entre les supporters des deux camps et des attaques personnelles de bas-niveau entre les candidats. Mahmoud Ahmadinejad, longtemps favori, a été mis sur la sellette en raison de son faible bilan. La bataille s'annonce donc très serrée.

Par Fabrice Aubert le 12 juin 2009 à 05:45
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