De forts indices, mais pas de corps. Les observateurs de l'ONU ont senti une "forte odeur de chair brûlée" et vu des traces de sang vendredi sur les lieux du massacre d'Al-Koubeir en Syrie, où l'escalade de la violence a poussé les Occidentaux à oeuvrer pour des sanctions aux Nations unies contre le régime de Bachar al-Assad.
Dans un communiqué vendredi soir, le porte-parole de l'ONU Martin Nesirky a rapporté que les observateurs ont vu des traces de véhicules blindés et des maisons fortement endommagées par des tirs de roquettes, de grenades et d'autres armes. "Les circonstances entourant cette attaque sont toujours peu claires. L'identité et le nombre de personnes tuées ne sont toujours pas confirmées. Les observateurs continuent à travailler pour vérifier certains faits", a souligné M. Nesirky.
Mercredi, 55 personnes dont des femmes et des enfants ont été tuées à Al-Koubeir, un hameau de la province de Hama (centre), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui, avec l'opposition syrienne, a imputé ce massacre aux "chabbihas", les milices pro-régime. Mais les autorités de Damas ont démenti qu'un tel massacre ait eu lieu, affirmant qu'il y avait seulement neuf victimes, tuées par des "groupes terroristes", appellation officielle pour désigner rebelles et opposants.
Assad a "perdu toute légitimité"
Dans la nuit de vendredi à samedi, au moins 12 personnes, dont huit femmes, ont été tuées par des tirs de l'armée qui ont visé un quartier résidentiel de Deraa (sud), selon l'OSDH. Auparavant, les opérations de répression et les combats entre soldats et rebelles qui se sont intensifiés dans la capitale, avaient fait 26 morts vendredi à travers le pays, en majorité des civils, selon l'OSDH. Dans le même temps, des milliers de Syriens ont manifesté à travers le pays contre M. Assad, tout en exprimant leur exaspération à l'égard de la communauté internationale, impuissante à faire cesser les violences qui ensanglantent le pays depuis le début de la révolte en mars 2011.
Le patron de l'ONU, Ban Ki-moon, a estimé que M. Assad avait "perdu toute légitimité" et déploré que des armes lourdes, des balles perforantes et des drones aient été utilisés contre les observateurs depuis le début de leur mission à la mi-avril. Avant Al-Koubeir, 108 personnes avaient été massacrées le 25 mai à Houla (centre). Les autorités avaient aussi nié toute implication mais un responsable de l'ONU avait dit que des soupçons pesaient sur les partisans du régime. Face à l'escalade, Washington, Paris et Londres préparent un projet de résolution au Conseil de sécurité incluant une menace de sanctions contre le régime, selon des diplomates. Mais cette résolution risque fortement d'être bloquée comme dans le passé par Pékin et Moscou, alliés de M. Assad. Samedi et dimanche, le Conseil national syrien (CNS) doit se réunir à Istanbul pour se doter d'un nouveau président qui succèdera à Burhan Ghalioun avec pour mission d'apporter plus d'unité et d'efficacité à cette grande coalition de l'opposition.








