Bernard Kouchner à Paris avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki (3 juin 2009) © P. Wojazer / ReutersNicolas Sarkozy a de nouveau menacé mercredi l'Iran d'un isolement croissant s'il persiste dans la mise en oeuvre de son programme nucléaire. Le chef de l'Etat a reçu plus d'une heure à l'Elysée, à la demande de Téhéran, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, porteur selon la présidence française d'un message des "hautes autorités iraniennes". Bernard Kouchner, qui a assisté à l'entretien avant de prendre l'avion pour le Brésil, avait auparavant laissé percer son scepticisme en émettant l'espoir d'un "vrai miracle". Prié de dire, à l'issue de la rencontre, si le miracle avait eu lieu, il a fait une grimace et répondu "non". Ce que l'Elysée a implicitement confirmé quelques instants plus tard dans un communiqué tandis que des conseillers du chef de l'Etat et de Bernard Kouchner poursuivaient les discussions avec le ministre iranien dans un salon du palais présidentiel.
Selon ce communiqué, Nicolas Sarkozy a évoqué avec son interlocuteur "les risques que font courir à la paix les initiatives de l'Iran dans le domaine du nucléaire". Il s'est dit profondément préoccupé par les "activités proliférantes" iraniennes, a réitéré la volonté de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la Chine, de la Russie et des Etats-Unis de contribuer à une solution négociée et invité l'Iran à s'engager dans une telle négociation. Celle-ci ouvrirait la voie à une coopération "très large" avec l'Iran, y compris dans le nucléaire civil, a réaffirmé Nicolas Sarkozy, qui a jugé une telle solution possible. "A défaut, l'Iran s'exposera à un isolement international toujours croissant sur tous les plans", a-t-il ajouté.
La Shoah, "immense tromperie" pour Ahmadinejad
Les Six s'efforcent notamment de convaincre Téhéran de renoncer à son programme d'enrichissement d'uranium. Les Occidentaux et Israël sont convaincus que le président Mahmoud Ahmadinejad, qui continue de rejeter toute négociation avec les Six, veut doter son pays de l'arme nucléaire. Partisan d'un "dialogue exigeant" assorti de sanctions renforcées, dont le gel des investissements internationaux en Iran, Nicolas Sarkozy a averti plusieurs fois les dirigeants iraniens qu'ils prendraient le risque d'une frappe israélienne s'ils ne cédaient pas aux pressions internationales. Le nouveau ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a cependant déclaré mercredi à Moscou qu'Israël n'avait pas l'intention de bombarder l'Iran.
Manouchehr Mottaki est la première personnalité iranienne de haut rang reçue officiellement à l'Elysée par Nicolas Sarkozy depuis la venue en octobre 2007 de l'émissaire Ali Akbar Velayati, ancien ministre des Affaires étrangères et actuel conseiller diplomatique du guide de la Révolution Ali Khamenei. Selon Bernard Kouchner, l'entretien avec Manouchehr Mottaki avait été reporté après une diatribe du président iranien contre Israël le 20 avril à Genève, lors de la deuxième conférence de l'Onu sur le racisme. Ce qui n'a pas empêché le président iranien, qui avait déclaré à plusieurs reprises son voeu de voir Israël "rayé de la carte du monde", de réitérer mercredi en qualifiant la Shoah "d'immense tromperie". Le chef de l'Etat sortant, qui brigue un nouveau mandat lors du scrutin présidentiel du 12 juin, a également traité l'Etat juif de "plus grand régime criminel de l'histoire de l'humanité". Des propos aussitôt condamnés, à Paris, par Nicolas Sarkozy devant le ministre iranien des Affaires étrangères.
D'après agence
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