Ali Khamenei, le Guide suprême de la Révolution, le 19 juin 2009 à Téhéran © Reuters
Dans les premières heures après la proclamation de la victoire de Mahmoud Ahmadinejad, la contestation visait essentiellement les résultats de l'élection présidentielle iranienne. Mais elle a vite englobé l'autorité même du guide suprême, Ali Khamenei, qui s'est empressé de valider les résultats de ce scrutin très contesté, et dont de nombreux experts ont souligné les résultats visiblement incohérents : taux de participation par endroits supérieurs à 100%, résultats similaires en zone urbaine ou à la campagne, défaite des candidats réformateurs jusque dans leurs fiefs - une situation à peu près inenvisageable en Iran. Et désormais, c'est la légitimité même du régime iranien qui est menacée.
"Ce sont les bases mêmes du régime, autrefois sacrées, qui sont aujourd'hui défiées en Iran", estime Karim Sadjadpour, spécialiste incontesté de l'Iran dans une interview publiées sur le site internet du Conseil des Relations étrangères. "Le peuple commence à remettre en question directement le Veyalat al-Faqih, le système de gouvernement créé en 1979 par l'ayatollah Khomeini" et en vertu duquel l'autorité du guide suprême à gouverner l'Iran vient directement de Dieu, ajoute-t-il. "Le fait que le peuple défie ouvertement la légitimé d'Ali Khamenei comme guide suprême, voire la légitimité même d'un guide suprême est du jamais vu".
La loi de Dieu ou la Constitution ?
"La crise ne s'appuie plus sur la question de savoir qui est le président mais sur la question de savoir ce qui compte le plus pour décider des événements sur terre : la loi de Dieu ou la Constitution", renchérit Robin Wright, journaliste et experte au Centre Woodrow Wilson à Washington.
Après deux mandats de président, Ali Khamenei est devenu guide suprême en 1989, déjà critiqué sur son manque de qualifications théologiques. Mais il a depuis étendu son influence tant sur la police que sur les instances décisionnelles comme le Conseil des gardiens de la Constitution, la présidence, le Parlement ou les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique du régime. "De bien des façons, Khamenei est devenu un Shah moderne, avec un turban à la place de la couronne", juge Karim Sadjadpour. Mais "il a commis une erreur de jugement : cette élection ou devrais-je dire cette sélection, était une insulte à l'intelligence du peuple".
Signe des tensions profondes qui traversent le régime iranien, selon certaines informations, l'ancien président Akbar Hashemi Rafsanjani, chef de l'assemblée des experts, qui est chargée entre autres de superviser l'activité du guide suprême, aurait réuni contre ce dernier une coalition d'ayatollahs. Pour Laleh Khalili, enseignant à l'Ecole des études africaines et orientales de Londres, "Ali Khamenei n'a pas le crédit dont jouissait l'ayatollah Khomeini, il n'a pas le même charisme". Mais impossible pour l'heure de dire sur quoi pourra déboucher la contestation iranienne. "Une violente répression, même si elle est couronnée de succès comme cela semble probable, ne pourrait être que la première partie d'une longue et pénible bataille" menant ou non à la déstabilisation du régime des mollahs, avance Michael Eisenstadt de l'Institut des études du Proche-Orient de Washington.
D'après agence
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