La crise iranienne, une crise sans précédent chez les mollahs

Par Sylviane MOUKHEIBER, le 10 janvier 2010 à 08h56 , mis à jour le 10 février 2010 à 17h40

Depuis la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, l'Iran traverse une crise sans précédent. Osant défier le régime, les manifestations se multiplient pour réclamer la démocratie. La répression s'intensifie.

L'opposition iranienne manifeste à Téhéran, le 4 novembre 2009 (Archives)L'opposition iranienne manifeste à Téhéran, le 4 novembre 2009 (Archives) © Reuters

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L'annonce des résultats de l'élection présidentielle a donné le coup d'envoi de la crise la plus importante qu'ait connu la République islamique en trente ans d'existence.  Le 13 juin 2009, le président sortant Mahmoud Ahmadinejad se proclame vainqueur avec 63% des voix. Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, deux candidats réformateurs, dénoncent alors une "fraude". En colère, leurs partisans descendent dans les rues de Téhéran et des grandes villes du pays, organisant des  manifestations massives hostiles au pouvoir, souvent relayées par internet. Elles seront brutalement réprimées par les milices du régime. Bilan : 72 morts et plus de 4.000 arrestations, dont celle d'une jeune universitaire française, Clotilde Reiss accusée d'espionnage. Neda Agha-Soltan, une jeune iranienne, est tuée par balles. Sa photo fera le tour du monde. Elle deviendra le symbole de la contestation.
 
Le guide suprême l'Ayatollah Ali Khamenei confirme la victoire d'Ahmadinejad et exige l'arrêt des manifestations. Le 1er Août, s'ouvre le procès d'une centaine de manifestants devant le tribunal révolutionnaire de Téhéran. Le 5 Août, c'est l'investiture de Mahmoud Ahmadinejad pour un second mandat. Quelques jours plus tard, le 8 août, c'est au tour de Clotilde Reiss d'être jugée  pour avoir participé à des manifestations. Libérée sous caution un peu plus tard, elle est assignée à résidence à l'ambassade de France en attendant son procès.
 
Une contestation populaire qui défie le pouvoir
 
Le mouvement de contestation, qui s'est choisi le vert comme couleur fétiche, se développe, devient plus politique et réclame la démocratie. L'opposition maintien l'offensive. Elle est menée par les réformateurs Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, ainsi que deux anciens présidents de la République, Mohamad  Khatami et Ali Akbar Hachemi Rafsandjani. Mais c'est aussi une révolte populaire, qui progressivement, n'a plus peur de défier le pouvoir et ose désormais réclamer la liberté. La contestation est hétéroclite, composée de membres de la société civile, femmes, étudiants, ouvriers, intellectuels, conservateurs déçus, démocrates. Leur nombre enfle de jours en jours, la grogne, le ras-le-bol faisant tâche d'huile dans le tissu social iranien. 
 
Dès qu'une occasion se présente -commémoration, fête nationale, cérémonie religieuse-, les opposants descendent dans la rue. Le cycle manifestations/ arrestations s'installe. La violence monte au fur et à mesure de la radicalisation du mouvement. Le 8 septembre, des collaborateurs de Moussavi et  Karoubi sont incarcérés. Mohamed Khatami est agressé par des miliciens du régime. Le 4 novembre, 30e anniversaire de la prise de l'ambassade américaine en 1979, les opposants manifestent à nouveau contre le président Ahmadinejad, en criant pour la première fois "mort au dictateur".  La réponse du régime est sans appel. Le 17 novembre, le parquet condamne à mort 5 manifestants. Bilan de six mois de troubles : une répression implacable, 5.000 arrestations, viols, tortures, des morts par dizaines et des procès arbitraires.
 
Le régime durcit la répression
 
Le pouvoir iranien refuse tout dialogue avec le mouvement. On constate bien au contraire un durcissement du bras de fer. Le régime joue l'escalade pour justifier la répression. Par conséquent, les manifestations se radicalisent. A ses débuts, le mouvement était pacifiste. Mais désormais,  les manifestants n'hésitent plus à se battre contre les miliciens, s'attaquant aux symboles de la répression. Saccages, graffitis, agressions : la violence s'étend, inédite. Le pouvoir lance des avertissements à Moussavi et Karoubi, les menace d'une arrestation. Il  interdit la publication du journal réformateur Hyat e No.
 
Le 13 décembre, l'Ayatollah Ali Khamenei, dans un discours virulent, met en garde dirigeants de l'opposition et blâme les insoumis. Ce n'est plus Ahmadinejad qui est la cible des manifestants, mais lui, le successeur de l'imam Khomeiny, le Guide suprême de la République islamique. On voit maintenant courageusement fleurir des slogans réclamant la séparation de l'église et de l'Etat et l'avènement d'un Iran laïque.
 
Massacre le jour de l'Achoura
 
Quelques jours plus tard à Qom, le 19 décembre, les funérailles du Grand ayatollah dissident Hossein-Ali Montazeri, rassemblant des dizaines de milliers de personnes, vont se transformer en grande manifestation antigouvernementale. Défenseur de la démocratie, il avait condamné sans détour la violence infligée au peuple.

Le 27 décembre, c'est le jour de l'Achoura, la traditionnelle célébration religieuse du deuil chiite. Un tabou est franchi. Car malgré la fête religieuse et sans respecter la trêve, les forces de l'ordre tirent sur la foule dans laquelle se trouvent des milliers d'enfants, de femmes, de vieillards. Bilan : 8 morts officiels, dont un neveu de Moussavi et  plus de 500 personnes arrêtées. Les manifestants attaquent en riposte les miliciens bassidjis. Les arrestations se poursuivront les jours suivants. Parmi eux, des proches des leaders du mouvement, Khatami et Moussavi.

Le pouvoir veut dissuader les opposants de descendre dans la rue, menace de la peine de mort pour faire taire la contestation. Deux opposants ont été pendus le 28 janvier. Quelques jours plus tard, les autorités judiciaires annonçaient que neuf autres "contre-révolutionnaires", accusés d'avoir cherché à renverser le régime islamique, risquaient eux aussi d'être exécutés.
 
On constate un changement dans la nature du régime. La République des mollahs est peu à peu remplacée par celle des miliciens bassidjis et des gardiens de la révolution, les fameux Pasdarans qui font main basse sur le pays et contrôlent tous les secteurs, faisant régner la terreur. Si l'avenir de ce mouvement de contestation reste incertain, il n'est pas sans rappeler celui qui,  trente ans plus tôt, avait débuté lors de l'Achoura et avait abouti quatorze mois plus tard, à la chute du Shah.                                                                                            
 
 
 

Par Sylviane MOUKHEIBER le 10 janvier 2010 à 08:56
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