Le fragile gouvernement d'union nationale libanais n'existe plus. Le Hezbollah, qui disposait, avec ses alliés, de dix ministres dans l'équipe dirigée par Saad Hariri, a en effet mis ce mercredi sa menace de claquer la porte à exécution. Dans la foulée, un onzième ministre, considéré comme neutre, a également donné sa démission, faisant s'écrouler le gouvernement selon les termes de la Constitution.
Le président Michel Sleimane va devoir maintenant constituer une nouvelle équipe dirigeante en se basant sur le rapport de forces, morcelé, au Parlement. S'il échoue, le pays pourrait retourner aux urnes.
En attendant le TSL
La raison de la décision radicale du Hezbollah : le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), chargé par l'Onu d'enquêter sur l'attentat commis contre Rafic Hariri en 2005, devrait mettre en accusation plusieurs de ses hauts dirigeants dans son rapport final. Ce dernier est attendu sous peu. Or le mouvement chiite réfute toute implication. Il affirme notamment que le TSL est "à la solde d'Israël et des Etats-Unis" (l'annonce des démissions est intervenue au moment même où Saad Hariri était d'ailleurs reçu par Barack Obama à la Maison-Blanche) et qu'il s'est basé sur de "faux témoins". Jeudi, Saad Hariri doit rencontrer à Paris le président Nicolas Sarkozy qui "a réaffirmé son soutien aux autorités et institutions libanaises", lors d'un entretien téléphonique avec le président syrien Bachar al-Assad. Ce dernier avait mis en garde en décembre contre un acte d'accusation du TSL basé sur "un simple soupçon ou sur une ingérence politique".
Le mouvement chiite exigeait donc que Saad Hariri, fils de Rafic Hariri et soutenu par les Occidentaux, désavoue les conclusions du TSL pour poursuivre l'unité nationale. Or le Premier ministre n'a pas cédé. La médiation menée par la Syrie, alliée du Hezbollah, et l'Arabie saoudite, proche de Saad Hariri, n'a rien donné non plus.
Le précédent de 2006
L'impasse actuelle rappelle celle de 2006, lorsque les six ministres du Hezbollah et de leurs alliés avaient déjà claqué la porte du gouvernement, alors dirigé par Fouad Siniora, un proche de Saad Hariri, sur fond de crise sur le partage du pouvoir et des divergences concernant l'établissement de ce qui allait devenir le TSL.
Cette démission avait provoqué une crise de près de deux ans et mis le pays au bord d'une nouvelle guerre civile en mai 2008, avec des affrontements meurtriers (une centaine de morts) entre les deux camps. Un compromis avait finalement abouti à la formation de ce gouvernement d'union nationale.







