La violence de la répression en Syrie et la supériorité de l'armement des troupes fidèles à Bachar al-Assad, qui n'hésitent pas à utiliser l'aviation pour frapper sans discernement les combattants et la population civile dans les zones tombées aux mains des rebelles, ne doivent pas cacher l'isolement croissant du régime syrien. Isolement sur la scène internationale : la Syrie a été mise au ban du monde arabe après avoir été successivement exclue de la Ligue arabe et de l'Organisation de la conférence islamique ; et aux Nations-Unies, elle n'a échappé à des résolutions du Conseil de sécurité la menaçant de sanctions que grâce au veto de la Russie et de la Chine. Isolement, aussi, sur le plan intérieur : des témoignages de transfuges du régime syrien ont évoqué à plusieurs reprises la perte de contrôle de Bachar al-Assad sur son propre territoire ; et surtout, ces exilés de haut rang se font de plus en plus nombreux et témoignent d'un régime à bout de souffle. Selon des experts, la stratégie de l'opposition syrienne consiste à encourager les désertions des membres du régime et intensifier la guerre d'usure pour obtenir la chute du pouvoir.
Laurent Fabius s'attend d'ailleurs à d'autres fuites retentissantes. "D'après les informations que nous avons, mais nous verrons si cela est confirmé dans les jours qui viennent, il y a d'autres défections spectaculaires qui se produisent", a affirmé le ministre français en visite à Beyrouth. Il a rappelé les "défections" déjà "extrêmement spectaculaires" ces dernières semaines du Premier ministre Riad Hijab, un ancien fidèle du régime et du général Manaf Tlass, le plus haut gradé syrien ayant fait dissidence et ami d'enface du président Bachar al-Assad.
"Le régime est en décomposition"
"Tout cela montre que des gens de différentes communautés (...) ont décidé d'abandonner le régime car ils voient que la seule chose que sait faire maintenant M. Bachar al-Assad, c'est d'assassiner son propre peuple", a ajouté Laurent Fabius. "Ces éléments qui s'additionnent les uns les autres sont non seulement spectaculaires mais montrent que le régime est en décomposition (...) on souhaite évidemment que ça aille le plus vite possible", a-t-il poursuivi.
Selon lui, Bachar al-Assad est "un homme qui se retrouve de plus en plus seul" et "nous voulons hâter au maximum le moment où il sera remplacé". Mais, a-t-il toutefois prévenu, la chute du régime ne doit pas se traduire "par une montée de l'extrémisme. Pour cela, il faut à la fois que le régime soit changé, mais que les institutions continuent d'exister solidement sinon on risque d'avoir un phénomène à l'irakienne". Les pays occidentaux sont en effet réticents à l'idée d'armer les rebelles, arguant que l'arsenal pourrait tomber entre les mains de groupes extrémistes. Ils ne penchent pas non plus pour une intervention militaire comme en Libye ou même l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne. "Bachar al-Assad possède de moyens aériens et anti-aériens extrêmement puissants, beaucoup plus forts que ceux de M. Kadhafi en Libye", souligne d'ailleurs Laurent Fabius.
Dans ce contexte, les raisons invoquées notamment par la Russie pour justifier son soutien à la Syrie semblent de plus en plus fragiles. "L'un des arguments développés souvent par les Russes est que 'Bachar al-Assad, ce n'est pas vraiment ce que nous souhaitons mais au moins lui assure l'ordre'. Ce n'est pas vrai, c'est devenu non seulement une crise internationale mais un désordre absolu", assure Laurent Fabius. "Nous plaidons pour un gouvernement de transition de large union où vous aurez des gens venant d'horizons très différents et qui garantira le droit des différentes communautés", ajoute le chef de la diplomatie française, qui a lancé de nouveau un appel à l'opposition syrienne hétéroclite à "se rassembler". Il a indiqué par ailleurs que l'Europe apporte plus de 90 millions d'euros en aide humanitaire aux Syriens et la France près de 15 millions d'euros.










