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DOSSIER : Révolte en Syrie

Syrie : au bout d'un an, quels scénarios pour la suite ?

Fabrice Aubert par
le 15 mars 2012 à 05h45 , mis à jour le 19 mars 2012 à 17h32.
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5min
Syrie : manifestants opposés à Bachar al-Assad, Idleb, 22/2/12

Syrie : manifestants opposés à Bachar al-Assad, Idleb, 22/2/12 / Crédits : AFP/Bulent KILIC

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Moyen-orientDECRYPTAGE - Le 15 mars 2011, les premières manifestations contre Bachar al-Assad se déroulaient en Syrie. Un an après, alors que le pays est au bord de la guerre civile, aucune sortie de crise ne se profile réellement.

Pacifique à ses débuts, le 15 mars 2011, le mouvement contre Bachar al-Al Assad s'est transformé petit à petit, face à une répression de plus en plus féroce, en soulèvement armé laissant craindre une guerre civile. Sur le plan diplomatique, la communauté internationale, est quant à elle bloquée en raison de l'intransigeance russe et chinoise. Résultat : un an après, les solutions pour mettre fin au conflit, qui a fait au moins 7.500 morts selon l'Onu, sont aujourd'hui très limitées.
 
Une solution politico-diplomatique au bon vouloir d'Assad et de la Russie ?
C'est évidemment la solution que tout le monde souhaite. Mais, depuis un an, le président syrien, soutenu par Moscou (malgré quelques critiques), se joue de la communauté internationale. L'Onu et la Ligue arabe ont prouvé, à leurs dépens, leur impuissance sur le dossier. L'épisode le plus marquant : la mission des  observateurs arabes, fin décembre-début janvier, qui s'est déroulée en pleine répression. 

Aujourd'hui, l'espoir passe par le plan proposé à Assad par Kofi Annan, l'envoyé spécial de l'Onu et la Ligue arabe. L'ancien patron des Nations unies a notamment parlé de la nécessité d'un "arrêt immédiat des violences et des meurtres, d'un accès aux organisations humanitaires et d'un dialogue". Une chose est sûre : toute solution qui prévoit le départ d'Assad sera rejetée par Damas et ses protecteurs.  En attendant, les détracteurs d'Assad n'ont qu'une solution : renforcer, chacun de leur côté, leurs sanctions économiques pour asphyxier le régime et espérer qu'elles produisent des défections parmi ses dignitaires.
 
Une intervention militaire internationale sur le modèle libyen trop risquée ?
Contrairement à la Libye, intervenir militairement se heurte à plusieurs problèmes.

Tout d'abord, l'écueil diplomatique. Echaudées par le scénario libyen (le mandat de l'Onu, qui concernait la défense de civils, a été outrepassé par l'Otan pour faire chuter Mouammar Kadhafi), la Chine et la Russie s'y opposent avec vigueur. Or sans leur accord au Conseil de sécurité,  il n'existe aucune possibilité d'agir militairement dans le respect du droit international.

Ensuite, un intérêt militaire contesté. Comme en Libye, il est hors de question d'envoyer des troupes de sol. Reste donc la possibilité de frappes aériennes et d'instauration d'une zone exclusion aérienne. Réclamées depuis plusieurs mois par les déserteurs de l'Armée syrienne libre (ASL), elles sont aujourd'hui aussi demandées par le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe, malgré de nombreuses dissensions, l'essentiel de l'opposition politique en exil. Mais les experts militaires occidentaux se montrent sceptiques sur l'intérêt de ces frappes puisque l'affrontement entre les insurgés et l'armée régulière est principalement une guérilla se déroulant dans des zones urbaines denses.

Enfin, le risque régional. Les répercussions de l'intervention en Libye sont pour l'instant limitées au Sahel, avec des armes récupérées par Al-Qaïda au Maghreb islamique et par les touaregs du Mali. En Syrie, la situation géopolitique et géostratégique est toute autre. Un conflit dans ce pays multiconfessionnel pourrait embraser le Proche-Orient, en relançant notamment les tensions entre musulmans sunnites soutenus par l'Arabie saoudite et les pays du Golfe et musulmans chiites soutenus par l'Iran, allié de la Syrie.

Et tout ceci interviendrait dans un contexte où les tensions entre Israël et Iran sont déjà vives.  De son côté, paradoxalement, Israël ne voit pas d'un mauvais œil le maintien au pouvoir d'Assad, qui lui garantit une "paix froide". L'installation d'un nouveau régime, probablement dirigé par des islamistes comme dans tous les autres pays où le "printemps arabe" a changé la donne politique, entraînerait une nouvelle incertitude pour l'Etat hébreu.


Armer les rebelles garantit-il leur victoire ?
A défaut d'une intervention militaire, les rebelles demandent au moins qu'on leur fournisse des armes. Pour l'instant, ils se battent en effet avec le matériel récupéré par les déserteurs.  Résultat : impossible pour eux de renverser militairement le régime, ni même de constituer une véritable menace. "Ils en sont conscients et nous l'ont d'ailleurs rappelé sans arrêt. Ce que nous avons vu, ce sont des Kalachnikov et des lance-roquettes des années 70, ainsi que des grenades artisanales... et même une catapulte ! Comment faire face aux chars et à l'aviation syrienne ?", expliquait vendredi dernier Christophe Dubois et Pedro Brito da Fonseca, journalistes à l'émission de TF1 "Sept à Huit" lors d'un chat sur TF1 News à leur retour d'un reportage aux côtés de l'ASL.

Mais les Occidentaux craignent que ces armes ne soient récupérées par des groupes obscurs sans aucun contrôle et précipitent la guerre civile. A l'opposé, les pays du Golfe, toujours dans leur optique d'affaiblir l'arc chiite, sont favorables à des livraisons. Si le statu-quoi perdurait, ils pourraient être tentés de se passer d'un accord officiel et livrer des armes plus ou moins clandestinement aux rebelles.

L'opposition est-elle prête à gouverner ?
Certes, les Occidentaux et les pays arabes privilégient le CNS comme interlocuteur pour l'opposition. Mais, même après avoir réussi à rassembler différentes composantes, le CNS est loin d'avoir la force qu'avait le Conseil national de transition en Libye : ses principaux membres, qui n'ont pas mis les pieds en Syrie depuis de longues années, sont déconnectés de l'opposition locale, représentée par les Comités locaux de coordination. Le CNS est aussi accusé d'être infiltré par les Frères musulmans, d'où la crainte de la mise en place d'un régime islamiste en cas de prise du pouvoir. Enfin, Burhan Ghalioun, son président, est critiqué pour monopoliser les décisions. Résultats : plusieurs membres importants ont déjà fait défection, dont trois mercredi.
   
Un "coup d'Etat" à l'intérieur du régime ?
Assad peut-il être renversé sans intervention étrangère et la révolte se terminer par "une révolution de palais" ? Le scénario est peu probable, mais il ne faut pas totalement l'exclure. Pour se protéger, Bachar al-Assad a verrouillé le pouvoir en plaçant des leaders issus de la minorité alaouite, sa confession, aux principaux postes du gouvernement et de l'armée -les déserteurs sont principalement des soldats du rang, de confession sunnite.

Pour l'instant, un seul dirigeant, le vice-ministre du Pétrole,Abdo Hussameddine, a fait défection, la semaine dernière. Acte isolé ou prémices d'un vaste mouvement, voire d'un coup d'Etat ? Il est trop tôt pour le dire.

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  • gwilkinson : Le veto Chinois et Russe aide bien l'Europe et les USA qui ainsi peuvent limiter leurs interventions à des gesticulations inutiles. L'occident va laisser le massacre se perpetrer et lorsque ce régime tombera, le nouveau régime établi par le peuple sera raisonnablement anti-occidental. Les pays occidentaux ne sont ils pas intervenus en Bosnie sans mandat de l'ONU ? Finalement la Chine ne devrait elle pas changer de politique et s'occuper militairement de ce conflit à la place des occidentaux ? Quelque soit la réponse, pour changer la tendance qui va vers un monde placé sous la coupole chinoise, il faut arrêter d'acheter des produits made in China. Privilégions le made in Europe.

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