Clotilde Reiss, sur le banc des accusés en Iran, le 8 août 2009 © REUTERSAu début, "je me suis dit 'on se trompe de personne', je ne comprenais rien à ce qui se passait". Dans un récit diffusé jeudi par France Culture, Clotilde Reiss, l'universitaire française retenue dix mois en Iran, revient sur sa détention et son procès. La jeune femme de 24 ans, accusée par l'Iran d'atteinte à la sécurité nationale notamment pour avoir participé à des manifestations contestant la réélection du président Ahmadinejad en juin 2009, a passé 47 jours à la prison d'Evin. C'était du 1er juillet au 16 août 2009. Elle n'a pu rentrer en France que le 16 mai 2010.
Un ex-agent de la DGSE mis en examen
Maurice Dufresse, connu sous le pseudonyme de Pierre Siramy, s'était attiré les foudres des autorités françaises à la mi-mai en affirmant que Clotilde Reiss était un contact occasionnel des services français.
Publié le 10/06/2010
"On m'a demandé de me mettre toute nue, même de baisser ma culotte, de m'asseoir comme si j'étais une véritable espionne qui cachait des choses, même dans les endroits les plus intimes de sa personne", raconte notamment l'universitaire. Libération publie des dessins réalisés par Clotilde Reiss durant sa détention, reproduisant notamment sa cellule, "une petite pièce de 8 m2 avec juste un robinet et une moquette - donc c'était très sale - où chacune des quatre détenues avait deux couvertures et une brosse à dents" et "dormait par terre".
"De sueur froide en sueur froide"
"L'une de mes premières phrases a été de leur demander si on était torturé. Très vite, elles m'ont rassuré. C'étaient trois filles qui souriaient. J'ai compris par la suite que leur survie passait par là", confie-t-elle. "L'activité principale, c'était soit la douche, soit la sortie en plein air de quinze minutes. Et les interrogatoires où l'on va de sueur froide en sueur froide", témoigne-t-elle.
Clotilde Reiss relate ses séances d'interrogatoire où "on te fait asseoir face au mur, les yeux bandés", avec "trois quatre hommes derrière toi" et au cours desquelles "les questions de prédilection portent sur les gens que tu connais". "On te pose les mêmes, vingt ou trente fois." "Physiquement, ils ne m'ont pas menacée, mais m'ont fait subir des pressions morales, un chantage affectif. On me disait: 'tu peux rester ici des années'", raconte-t-elle.
"Moi et mes co-détenues on fait partie des gens qui ont eu les meilleures conditions de détention, je pense", nuance la jeune femme, qui a fêté son 24ème anniversaire dans sa cellule, avec "trois concombre et trois pêches". "Le plus difficile c'était de voir le temps passer en fait, le temps à ne rien faire", lâche-t-elle. Vient le procès qui "a duré cinq heures et pendant une heure le président a prononcé une diatribe d'une violence incroyable. J'avais l'impression d'être au Jugement dernier, d'être condamnée avant même de m'être exprimée", raconte Clotilde Reiss qui parle du "jour le plus dur de (sa) vie".
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