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Syrie : la rébellion rejette en bloc l'appel au "dialogue" d'Assad

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le 06 janvier 2013 à 12h24 , mis à jour le 06 janvier 2013 à 21h53.
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Moyen-orientDans une rare intervention publique retransmise à la télévision syrienne, Bachar al-Assad a appelé au "dialogue national" et promis des élections. Mais sans faire de proposition concrète ni évoquer son départ du pouvoir. La rébellion rejette cet appel. A Londres, on parle d'un discours allant au-delà de l'hypocrisie.

Depuis sept mois, Bachar al-Assad n'était pas réapparu en public. Ce dimanche, c'est un président syrien pâle et amaigri dont la télévision officielle a retransmis les images... mais toujours combatif, malgré les avancées des rebelles. Et la tonalité du discours qu'il a prononcé dans le centre de Damas, depuis la Maison de la culture et des arts, n'a pas changé. Certes, il a appelé au "dialogue national"... après la fin des opérations militaires, sans préciser quand ni dans quelles conditions ces opérations pourraient cesser. Il a aussi regretté de ne pas avoir jusqu'à présent trouvé de "partenaire" pour mettre en place une solution politique à la guerre civile qui déchire la Syrie. Il a également affirmé que toute transition devait "se faire selon les termes de la Constitution", faisant référence à des élections, mais sans évoquer son propre départ du pouvoir.

Pour le reste, la rhétorique reste la même : Bachar al-Assad a affirmé que le conflit meurtrier en Syrie (qui a fait, selon l'ONU, plus de 60.000 morts) n'opposait pas son régime à l'opposition, mais la Syrie à ses ennemis, qui souhaitent, selon lui, la partition du pays. "La nation est à tous et nous devons tous la protéger", a lancé le président syrien en lançant un appel à la "mobilisation totale de la nation" pour lutter contre les insurgés qu'il a qualifiés, une nouvelle fois, de terroristes d'Al Qaïda. Et il a réclamé la fin des "ingérences étrangères" accusées d'être seules à l'origine du conflit. "Les pays impliqués doivent s'engager à arrêter de financer l'armement et les hommes amés doivent arrêter les opérations terroristes, nos forces cesseront ensuite immédiatement les opérations militaires, tout en conservant le droit de répliquer", a-t-il affirmé. Et ce n'est qu'après ces étapes, que se tiendra "une conférence de dialogue national, auquel participeront toutes les parties", a-t-il poursuivi.

Une "fuite en avant"

La mise en scène de ce qui ressemblait, dans la forme, à une esquisse de plan de sortie de crise, mais n'était au fond qu'un nouveau défi aux insurgés syriens, renforçait cette impression d'un régime droit dans ses bottes malgré le terrain gagné par la rébellion. Derrière Bachar al-Assad s'affichait un immense drapeau syrien composé d'une multitude de visages. Et le président syrien s'exprimait devant une foule aux ordres, sous les applaudissements nourris de centaines de personnes qui avaient scandé à son entrée dans la salle : "Par notre âme et par notre sang, nous nous sacrifierons pour toi".

Interrogé sur LCI après la retransmission de ce discours, Antoine Bazbouz, directeur de l'Observatoire des pays arabes, a analysé cette intervention de Bachar al-Assad comme une nouvelle "fuite en avant", un "discours de déni très loin de la réalité du terrain " qui "reprend tous les slogans de l'ancien temps". La proposition d'élections ? "Les élections en Syrie" sont forcément gagnées "par le parti du président", a souligné Antoine Bazbouz. La proposition de dialogue avec l'opposition ? Assad "ne reconnaît que l'opposition qu'il a fabriquée", et qui n'inclut pas les rebelles, a souligné le spécialiste. Voilà pourquoi, selon lui, cette "propositions d'un plan de paix dans lequel Assad semble dire qu'il est le vainqueur", alors qu'il "en est réduit à se défendre dans l'Ouest de Damas", devrait être "rejetée par l'opposition, par l'ASL", a estimé Antoine Bazbouz.

Une analyse confirmée par la réaction de la Coalition de l'opposition syrienne qui a rejeté dimanche la "solution politique" proposée par Bachar al-Assad, refusant toute initiative prévoyant le maintien en place de son régime. Pour sa part, le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a estimé dimanche que le discours du président syrien Bachar al-Assad allait "au-delà de l'hypocrisie".

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