Manifestation en faveur de Mir Hossein Moussavi à Téhéran, le 15 juin 2009 © ReutersMalgré la contestation, le régime iranien reste droit dans ses bottes. Le Conseil des Gardiens de la constitution, chargé de superviser les élections et de valider ses résultats, a exclu une annulation de la présidentielle du 12 juin en Iran comme le réclame le candidat malheureux Mir Hossein Moussavi, a rapporté mardi la télévision d'Etat.
"Nous n'avons constaté aucune fraude ou infraction majeure. Par conséquent, il n'y pas de possibilité d'une annulation" du scrutin, a déclaré le porte-parole de cette instance Abbas Ali Kadkhodaie. Ce dernier a en outre affirmé qu'"aucune des plaintes des candidats n'avait été acceptée par le Conseil", a rapporté mardi pour sa part le quotidien gouvernemental Iran. Lundi déjà, il avait affirmé qu'il y avait eu lors du scrutin du 12 juin plus de votes que d'électeurs potentiels dans cinquante districts élécetoraux (sur 366), mais que cela n'aurait pas d'"influence importante" sur le résultat final.
Saisi par le Conseil des gardiens de la Constitution, Ali Khamenei, Guide suprême de la révolution en Iran, a toutefois accepté de prolonger de cinq jours le délai donné aux candidats battus à l'élection présidentielle pour déposer un recours, rapportait mardi la télévision iranienne. "Nous vous prions de nous permettre de prolonger le délai pour recevoir d'autres recours pendant cinq jours de plus", écrivait le Conseil des gardiens dans une lettre rendue publique adressée à l'ayatollah Khamenei. Le délai initial de dépôt des recours expirait mercredi.
Un rapport sur les "irrégularités" a été publié prochainement, a annoncé mardi soir le camp Moussavi, tandis que le ministère iranien de l'Intérieur appelait Mir Hossein Moussavi à "respecter la loi et le vote du peuple". Le bureau de campagne du chef de l'opposition iranienne y dénonce des fraudes et irrégularités présumées commises lors du scrutin présidentiel, réclamant la création d'une "commission vérité" pour réexaminer le processus électoral. Dans un communiqué de trois pages mis en ligne sur Kalemeh, le site du candidat battu, le "comité pour la protection des voix" de Mir Hossein Moussavi fait la liste de ses principaux griefs contre le processus électoral. Au vu de ces soupçons sur la validité de l'élection, le comité demande la création d'une "commission de vérité juste (...) et acceptable par toutes les parties pour examiner tout le processus des élections".
Paris convoque l'ambassadeur iranien pour dire sa "préoccupation"
Par ailleurs, après son interdiction par les autorités, des associations d'étudiants iraniens pro-régime ont annulé une manifestation prévue ce mardi devant l'ambassade de Grande-Bretagne pour protester contre l'"ingérence" de Londres dans les affaires intérieures iraniennes. Par ailleurs, une source au ministère iranien des Affaires étrangères a nié le rappel de l'ambassadeur d'Iran à Londres pour consultations, annoncé un peu plus tôt par l'agence officielle Irna citant un député. Le Premier ministre britannique Gordon Brown a annoncé mardi l'expulsion de deux diplomates iraniens, en réponse à une décision de Téhéran d'expulser deux diplomates britanniques d'Iran.
Du côté de la rue, lundi, dixième jour d'une crise sans précédent depuis 30 ans en Iran, la police anti-émeute a de nouveau tiré des gaz lacrymogènes sur un millier de partisans de l'opposition qui manifestaient à Téhéran malgré un avertissement sans équivoque de l'armée idéologique du régime. Les Gardiens de la révolution, le corps d'élite de la République islamique, avaient en effet menacé, pour la première fois depuis le début des manifestations, les protestataires d'une riposte "décisive et révolutionnaire".
La France a de son côté convoqué mardi, pour la deuxième fois depuis le 15 juin, l'ambassadeur d'Iran à Paris pour lui signifier sa "forte préoccupation face à l'évolution des événements en Iran", a annoncé le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères Frédéric Desagneaux. Le président américain Barack Obama a rejeté mardi les accusations d'ingérence en Iran, appelant Téhéran à gouverner "par le consensus et non par la force" et à cesser d'accuser les Occidentaux d'"être à l'origine" des manifestations, lors d'une conférence de presse.
Cérémonie de deuil
En dépit de ces menaces, un appel à ce rassemblement avait été lancé entre autres sur Twitter en hommage à Neda, une jeune femme qui aurait été tuée samedi d'une balle à la poitrine, et qui est déjà devenue la figure martyre du mouvement de contestation. Mais les manifestants se sont rapidement heurtés à la police ; des témoins ont fait état de l'arrestation de 50 à 60 personnes et ont décrit les miliciens islamiques, les bassidjis, armés de bâtons, matraques et câbles d'acier, poursuivant des manifestants. A la tombée de la nuit, des manifestants se sont hissés sur des toits aux cris de "Allahu Akbar" (Dieu est Grand), comme d'autres l'avaient fait durant la révolution islamique de 1979.
Depuis samedi, journée semble-t-il la plus violente depuis le début des mouvements de contestation, les moindres rassemblements sont dispersés sans ménagement. Le leader de la protestation, Mir Hossein Moussavi, ex-Premier ministre, a enjoint ses partisans de poursuivre le mouvement, estimant que "protester contre le mensonge et la fraude" était leur "droit". Mais il a aussi engagé les manifestants à éviter toute provocation et la police et l'armée à ne pas agir "de manière irréparable". Autre candidat malheureux à la présidentielle, le réformateur Mehdi Karoubi, dans un message mis en ligne sur le site de son parti Etemad Melli (Confiance nationale), a appelé à une cérémonie de deuil jeudi en mémoire des manifestants tués et a demandé aux autorités de relâcher les personnes arrêtées.
| Un journaliste travaillant pour le Washington Times arrêté |
Un journaliste grec travaillant pour un média américain a été arrêté en Iran, a rapporté mardi l'agence de presse Fars, alors que les autorités imposent d'importantes restrictions à la presse étrangère couvrant la contestation des résultats de la présidentielle du 12 juin. Preuve s'il en est, le Premier ministre canadien Stephen Harper a appelé Téhéran lundi à remettre en liberté tous les prisonniers politiques et journalistes, y compris canadiens, et jugé "inacceptable" le recours à "la brutalité et à l'intimidation" contre les manifestations. |
D'après agence
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