"La Syrie est une oasis d'impunité"

Par , le 27 octobre 2011 à 16h18 , mis à jour le 28 octobre 2011 à 10h41

Dossier : Révolte en Syrie

TEMOIGNAGE - En prison au début du soulèvement, Muhanad Alhasani (à gauche), avocat syrien, a été libéré en juin dernier. Honoré par le barreau de Paris, il dénonce l'inaction de la communauté internationale face à la répression menée par le régime de Bachar al-Assad.

Muhanad Alhasani et Jean-Yves Le Borgne, vice-président du barreau de Paris, 27/10/11Muhanad Alhasani et Jean-Yves Le Borgne, vice-président du barreau de Paris, 27/10/11 © DR

Avocat syrien, défenseur des libertés publiques et président de Swasiah, l'une des organisations syriennes des droits de l'homme, Muhanad Alhasani a été arrêté en 2009. Son délit est symbolique des difficultés d'exercer le métier dans le pays :  avoir critiqué le déroulement des audiences de la Cour de sûreté de l'Etat (ndlr : abolie en avril dernier, elle était particulièrement chargée de juger les "crimes politiques"). Un an plus tard, après avoir été radié à vie du barreau de Damas, il a été condamné à trois ans de prison pour "affaiblissement du sentiment national" et "propagation de fausses nouvelles".  

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    La décision de la Ligue arabe samedi de suspendre la Syrie pour sanctionner la répression du mouvement a provoqué depuis lors des manifestations monstre de la part de pro-Assad. Paris a convoqué l'ambassadeur syrien en France après l'attaque du consulat français à Lattaquié.

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  • Répression en Syrie : ce que réclame la Ligue arabe

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    A l'issue de longues semaines de tractations, la résolution, pourtant édulcorée, contre le régime de Bachar Al-Assad s'est heurtée au veto russe et chinois. Les Occidentaux ne mâchent pas leurs mots contre Moscou et Pékin.

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  • Syrie : "nous avons besoin d'aide. C'est votre responsabilité"

    De passage à Paris, Haytam Al-Maleh, l'une des figures de la dissidence syrienne, appelle la communauté internationale à intervenir pour stopper ce qu'il qualifie de "bain de sang". "S'ils continuent, il ne restera bientôt que des enfants en Syrie", affirme-t-il.

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    En Syrie, malgré le black-out médiatique, des milliers de vidéos de la répression parviennent aux médias internationaux grâce à des agences citoyennes. Les opposants et leurs soutiens à l'étranger ont su profiter des nouvelles technologies pour faire connaitre la situation sur place.

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  • Syrie : la communauté internationale réclame le départ d'Assad

    Les Etats-Unis et l'Union européenne ont réclamé, jeudi, le départ du pouvoir du président syrien. Un front diplomatique commun qui intervient après cinq mois de révolte sur le terrain.

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Libéré de manière anticipée en juin dernier, il a décidé de voyager en Europe pour dénoncer  la délicate situation des avocats et plus globalement la répression menée par le régime. Jeudi, il était ainsi l'invité du barreau de Paris, qui était intervenu en sa faveur lors de son procès. Il a notamment reçu le titre symbolique d'avocat honoris causa. "Nous le considérons comme un confrère à part entière. Si certains des avocats syriens ont vendu leur âme au régime, les autres continuent le combat. M. Alhasani en fait partie", souligne Jean-Yves Le Borgne, le vice-bâtonnier.

Cliché pris clandestinement par le frère de M. Alhasini lors du procès
avec son portable, récupéré dans la foulée par Vincent Nioré, avocat à Paris


Vous étiez en prison lors du début de la révolte contre Bachar al-Assad en mars. Aviez-vous accès aux informations ?
Muhanad Alhasani :
Ma situation ne me permettait pas d'obtenir d'informations de manière transparente. Je ne recevais que quelques visites d'une dizaine de minutes par mois. J'étais alors séparé de mon interlocuteur par une grille et la conversation était surveillée par des officiers des renseignements généraux. Néanmoins, j'avais des nouvelles au compte-gouttes grâce à d'autres prisonniers, qui me les transmettaient en secret.

En juin dernier, vous avez été libéré. Qu'avez-vous ressenti en prenant connaissance de l'ampleur du soulèvement et de la répression ?
M.A. :
La dernière chose à laquelle je pensais en sortant, c'est que j'allais voir que toutes les choses contre lesquelles j'ai milité depuis 25 ans -les crimes, les tortures, les arrestations arbitraires, les violations des droits de l'homme...- étaient désormais appliquées à grande échelle. Et encore moins que l'essence qui alimentait ce bûcher était ma famille de pensée, c'est-à-dire celle des libertés. Je n'y croyais pas.

Qu'avez-vous fait à votre sortie de prison ?
M.A. :
Je suis en fait resté peu de temps en Syrie. Après avoir parlé un peu dans les médias, j'ai pu communiquer avec les classes populaires de Damas. J'ai reçu des dizaines de personnes à mon bureau, originaires de tous les quartiers de la ville. Elles voulaient me saluer et me raconter leur histoire. Ensuite, j'ai estimé que le meilleur moyen de défendre les victimes, c'était de partir en Europe pour mettre en lumière les exactions du régime. Aujourd'hui, je ne sais pas quand j'y retournerais. Tout dépendra de l'endroit où mon message aura le plus de force, à l'intérieur ou à l'extérieur de la Syrie.

exergue "Un risque de radicalisation dans la religion"


Comptez-vous rejoindre le Conseil national syrien (ndlr : organisme qui fédère désormais l'opposition en exil) ?
M.A. :
Non.  Je ne fais partie d'aucun groupe politique, je suis un simple membre de la société civile. Certes, je suis en contact avec quelques membres du CNS qui vivent à Paris. On m'a même proposé d'en faire partie, ou d'autres entités politiques en cours de création. Certains ont aussi inscrit, de manière amicale, mon nom sans vraiment me demander mon avis. Mais je ne fais pas de politique. Mon domaine, c'est la défense des droits de l'homme et donc des victimes, sur la base du code des citoyens syriens.  Je préfère être aux côtés de ces victimes pour les aider. Et c'est pourquoi je parle aux médias.

Vous êtes justement en Europe pour faire connaître la situation en Syrie. Qu'attendez-vous de la France, et plus largement de la communauté internationale ?
M.A. :
J'en attends tout. Je demande notamment à la société civile française de faire pression sur le gouvernement français pour qu'il fasse tout ce qui est possible pour stopper le bain de sang. Aujourd'hui, la Syrie est une oasis d'impunité. Et le monde entier regarde sans rien faire. Dans les journaux télévisés, il s'agit de l'un des derniers sujets abordés.

La question

Intervenir militairement en Syrie comme en Libye:

Pour
Contre

 
 

Surtout, la communauté internationale a été incapable de s'entendre sur une condamnation. Or il faut savoir, qu'en matière des droits de l'homme, la Libye n'était pas le pire régime du monde arabe.  Si personne n'aide les Syriens qui se révoltent, ils risquent de se radicaliser dans la religion.

La frontière avec le Liban minée ?

Selon un responsable local libanais souhaitant garder l'anonymat, l'armée syrienne a entrepris depuis jeudi matin de poser des mines en face de Knaissé et d'El Hnaider, deux villages frontaliers situés au nord du Liban, apparemment dans une tentative de bloquer la contrebande d'armes vers la Syrie.

 

Par Fabrice Aubert le 27 octobre 2011 à 16:18
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6 Commentaires

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  • percenoir, le 28/10/2011 à 14h44

    Quand la Tunisie et la Libye montreront le succès de l'aide européenne, l'OTAN pourra aller en Syrie. Pour l'instant nous ne sommes même pas sur que la Libye ne se radicalise pas du point de vue religieux. Si en Libye tout se déroule bien, le monde entier prendra ce pays comme modèle pour sortir d'une dictature avec un moyen militaire. Dès lors, l'OTAN pourra lancer des raids sur la Syrie car l'ONU aura vu que cette méthode aura déjà fait ses preuves.

  • 123tdc, le 28/10/2011 à 10h51

    Oui mais voila, pour la communauté internationale , la syrie n'ayant pas de pétole, n'offre pas beaucoup d'intérets; autre sujet plus politique, la syrie est le terrain de jeu de l'iran de l'hypocrite russie, dont les intérets sont sur le terrain syrien,et qui plus est, premier fournisseur d'armes, et de la chine, la géopolitique au moyen orient est telle, que monsieur assad, peut continuer , zen, à tuer son peuple; aucun risqure d'interventions étrangèrespour l'intant, messieurs le president sarkosy et son minihstre des affaires étrangères, se sont émus de la situation des lybiens,persécutés par ce dictateur de khadafi, il faut croire , qu'un lybien vaut plus qu'un syrien!

  • bobbif, le 28/10/2011 à 10h21

    Y a-t-il du pétrole en Syrie?

  • makiawell, le 28/10/2011 à 09h48

    Et justement la Chine ....c'est elle qui tient la laisse.

  • bobotte71, le 28/10/2011 à 08h18

    La Libye et la Tunisie ne donne pas l'exemple en s'en remettant aux religieux et à la charia .

  • arue54, le 28/10/2011 à 03h25

    Il est certainement très difficile en ce moment pour la gouvernance française de se lancer aussi audacieusement qu'elle l'a fait en Libye dans une intervention militaire. Mais j'espère et souhaite de tout coeur que les gouvernements occidentaux, sans faire plus de cas des positions chinoises et russes, réussiront à s'entendre rapidement pour une intervention musclée, sous l'égide de l'OTAN.

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