Assassinat d'un chef du Hamas : le mystère demeure

Par Denis BRUNETTI, correspondant permanent au Proche-Orient, le 04 février 2010 à 11h19 , mis à jour le 04 février 2010 à 11h52

Deux semaines après, l'assassinat à Dubaï de Mahmoud Al Mabhouh, chargé de l'approvisionnement d'armes entre Gaza et l'Iran, suscite encore bien des questions.

[Expiré] [Expiré] hamas Mahmoud Al Mabhouh © AFP

Le 20 janvier dernier, le corps  de Mahmoud Abdel Raouf Al Mabhouh, 50 ans, a été découvert dans sa chambre du Bustan Rotana Hotel à Dubaï, un établissement luxueux. Un petit panneau "ne pas déranger" était accroché à la porte. Son corps portait apparemment des traces de strangulation ou d'étouffement, un oreiller était taché de sang. Son frère Faeq  a déclaré qu'il y avait également des traces d'électrocution -peut-être l'utilisation d'un Taser.

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Plus d'infos

 
Mahmoud Al Mabhouh n'était pas n'importe qui : c'était l'un des co-fondateurs des brigades Ezzedine Al Qassam,  la branche militaire du Hamas. Il a connu plusieurs fois les prisons israéliennes.  Dans les années 80, il a notamment été accusé de l'enlèvement de deux soldats de Tsahal, retrouvés morts par la suite. En 1989, il s'est enfui de Gaza pour s'exiler à Damas où réside la direction du Hamas en exil. Surtout, il était chargé dernièrement de l'approvisionnement en armes de Gaza, et en particulier du flux venant d'Iran. Son voyage à Dubaï n'était pas le premier. Il était généralement accompagné de gardes du corps. Mais le 19 janvier, il semble que ces derniers n'aient pas trouvé de place dans l'avion quand il a pris son vol Emirates Damas-Dubaï. Ils ne devaient donc le rejoindre que le lendemain.

Passeports européens
 
Ils n'en auront pas eu le temps. L'assassinat a en effet lieu le 20 janvier, avant leur arrivée. Mais il n'a été annoncé que le 29 janvier. Pourquoi avoir attendu ? Sans doute pour les besoins de l'enquête. Car, sitôt la nouvelle révélée, la police de Dubaï annonce avoir des éléments importants. Les auteurs auraient laissé un indice "permettant de les retrouver". Pendant quelques jours, on parle même de chasse à l'homme. Le général  Dahi Khalfan, le chef de la police, déclare que les assassins sont un commando de sept personnes, détenteurs de passeports européens. Interpol est prévenu. Les Etats européens dont sont issus les passeports sont mis à contribution.

 

La police de l'émirat croit également savoir que Mahmoud Al Mabhouh était suivi avant même son arrivée et qu'il a ouvert lui-même la porte à ses tueurs. Finalement, les enquêteurs indiquent que la cause de la mort serait "l'étouffement, peut-être la strangulation". Mais elle ne reprend pas les rumeurs sur un empoisonnement -certains médias arabes et internationaux avaient évoqué des analyses de sang qui, envoyées à Paris, auraient révélé la trace de poison.



Satisfaction en Israël


Très vite, le nom du Mossad est avancé. Le général Dahi Khalfan confirme que les services secrets extérieurs israéliens sont bien "l'une des pistes". Un site web israélien, Inyan Merkazi, croit savoir qu'une équipe de quatre agents secrets aurait exécuté l'opération, obtenant "des renseignements précieux" avant de quitter la chambre d'hôtel. Un autre média arabe affirme que les documents de Mahbouh ont été photographiés. A-t-il  été interrogé, voire torturé, pour livrer des secrets sur l'acheminement des armes entre l'Iran et Gaza ?

La réaction des médias israéliens et même de plusieurs ministres est en tout cas d'applaudir à la "liquidation" dès l'annonce de l'assassinat. "Encore un coup porté à l'Axe du Mal", titre le Jérusalem Post. Le grand quotidien Yediot Aharonot fait sa Une sur "les héros de l'ombre". Le gouvernement israélien ne fait aucun commentaire officiel, mais un journaliste du Haaretz écrit : "il n'a aucune raison de reconnaitre que des agents du Mossad ont liquidé ou non Al Mabhouh. Mais les sourires des ministres disent tout". De son côté, le Hamas, par la voix de son chef politique Khaled Mechaal, accuse l'Etat hébreu et promet de se venger, "en lieu et temps appropriés".

Un Etat arabe ?
 
Pourtant, au bout de deux semaines, et après de nombreuses rumeurs médiatiques,  la prudence reste de mise.  Le général Dahi Khalfan a lui-même précisé que le Mossad n'était pas la seule piste. Certains maintenant imaginent aussi des services secrets arabes comme les auteurs puisque Israël n'est sans  doute pas le seul Etat de la région à s'inquiéter de la filière Iran-Gaza. Un dirigeant du Hamas, Abou Marzouk, déclare même désormais que "certaines histoires lancées par la presse israélienne et reprises par les médias internationaux sont loin de la vérité". Et précise que "Al Mabhouh était suivi par plusieurs parties".
 
Si le Hamas impute globalement l'assassinat de son cadre militaire à Israël, il ne s'agirait pas en tout cas de la première "liquidation" de dirigeants. En 2004, le chef spirituel du mouvement islamiste, le cheikh aveugle Ahmed Yassine, avait ainsi été tué par un missile. En 1996, Yehya Ayache, l'artificier du Hamas, surnommé l'Ingénieur, avait quant à lui assassiné avec un téléphone portable piégé. Cependant en 1997, à Amman, la capitale jordanienne, le Mossad avait tenté d'assassiner Khaled Mechaal en l'empoisonnant dans la rue. L'opération avait lamentablement échoué et s'était transformée en un scandale diplomatique entre la Jordanie et Israël, qui avait même dû envoyer le contre-poison pour guérir le dirigeant du Hamas.

 

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