Les rues de Téhéran sont quadrillées par les forces de l'ordre, qui empêchent tout rassemblement. © REUTERS
Les foules qui s'étaient réunies samedi encore dans les rues de Téhéran n'ont pu se rassembler dimanche. Dimanche soir, la ville semblait calme. Aucun signe de manifestation de l'opposition iranienne n'était visible dans le centre de la capitale, qui était quadrillé par de très nombreuses forces de l'ordre, ont rapporté des témoins. Des tirs ont néanmoins été entendus dans des quartiers Nord de la capitale, sans que l'on puisse en dire davantage. Selon un témoin, "la police disperse tout rassemblement d'au moins deux ou trois personnes en leur disant de circuler". Sur son site Internet, l'opposant Mir Hossein Moussavi, a appelé ses partisans à la "retenue", tout en affirmant que protester contre la "fraude" était un "droit du peuple".
Samedi, la confrontation entre opposants et forces de l'ordre qui a été particulièrement brutale à Téhéran, selon des témoins. Plusieurs milliers de manifestants, que le pouvoir iranien qualifie de "terroristes", ont été confrontés à des canons à eau, à des charges à la matraque, à des gaz lacrymogènes et à des tirs à balles réelles. Les autorités affirment que ces affrontements ont fait une dizaine de morts, mais la presse étrangère est toujours interdite de couvrir les évènements. L'information est donc très difficile à vérifier.
Obama hausse le ton
Sans les lier directement aux émeutes de samedi, le pouvoir a annoncé dimanche avoir arrêté des membres de l'Organisation des moudjahidine du peuple qu'il accuse d'"activités terroristes". "Les dirigeants de ce groupe avaient encouragé ses membres à entreprendre des activités terroristes comme des incendies contre des bus ou des stations-service, des attaques contre les bassidji et des destructions de biens publics", a déclaré la télévision sans précisions sur le nombre de personnes arrêtées. La télévision d'Etat a également annoncé dimanche que plusieurs personnes avaient perdu la vie samedi à Téhéran dans l'incendie d'une mosquée imputées à "des émeutiers", avant de revenir sur cette information quelques minutes plus tard.
Face à cette escalade, le président américain Barack Obama, haussant le ton, a appelé le gouvernement iranien "à mettre fin à tous les actes de violence et d'injustice contre sa propre population". Angela Merkel a appellé "fermement les dirigeants iraniens à procéder à un nouveau décompte des voix de la présidentielle". Le Royaume-Uni a lui nié "catégoriquement" que les manifestants contestant les résultats soient manipulés par des pays étrangers et démenti les accusations de "complot" et d'"ingérences" proférée par l'Iran à son encontre. Quant au chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, il a condamné dimanche la "répression brutale" à Téhéran et a appelé à la "libération immédiate des personnes arrêtées" ; peu après, Nicolas Sarkozy a qualifié l'attitude des autorités iraniennes "d'inexcusable".
Pour autant, la ligne du pouvoir iranien reste la même : Mahmoud Ahmadinejad a "conseillé" aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne de cesser de s'immiscer dans les affaires intérieures iraniennes, "Par vos remarques précipitées, vous ne serez certainement pas invités dans le cercle d'amitié de la nation iranienne. Je vous conseille donc de corriger vos déclarations importunes", a-t-il dit. Le président du parlement iranien a lui souhaité le réexamen des liens entre l'Iran et la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne au vu des commentaires "indignes" selon le pouvoir de ces trois pays sur l'élection présidentielle. Et la première mesure de représailles n'a pas tardé à tomber, puisque le correspondant permanent de la BBC en Iran, Jon Leyne, a reçu l'ordre des autorités de quitter le pays sous 24 heures, pour avoir "soutenu" les émeutiers.
D'après agence
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