"Ahmadinejad a marqué une rupture lors de son interview à TF1"

Par , le 09 juin 2010 à 17h21 , mis à jour le 09 juin 2010 à 11h17

Décryptage - Karim Pakzad, spécialiste de l'Iran, explique que lors de son entretien au 20h, le président iranien, beaucoup plus modéré que d'habitude, a amorcé un virage dans ses relations avec la France. Contesté dans son pays, il est à la recherche d'un relais parmi les Occidentaux.

Mahmoud Ahmadinejad, interviewé au 20h de TF1, le 7 juin 2010Mahmoud Ahmadinejad, interviewé au 20h de TF1, le 7 juin 2010

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Karim Pakzad est chercheur associé sur l'Iran à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Il décrypte pour TF1 News l'interview accordée par Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, à TF1. 
 
TF1 News : L'entretien diffusé lundi au 20h de TF1 et dont TF1 News diffuse l'intégralité est l'un des rares donnés par Mahmoud Ahmadinejad à une télévision occidentale. Comment avez-vous trouvé le président iranien ?
Karim Pakzad : Sur la forme, cet entretien est très intéressant et très étonnant. Il marque une rupture dans l'attitude et le style de Mahmoud Ahmadinejad. Contrairement à ses habitudes lorsqu'il s'adresse à l'Occident, il n'a fait aucune provocation, n'a lancé aucune nouvelle diatribe, notamment contre Israël. Au contraire, il était cette fois très posé, très réfléchi, adouci et modéré dans le ton. On sent qu'il avait très bien préparé cette interview qui lui permettait à la fois de s'adresser aux dirigeants français et à l'opinion publique française.
 
TF1 News : Pourquoi un tel changement maintenant ?
K.P. : En interne, Mahmoud Ahmadinejad est fragilisé. Par l'opposition bien sûr avec tout ce qui se passe depuis un an. Mais aussi au sein même du camp conservateur où il a beaucoup de rivaux, notamment le président du Parlement, Ali Larijani. Le conflit est ouvert et revient très souvent sur le devant de la scène lors de telle ou telle loi ou de telle ou telle décision. Face à cette situation, Ahmadinejad est obligé de modérer son approche vis-à-vis de l'étranger pour reprendre la main à domicile. Sur le nucléaire, il a ainsi quasiment accepté les demandes des grandes puissances avec par exemple l'enrichissement de l'uranium à l'étranger.
 
Cette nouvelle approche vis-à-vis de la France confirme qu'il recherche des ouvertures à l'international alors que l'Onu s'apprête à voter de nouvelles sanctions. Certes, il n'est pas si isolé que les Occidentaux le pensent. Il a ainsi beaucoup d'appuis, aussi bien en Afrique, en Amérique latine et bien sûr dans le monde arabo-musulman où il est très proche de la Turquie, pourtant membre de l'Otan. Mais il lui manque une relation apaisée, voire saine, avec l'une des grandes puissances occidentales. 

exergue "Le but était d'amadouer Sarkozy"

TF1 News : Pourquoi avoir choisi la France ?
K.P. : Historiquement, à l'exception de la période de la guerre contre Saddam Hussein entre 1980 et 1988, que Mahmoud Ahmadinejad s'est d'ailleurs payé le luxe de rappeler, la France a toujours eu de bonnes relations avec l'Iran. Cela remonte à Louis XIV et aux Lettres persanes de Montesquieu. L'Iran a ainsi toujours été considéré comme le pays le plus francophile du Moyen-Orient. Ensuite, politiquement, avant de revenir dans le commandement intégré de l'Otan, la France était à part des Etats-Unis et de l'Occident. Les Iraniens ont toujours regardé vers elle et l'ont toujours considérée comme une puissance politique.

Cette nouvelle attitude marque donc une prise de conscience de Mahmoud Ahmadinejad et le retour à une conception de la politique étrangère iranienne qui comptait sur la France. L'ancien président Mohammad Khatami, venu à plusieurs reprises dans l'Hexagone, s'appuyait ainsi sur Paris pour débloquer le dossier du nucléaire et les relations avec les Etats-Unis.
 
TF1 News : L'actualité récente peut-elle servir l'objectif de Mahmoud Ahmadinejad ?
K.P. : Tout à fait. Elle est propice à de bonnes relations franco-iraniennes. Il l'a d'ailleurs utilisée pour effectuer ce virage. Tout d'abord, le dossier Clotilde Reiss est réglé. Mahmoud Ahmadinejad a d'ailleurs admis qu'il s'agissait d'une affaire politique puisque il a expliqué que sa libération était un "geste de la part de l'Iran". Cela signifie de fait que le pouvoir judiciaire n'a pas eu son mot à dire. Ensuite, la France apparaît moins hostile que les autres pays à la proposition Brésil/Turquie/Iran sur le nucléaire et l'enrichissement d'uranium iranien à l'étranger. Même si Nicolas Sarkozy ne veut pas se fâcher avec son ami Lula, qui a émis l'idée, il semble qu'il pense que cet accord pourrait contribuer à la relance du dialogue. Pour parfaire sa tentative de séduction, Mahmoud Ahmadinejad a aussi rendu hommage à la position de Paris sur l'assaut contre la flottille pour Gaza.
 
TF1 News : Outre l'opinion publique française, Ahmadinejad avait donc pour but, avec l'interview, d'amadouer Nicolas Sarkozy ?
K.P. : Tout à fait. Mahmoud Ahmadinejad est même allé plus loin en lui conseillant de prendre son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis.

exergue "Ahmadinejad a aussi infléchi sa position sur Israël"

TF1 News : Mahmoud Ahmadinejad a également abordé le dossier israélo-palestinien lors de l'interview.
K.P. : Sur ce point, il s'est adressé à l'opinion publique arabo-musulmane en mettant en cause la légitimé de la création d'Israël par la force et en la liant à la souffrance des Palestiniens. Mais, contrairement à son habitude, il n'a pas affirmé qu'il souhaitait "rayer Israël de la carte". "Je ne veux éliminer personne par la force", a-t-il dit. Sur ce point, il a infléchi ses précédentes déclarations, en visant l'opinion publique occidentale.
 
TF1 News : Pourquoi ?
K.P. : On en revient aux fondamentaux de sa rupture de style. Il a besoin d'une ouverture et d'appuis en Occident. Il sait très bien que le dossier du nucléaire ne sera pas résolu sans les grandes puissances.

Par Fabrice Aubert le 09 juin 2010 à 17:21
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20 Commentaires

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  • lucien31, le 09/06/2010 à 21h01

    Bonjour, Je partage l'avis de tout ce qui vous on répondu; cet homme est un tyran, un danger pour notre monde occidental. Ce qui me choque le plus c'est de voir que 137 personnes ont aimé votre commentaire, bizarre. Si vous le trouver bien ce Monsieur, faites votre valise et partez en Iran, mais ne venez surtout pas pleurer après. Respect

  • nfilou, le 09/06/2010 à 16h32

    Super interview entre Mme Ferrari et le président iranien.

  • danjojo1975, le 09/06/2010 à 14h16

    On croit rêver...on vit vraiment dans un monde de fous...

  • phil_grenoble, le 09/06/2010 à 14h10

    Vous trouvez ? perso, je le trouve ringard comme le tyran qu'il est, et sa stratégie vulgaire : la fin justifie les moyens.Si personne ne lui rentre dedans, ce n'est pas faute d'avoir compris ses intentions, mais par manque de courage politique, peut être nous auraient ils fallu un peu plus d'intérêts économiques pour encourager nos politiques.Je ne lui vois pas un brillant avenir.

  • paupamora, le 09/06/2010 à 12h58

    Vous êtes bien naîf

  • diktatur, le 09/06/2010 à 11h35

    Il ne s'est pas transformé en enfant de choeur,quand même?

  • lub3, le 09/06/2010 à 10h52

    Il est tout simplement diaboliser .... renseignez-vous!

  • cast12, le 09/06/2010 à 10h09

    Demande lui une HLM le rmi le rsa etc ect puisqu'il est si gentil et du travail!!!

  • missbrune_1, le 09/06/2010 à 00h10

    Je te le fais pas dire ma petite Clémentine ! pourquoi tant de "bling-bling, alors que les cheveux lacher c'est tellement plus beau.

  • 61clementine, le 08/06/2010 à 23h01

    Un collier de perles et un brushing bien fait ... ça c'est classieux !!!

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