© INTERNEEn 1993, Radiohead n'était qu'un petit groupe comme les autres, qui abusait des murs de guitare pour donner consistance à ses chansons désespérées, qui employait des recettes mille fois éprouvées : voix torturée et plaintive, envolées lyriques, chansons très pop passées au vitriol. Seule chance de ces cinq garçons anglais, un tube, "Creep", qui conquit le public outre-Atlantique. Huit ans plus tard, décrire ce groupe comme le "plus grand" ou le "plus important au monde" est devenu une banalité. En quatre albums, Radiohead a su toucher un public très vaste, de l'adolescente en mal d'émotions fortes à l'amateur de rock pointu et élitiste, en brodant une musique à la fois rigoureuse, expérimentale, et universelle.
Après l'anodin Pablo Honey, Radiohead prouvait, avec The Bends, son don inné pour les mélodies aussi romantiques que subtiles. Puis, le groupe frappait un grand coup avec OK Computer, album plus risqué et ambitieux qui, sans renier l'attachement à la pop et à ses refrains attrape-coeur, allait fouiller des terres plus intimistes et bidouilleuses, utilisant sons et rythmes synthétiques, voix digitales... L'album était décrit partout comme le meilleur de l'année 1997.
Table rase
Ils ne revinrent qu'il y a six mois, décontenançant leur public avec Kid A, album d'une incroyable audace, où Radiohead s'éloigne du format classique de la chanson pour se lancer dans l'expérimentation pure. La sauce a pris : ce disque-OVNI a été un grand succès, malgré son format anti-MTV et ses plongées en eaux délicieusement troubles. Moins d'un an plus tard, ils sortent déjà (chose rare) un nouvel album, Amnesiac, issu des mêmes sessions d'enregistrement que Kid A. Un album qui est tout ce dont on avait besoin pour confirmer tout le bien que l'on pense de cette formation.
Comme son prédécesseur, Amnesiac ne ressemble à aucun disque, comme si les Radiohead avaient décidé (comme le titre l'indique) de faire table rase de tout ce qu'ils avaient écrit, joué, entendu, pour recréer la pop de ce nouveau siècle. Mais aucune crainte à avoir : cet album est bien plus accessible que Kid A, bien plus abouti aussi, tel une parfaite synthèse de ce dernier et de OK Computer. Ceux qui apprécient le groupe pour son lyrisme se délecteront de pièces d'orfèvreries comme "Pyramid Song", ceux qui préfèrent la version rock abrasif apprécieront "I might be wrong", et ceux qui attendent de Radiohead qu'il ne se repose pas sur ses lauriers aimeront l'ensemble de cet album précieux, exigeant, où aucune expérimentation n'est vaine, où chaque son est à chérir. Sans aucun doute le plus abouti du groupe.
(photo afp)
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