Manifestation en faveur de Mir Hossein Moussavi à Téhéran, le 15 juin 2009 © Reuters
Au dixième jour d'une crise sans précédent depuis 30 ans en Iran, provoquée par la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, la police anti-émeute a de nouveau tiré lundi des gaz lacrymogènes sur un millier de partisans de l'opposition qui manifestaient à Téhéran malgré un avertissement sans équivoque de l'armée idéologique du régime. Les Gardiens de la révolution, le corps d'élite de la République islamique, avaient en effet menacé, pour la première fois depuis le début des manifestations, les protestataires d'une riposte "décisive et révolutionnaire".
En dépit de ces menaces, un appel à ce rassemblement avait été lancé entre autres sur Twitter en hommage à Neda, une jeune femme qui aurait été tuée samedi d'une balle à la poitrine, et qui est déjà devenue la figure martyre du mouvement de contestation. Mais les manifestants se sont rapidement heurtés à la police ; des témoins ont fait état de l'arrestation de 50 à 60 personnes et ont décrit les miliciens islamiques, les bassidjis, armés de bâtons, matraques et câbles d'acier, poursuivant des manifestants. A la tombée de la nuit, des manifestants se sont hissés sur des toits aux cris de "Allahu Akbar" (Dieu est Grand), comme d'autres l'avaient fait durant la révolution islamique de 1979.
Appel à une cérémonie de deuil
Depuis samedi, journée semble-t-il la plus violente depuis le début des mouvements de contestation, les moindres rassemblements sont dispersés sans ménagement. Le leader de la protestation, Mir Hossein Moussavi, ex-Premier ministre, a enjoint ses partisans de poursuivre le mouvement, estimant que "protester contre le mensonge et la fraude" était leur "droit". Mais il a aussi engagé les manifestants à éviter toute provocation et la police et l'armée à ne pas agir "de manière irréparable". Autre candidat malheureux à la présidentielle, le réformateur Mehdi Karoubi, dans un message mis en ligne sur le site de son parti Etemad Melli (Confiance nationale), a appelé à une cérémonie de deuil jeudi en mémoire des manifestants tués et a demandé aux autorités de relâcher les personnes arrêtées.
Pendant que se déroule la répression, les médias étrangers sont toujours interdits de couvrir ces manifestations et le régime de Téhéran accuse les pays occidentaux d'ingérences. Le Royaume-Uni, visé particulièrement par ces accusations, et l'Italie ont déconseillé à leurs ressortissants les voyages non essentiels en Iran. Londres va aussi rapatrier les familles du personnel de son ambassade à Téhéran où une manifestation d'étudiants alliés du pouvoir est prévue mardi. L'UE a pour sa part rétorqué aux accusations proférées à son encontre en les jugeant "infondées et inacceptables", selon un communiqué de la présidence tchèque. Elle s'est dite "profondément préoccupée par la violence persistante contre les manifestants qui a mené à des pertes humaines".
D'après agence
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