Syrie : Assad de plus en plus isolé, sauf de son parrain russe

Par , le 14 novembre 2011 à 17h51 , mis à jour le 14 novembre 2011 à 22h33

"Conseil amical" du roi de Jordanie pour qu'il quitte le pouvoir, demande de la Chine pour qu'il applique le plan arabe, nouvelles sanctions européennes à son encontre : le président syrien se retrouve de plus en plus isolé. Mais continue de miser sur la Russie pour tenir.

bachar al-assadBachar Al-Assad/Image d'archives © Reuters

"Si j'étais à sa place, je quitterais le pouvoir. Si Bachar avait à coeur l'intérêt de son pays, il devrait démissionner, mais il devrait aussi créer les conditions nécessaires pour une nouvelle phase de la vie politique syrienne". Pour la première fois depuis le début de la révolte en Syrie en mars dernier, un dirigeant arabe, en l'occurrence le roi Abdallah II de Jordanie, pays voisin, demande à Bachar al-Assad de quitter le pouvoir.  Même si, sur la forme, il s'agit plus d'un conseil donné de manière très diplomatique que d'un ordre, cela prouve une nouvelle fois l'isolement du président syrien, déjà lâché par la Turquie, autre poids lourd de la région.

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Cette déclaration du roi Abdallah, diffusée sur la BBC, intervient notamment deux jours après la décision de la Ligue arabe de suspendre la Syrie et de la menace de sanctions pour ne pas avoir appliqué le plan signé au début du mois. Sur ce point, même la Chine, qui défend pourtant la Syrie dans les instances internationales aux côtés de la Russie, a aussi exhorté ce lundi son allié à mettre en œuvre le dispositif de sortie de crise. "Une nouvelle fois la Chine exhorte le gouvernement syrien et toutes les parties concernées à cesser la violence, à lancer un processus politique global et équilibré et à redoubler d'efforts pour appliquer l'initiative de la Ligue arabe", indique Pékin. Seule la Russie, qui critique la décision de la Ligue arabe, continue donc de soutenir Bachar al-Assad à 100%. 
 
De son côté, l'Union européenne a décidé d'étendre ses sanctions contre le régime à dix-huit nouvelles personnes, essentiellement des militaires, et de geler des prêts européens. Ces sanctions créent petit à petit une asphyxie économique pour le pays qui pourrait se retourner in fine contre le pouvoir face à l'exaspération de la population. Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, justifie ces mesures par la nécessité d'une sévérité accrue par "l'entêtement sanguinaire du régime".

Pour amadouer Moscou, les Occidentaux écartent l'option militaire

Profitant d'une déclaration de la Ligue arabe qui demande l'étude de "la mise en place d'un mécanisme pour protéger les civils", Alain Juppé a aussi tenté de remettre le dossier syrien sur le haut de la pile du Conseil de sécurité de l'Onu. "Aujourd'hui le moment est venu de voir comment nous pouvons protéger davantage les populations. J'espère que le Conseil de sécurité aussi finira par prendre position", souligne-t-il. Pour l'instant, toute condamnation ferme de la répression y est gênée par la Chine et la Russie, qui menacent d'apposer leur veto, mais aussi par plusieurs autres pays qui préfèrent ne pas prendre position.
 
Sur ce sujet, grâce à ces deux protecteurs, la Syrie ne craint pas grand-chose pour l'instant, et notamment une intervention militaire sur le modèle libyen. "La Syrie n'est pas la Libye. Le scénario libyen ne se répètera pas, ce qui se passe en Syrie est différent de ce qui s'était passé en Libye, et le peuple syrien ne doit pas s'inquiéter. Je suis sûr que la Russie veut jouer un rôle efficace dans le dialogue qui va se tenir et ceci est une chose positive", peut ainsi claironner Walid Mouallem, le chef de la diplomatie syrienne.  

Pour tenter d'amadouer la Russie et la Chine, les Occidentaux écartent donc la solution militaire, pourtant réclamée désormais par une partie de l'opposition. Alain Juppé propose ainsi d'envoyer des observateurs. Problème là encore : si une telle mission humanitaire ne nécessiterait pas l'aval du Conseil de sécurité, elle aurait en revanche besoin de celui de Damas...

Par Fabrice Aubert le 14 novembre 2011 à 17:51
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