Manifestation monstre à Téhéran le 16 juin 2009 © TF1-LCI 
> Les rares images des manifestations de mardi
> L'épreuve de force : une journaliste sur place raconte
Les journalistes étrangers sont assignés à résidence depuis ce mardi. Les informations ne parviennent donc qu'au compte-gouttes, entre les mailles des informations officielles. Les Iraniens qui donnent des détails aux journalistes ont été placés sur écoutes et affirment avoir reçu l'ordre de ne pas parler à la presse. Les rares images sont des vidéos amateurs. Mais les partisans du président Mahmoud Ahmadinejad et ceux de son principal rival vaincu ont organisé de nouvelles manifestations mardi à Téhéran. Et ce après la journée de lundi, qui a vu la manifestation monstre en faveur de Mir Hossein Moussavi se terminer dans le sang -au moins sept morts selon la radio officielle.
Après le défilé en soutien à Ahmadinejad, les organisateurs ont accusé "les ennemis, spécialement les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël" de "s'ingérer dans les affaires iraniennes, de comploter contre le gouvernement et d'offrir un soutien médiatique aux groupes ennemis, aux émeutiers et aux hooligans sociaux et politiques qui tentent d'alimenter le chaos dans la république islamique". Plusieurs diplomates européens ont d'ailleurs été convoqués mardi au ministère iranien des Affaires étrangères qui a protesté contre la réaction des dirigeants de ces pays aux violences poste-électorales qui se poursuivent depuis samedi à Téhéran, selon les médias gouvernementaux.
Des images tronquées et sans son
A l'opposé, des partisans de Moussavi ont manifesté dans le nord de la ville, selon le site internet de la chaîne d'Etat PressTv, malgré l'appel à l'annulation lancé par le candidat pour éviter de nouveaux heurts. Mais le cortège de ses supporteurs "s'est transformé en grande manifestation" sur la place Vanak, selon le site. Le rassemblement s'est ensuite dispersé dans le calme, ont indiqué des témoins ayant contacté l'AFP, sans faire état d'incidents. Lors de cette nouvelle manifestation, un membre fondateur de l'organisation de défense des droits de l'Homme que préside la lauréate iranienne du prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi, a toutefois été arrêté mardi, a indiqué à l'AFP un de ses collègues.
Les autorités ont interdit à la presse étrangère de couvrir les manifestations "illégales" ainsi que tout événement ne se trouvant pas "au programme" du ministère de la Culture et de la guidance islamique. De même, le premier réseau iranien de téléphonie mobile, contrôlé par l'Etat, a été coupé de nouveau dans l'après-midi à Téhéran. Et la télévision nationale montrait des images tronquées sur une moitié d'écran et sans son.
Le régime refuse un nouveau scrutin
Face à ces protestations, l'ayatollah Khamenei, après s'être félicité de la réélection pour quatre ans de M. Ahmadinejad, s'est dit favorable à un recomptage partiel des voix si nécessaire, selon la télévision d'Etat. Avant lui, le Conseil des gardiens de la Constitution (ndlr : l'équivalent du Conseil constitutionnel français, chargé de valider le résultat des élections et d'examiner les plaintes), avait fait un tout petit pas en avant en acceptant de recompter les suffrages contestés par Mir Hossein Moussavi. Mais il a totalement exclu d'annuler le scrutin et de procéder à une nouvelle élection, comme l'exige l'opposition. Les 12 membres du Conseil, nommés directement ou indirectement par Ali Khamenei, le Guide suprême de la Révolution islamique, qui a soutenu Mahmoud Ahmadinejad pendant la campagne et l'a déjà félicité, ne devraient donc pas changer fondamentalement les résultats.
Pendant ce temps là, Mahmoud Ahmadinejad s'est rendu à Moscou pour assister au sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Il n'a pas soufflé mot sur la crise dans son pays. En revanche, il a affirmé que l"ère des empires était terminée", allusion aux Etats-Unis.
Obama : la différence Moussavi-Ahmadinejad pas aussi forte qu'il y paraît
Nicolas Sarkozy a dénoncé mardi "l'ampleur de la fraude" lors de la présidentielle en Iran, l'estimant proportionnelle la "violence de la réaction" lors des manifestations. Et une manifestation des partisans de Moussavi s'est déroulée mardi en fin d'après-midi devant l'ambassade d'Iran à Paris.
Barack Obama a quant à lui dit mardi avoir de "profondes inquiétudes" concernant la présidentielle iranienne, tout en estimant qu'il ne serait "pas productif" pour les Etats-Unis de se mêler de politique intérieure iranienne et que la décision appartenait aux Iraniens. Le président américain a d'ailleurs toujours l'intention d'essayer de renouer le dialogue direct avec les dirigeants iraniens, indépendamment du résultat de la présidentielle, a dit son porte-parole mardi. Washington a pour autant demandé au site de micro-blogs Twitter de reporter une opération de maintenance pour permettre aux opposants iraniens de continuer à l'utiliser, a révélé mardi un responsable du département d'Etat (lire notre article). Mais, prévient Barack Obama, la différence Moussavi-Ahmadinejad n'est pas aussi forte qu'il y paraît.
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