• Noël High-Tech

Appli, ton univers impitoyable

Par Carole GUIRADO-CAILLEAU, le 09 décembre 2011 à 04h43 , mis à jour le 13 décembre 2011 à 18h19

Dossiers : L'iPhone et les smartphones, Tablette Apple et PC, Un Noël branché

Au début de l'iPhone, les success stories d'applications artisanales pleuvaient. Depuis la réalité s'est corsée. Trois créateurs d'applis de la première heure en France reviennent sur leurs parcours et sur leur vision d'un marché qui a perdu sa candeur des débuts.

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Simon Dawlat AppliSimon Dawlat
le routard des start-up
 
Lors du lancement de l'iPhone en 2007, Simon Dawlat vient de poser ses valises dans la Silicon Valley après avoir déjà roulé sa bosse dans plusieurs start-up à travers le monde. L'effervescence du développement d'applications le titille. Il décide de se lancer. Sa spécialité ? "Project manager, je m'occupe de la conception des interfaces, de leur ergonomie, de la manière dont les produits vont réagir entre les mains des gens". "Pour se faire les dents", il développe d'abord des applications de service. 

Il débute vraiment en 2009 avec Ipilule, une alarme intelligente rappelant à ses utilisatrices de prendre leur contraceptif. Grâce à une bonne couverture médiatique, l'appli génère 40.000 téléchargements et 12.000 euros de revenus.

Ce premier succès pousse ce "serial entrepreneur" à voir plus large avec la création du site Applicationiphone.com, un blog qui est encore l'une des références en la matière en France. Il repère alors un besoin du côté de l'offre. "Nous avions de plus en plus de demandes d'éditeurs, de développeurs et de marques qui voulaient diffuser leurs applications. Mais les seuls formats que nous pouvions leur proposer étaient des bannières (ndlr : de publicité) qui n'étaient pas adaptées à une promotion efficace". 

exergue "C'est un marché très dur car les cycles de vie peuvent être très réduits"

Simon Dawlat teste plusieurs modèles avant de dénicher la bonne idée : Appsgratuites.com. D'abord via un site internet, il propose aux internautes de télécharger gratuitement chaque jour une application initialement payante. Dès son lancement, début 2010, la formule prend avec 10.000 internautes abonnés. Mais le boom se confirme vraiment lorsque Appsgratuites fait son apparition sur iPhone à la fin de l'année. Gratuite, l'application est téléchargée 300 000 fois en une semaine.

Aujourd'hui, un an après son lancement, elle compte 1,3 million de convaincus. Même s'il préfère rester "prudent", Simon Dawlat reconnaît le succès de son appli. Car "soit ça marche tout de suite et l'appli s'inscrit comme un point de référence dans sa catégorie, soit elle ne décolle pas et tombe dans les profondeurs du classement Appstore, explique le jeune entrepreneur de 27 ans. C'est un marché très dur car les cycles de vie peuvent être très réduits." Dans son cas, les résultats sont là. 

exergue "Chaque jour il y a des centaines de gens qui arrivent sur le marché avec de bonnes idées"

Les recettes générées par la promotion d'autres applis lui ont permis depuis de démarrer sa société, Imediapp, avec 15 employés répartis sur trois bureaux à Paris, Lyon et New-York. Mais ici pas de mystère, ses débuts prometteurs, Simon Dawlat les doit à une connaissance aigüe du terrain couplée à une démarche de recherche-développement acharnée. 

A l'apprenti développeur, il conseille de "travailler en start-up avant de se lancer parce que chaque jour il y a des centaines de gens qui arrivent sur le marché avec de bonnes idées et il faut pouvoir les porter à un niveau d'exécution élevé". Pour finir par rappeler que "le développement d'applis mobiles est un vrai métier et parmi ceux qui réussissent, il n'y a pas d'amateur qui touche le jackpot, ça n'existe pas".
 
Sereivann YongSereivann Yong,
l'artisan développeur

En 2009, Sereivann Yong s'ennuie ferme à son poste de consultant au sein d'une grande société de conseil. La déferlante iPhone en cours en France lui donne des velléités de liberté et de créativité multimédia. Ni une, ni deux, cet informaticien âgé alors de 24 ans, féru de jeux, lâche tout pour devenir indépendant dans la création d'applications. Un domaine qui lui est totalement étranger.
 
"J'avais envie de me former au développement pour iPhone et iPad. Je me suis dit que c'était l'occasion de connaître le marché et qu'en cas d'échec, j'aurais quand même appris quelque chose qui me permettrait de revenir au multimédia", détaille t-il.
 
Un mois après sa démission, il lance Boy or Girl à 79 centimes,  "une petite application marrante permettant de déterminer le sexe de son futur enfant en fonction de la date de conception et de l'astrologie chinoise". Ce coup d'essai en décembre 2009 s'avère concluant. Ce genre d'applis fantaisistes font depuis foison sur les magasins d'applis, celui d'Apple mais aussi l'Android Market de Google ou l'équivalent chez Windows.

"C'était la période de l'argent facile, il y avait très peu de concurrence et beaucoup d'exposition, cette première petite application a fait de bonnes ventes pendant six mois". De quoi "payer le loyer" affirme le développeur, soit entre 500 et 800 euros par mois, et lui permettre de bosser sur d'autres applications.

exergue "Il ne passe pas une semaine sans que je ne reçoive plusieurs appels de recruteurs"

Car "à défaut d'avoir LA grande idée" pourvoyeuse d'une fortune inespérée, le calcul de Sereivann Yong était "de lancer une appli par mois pour pouvoir vivre correctement". S'ensuivent une dizaine de créations, toutes dans le divertissement et la photo (dont un petit hit, Photo Name), qui connaissent un succès relatif et insuffisant pour se maintenir à flot. Sans compter la lassitude de l'indépendant, "seul pendant plusieurs mois devant son ordinateur", qui se dit fin 2010 qu'il est "temps de réintégrer le monde de l'entreprise". 

Mais si la réussite commerciale n'était pas au bout de l'aventure, en revanche, Sereivann Yong a pu capitaliser en matière de savoir-faire. Sa stratégie initiale d'auto-formation s'est révélée payante. "Depuis l'an dernier, il ne passe pas une semaine sans que je ne reçoive plusieurs appels de potentiels recruteurs", explique t-il. Désormais, il travaille pour un grand groupe de presse dans l'innovation d'applications mobiles tout en consacrant quelques soirées par semaine à ses créations personnelles.

"Je fais de la maintenance sur mes applis qui ont un public fidèle et, à côté, je bosse sur de petites idées. C'est assez plaisant, c'est comme faire du bricolage sur ordi", confie t-il. Se vivant comme un "artisan" du multimédia, il s'autorise encore à rêver à un succès inopiné. Même s'il sait que sa marotte, le jeu vidéo, est "la catégorie la plus concurrentielle de l'Appstore" représentant 60% des offres de téléchargements, et aussi la plus ingrate car "on y investit beaucoup pour un faible retour".

J.B. GiraudJean-Baptiste Giraud
le tremplin du Pourquoi ?

 
Lorsqu'il découvre l'iPhone en 2009, Jean-Baptiste Giraud, journaliste spécialisé dans l'économie et le high-tech, compte déjà quelques réussites éditoriales et entrepreneuriales. Fondateur de plusieurs publications, la sortie d'ouvrages consacrés aux questions insolites, notamment Pourquoi les zèbres ont-ils des rayures ?, lui ont apporté un succès de librairie. Il remarque le carton remporté par l'application payante "Se coucher moins bête". Et se dit qu'il y a une place à prendre sur l'Appstore avec ses Pourquoi...?
 
Sauf qu'il lui manque les compétences techniques. L'obstacle est sauté quand il rencontre un groupe "de petits jeunes qui lançaient leur boîte de développement d'applications mais n'avaient pas encore de projets à réaliser", conte-t-il. Il leur expose alors son concept des Pourquoi...? Le courant passe entre eux et la collaboration se fait "sans contrat, sur une main serrée et de la confiance mutuelle".
 
Bingo, l'application Pourquoi ?, vendue 79 centimes, se classe numéro un des ventes deux jours après sa sortie en avril 2010. En un mois, elle est téléchargée 80.000 fois, soit près de la moitié des ventes totales. 

Le journaliste-entrepreneur se rend vite compte avec un groupe d'amis qu'il vient de lancer un modèle économique viable : l'adaptation d'ouvrages papier au format court numérique. "Un libraire n'a jamais plus de 2500 références là où l'Appstore propose actuellement 500.000 applications. Et quand un livre ne se vend plus, le libraire ne le recommande plus, même si l'éditeur le réédite", explique t-il. Redonner une seconde vie sur iPhone-iPad aux ouvrages, une idée gagnant-gagnant : pour les éditeurs qui élargissent leur public sans frais de réimpression et les développeurs qui assument les frais de développement mais touchent les droits électroniques. 

exergue "Rien que dans le top 25 il y a des gens qui disposent de moyens faramineux pour pouvoir s'y installer"

Dès juin 2010, Jean-Baptiste Giraud s'associe avec trois amis pour créer une société, Les éditions digitales. Continuant sur ce filon, ils adaptent dans la foulée 380 trucs de grand-mère pour tenir sa maison qui marche tout aussi bien.
 
Un an et demi après, ils font les comptes : quatre succès d'applis contre "deux bides", la création d'une nouvelle activité de promotion d'applications mais surtout le lancement en décembre d'un gros projet : Starapp. Là, les associés reconnaissent avoir investi "beaucoup de temps et d'argent", notamment levé des fonds importants, pour lancer un "moteur de recommandation d'applis en fonction des centres d'intérêts" des mobinautes. Une idée à fort potentiel quand on connaît le fouillis des plateformes de téléchargement d'applis.
 
Approchés par de gros opérateurs du secteur des média, ils espèrent transformer l'essai. Car ils savent que le monde des applis est impitoyable avec la sortie de 600 applications par jour. La plupart étant des jeux et des services "réalisés par de gros studios anglosaxons, français, traduits dans plusieurs langues, explique Jean Gagneraud, l'un des associés de Jean-Baptiste Giraud et Pdg des Editions digitales. Rien que dans le top 25 il y a des gens qui disposent de moyens faramineux pour pouvoir s'y installer." Qu'importe, et si on rejouait David contre Goliath ?

Par Carole GUIRADO-CAILLEAU le 09 décembre 2011 à 04:43
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1 Commentaires

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  • fabienlaude-tf1, le 09/12/2011 à 19h20

    ET tout doucement le monde de la téléphonie se diriges vers les ordinateurs portables. C 'est conséquent. Il y en a des pas chers en 64 bits pour Windows 8 Enterprise.( US/UK edition ) .

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