Syrie : vers l'abrogation de l'état d'urgence en vigueur depuis 1963

Par D.HEURTAUT (et agences), le 27 mars 2011 à 15h34 , mis à jour le 28 mars 2011 à 14h09

Au pouvoir depuis 2000, à la suite de son père, le président syrien a promis de s'adresser "très bientôt" à son peuple, alors que le pays est secoué par une contestation sans précédent, réprimée dans le sang. Il aurait décidé d'abroger la loi d'urgence qui impose de nombreuses restrictions de libertés.

Un manifestant déchire un portrait du président syrien Assad le 26 mars 2011Un manifestant déchire un portrait du président syrien Assad le 26 mars 2011 © TF1-LCI

La libération de 260 prisonniers n'avait pas calmé la colère. Les annonces que le président syrien, silencieux depuis le début des troubles, s'apprête à faire "très bientôt" (d'ici à mercredi, selon le vice-président) suffiront-elles à désamorcer une contestation sans précédent dans un pays placé sous la surveillance d'une redoutable police secrète ? A en croire sa conseillère, Bachar al-Assad, au pouvoir depuis 2000 en succédant à son père, a déjà pris la décision d'abroger la loi d'urgence en vigueur depuis 1963. Cette loi, instaurée aussitôt après l'arrivée au pouvoir du parti Baas en mars 1963, impose des restrictions sur la liberté de réunion et de déplacement, et permet l'arrestation de "suspects ou de personnes menaçant la sécurité". Elle permet aussi d'interroger les personnes, de surveiller les communications et de faire un contrôle préalable sur les journaux, les publications, les radios et tous les autres médias.

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Plus d'infos

Aussitôt après l'abrogation de cette loi, "toutes les personnes arrêtées en vertu de cette loi seront libérées", a assuré la conseillère d'Assad. Le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme Rami Abdelrahmane s'est félicité de la décision et estimé qu'environ 2.000 personnes devraient être ainsi libérées, dont tous ceux qui ont été condamnés par la Haute Cour de sûreté de l'Etat ou sont détenus sans mandat d'arrêt dans des locaux des services de sécurité.

L'armée entre à Lattaquié
 
Pour l'heure, si les informations parviennent difficilement (un journaliste de l'agence Reuters s'est même vu retirer son accrédition vendredi soir, accusé d'avoir fourni une couverture "non professionnelle et fausse" des événements en Syrie, tandis que deux autres journalistes de Reuters couvrant les manifestations ont disparu depuis samedi soir), les témoignages vont tous dans le même sens. Depuis quelques jours, la contestation, partie de Deraa dans le Sud, s'est propagée à de nombreuses villes du pays. A chaque fois brutalement réprimée. Dimanche, des renforts de l'armée ont été dépêchés à Deraa puis à Lattaquié pour déloger des insurgés qui tirent à partir de toits et de voitures contre les forces de sécurité et les passants, a indiqué la presse syrienne.

Parallèlement, les autorités ont encore libéré 16 personnes, dont Diana al Djaouabra, militante dont l'arrestation à la mi-mars avait entraîné des manifestations à Deera. Issue d'une grande famille syrienne, elle avait été arrêtée lors d'une marche silencieuse organisée à Damas pour réclamer la libération des détenus politiques. Un ressortissant américain, présenté par les médias syriens comme ayant incité à des protestations contre le pouvoir, a en revanche été arrêté à Damas, ont indiqué dimanche des médias officiels.

Le fief sunnite, coeur de la révolte

Samedi encore, deux Syriens ont été tués alors qu'ils tentaient d'incendier la représentation locale du parti Baas à Lattaquié, important port stratégique du nord-ouest du pays. Selon les autorités, "le bilan officiel samedi à Lattaquié est de dix membres des forces de sécurité et civils ainsi que deux hommes armés tués dans une agression contre les forces de l'ordre".
 
Le pouvoir a accusé les "extrémistes musulmans d'être derrière l'attaque, avec l'objectif de susciter des dissensions confessionnelles dans le pays". Le clan Assad appartient à la secte minoritaire alaouite, issue du chiisme. Deraa, d'où sont partis les troubles, est un bastion de la majorité sunnite du pays, qui dénonce le pouvoir et les richesses accumulées par cette élite minoritaire dans le pays. Lattaquié compte, elles, des sunnites, des alaouites et des chrétiens.
 
Après les condamnations de Washington, Paris et Londres, l'Union européenne a dénoncé à son tour la "brutale" réponse syrienne aux "exigences légitimes" des contestataires. En revanche, par question pour l'heure pour le Etats-Unis d'envisager une quelconque intervention en Syrie, a déclaré dimanche la secrétaire américaine d'Etat Hillary Clinton sur CBS.

Ailleurs

Au Yémen, petit pays pauvre et divisé sur un plan tribal en état de soulèvement depuis le mois de janvier, des combats ont opposé dimanche l'armée yéménite à des membres présumés d'Al-Qaïda qui ont réussi à prendre le contrôle de la ville de Jaar, dans la province d'Abyane (sud), un bastion du réseau extrémiste, a annoncé un responsable des services de sécurité. Le président Ali Abdallah Saleh, revigoré par une mobilisation de ses partisans, reste sourd aux appels à la démission, tandis que le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a reconnu que sa chute ou son remplacement par un gouvernement "plus faible" poserait un "vrai problème" aux Etats-Unis dans la lutte contre Al-Qaïda. Pourtant, samedi, le président Saleh s'était dit prêt à partir tout en se présentant comme le dernier rempart contre le chaos et la division du pays, dans une interview à la télévision Al-Arabiya.

En Jordanie, près de 1.000 personnes ont participé dimanche dans le calme près de la capitale à l'enterrement du Jordanien décédé dans les violences vendredi à Amman, selon un photographe. Il s'agit du premier décès en Jordanie où des manifestations pour réclamer des réformes se poursuivent depuis trois mois. 

A Bahreïn, le Wefaq, 1re formation de l'opposition chiite, a accepté l'offre de médiation du Koweït dans la crise politique que traverse le royaume, a annoncé dimanche l'un de ses représentants. Les forces de l'ordre bahreïnies ont mis fin le 16 mars à un soulèvement essentiellement chiite qui a amené le roi à proclamer la loi martiale et à demander une aide militaire à l'Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis.

Par D.HEURTAUT (et agences) le 27 mars 2011 à 15:34
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3 Commentaires

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  • bibi32000, le 28/03/2011 à 09h41

    Place à la guerre civile... Quand toutes ces dictatures seront tombées, çà va être un joli bazar. Mais les islamistes vont sans doute récupérer la situation.

  • did004785, le 27/03/2011 à 17h57

    Fin d'une époque dans ce pays.

  • saluche, le 27/03/2011 à 15h52

    Je pense que dans quelques jours, le cas en syrie sera similaire au cas lybien !

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