Dans l’esprit tourmenté de Kurt Cobain

Par , le 08 novembre 2002 à 17h01 , mis à jour le 02 août 2004 à 21h35

Publiés en parallèle au best-of qui retrace la carrière du groupe, les carnets intimes du leader de Nirvana révèlent, comme on pouvait s’y attendre, un homme rongé par ses tendances suicidaires et son addiction aux drogues dures.

cobain pistolet © INTERNE

C’est l’un des événements musicaux de cette fin d’année… et pourtant il ne s’agit que d’un livre. C’est dire si la publication du "Journal de Kurt Cobain" était très attendue. Huit ans après sa mort, grâce à un mythe savamment entretenu par sa veuve, Courtney Love, l’icône de la vague grunge qui déferla au début des années 90 alimente, il est vrai, toujours autant la chronique. Une vingtaine de carnets où le fondateur de Nirvana écrit à ses amis, ébauche ses chansons, livre ses pensées sur la célébrité ou s’explique sur la drogue sont donc désormais étalés au grand jour.


La couverture
Oh ! Editions-

Le manuscrit débute à la fin des années 80. Le groupe, totalement inconnu, démarche alors les petits labels pour être édité. Il se termine sur une note écrite à l’Hôtel Excelsior de Rome, où Kurt Cobain essaye de se suicider le 4 mars 1994. On découvre ainsi l’évolution d’un homme qui semble avoir toujours été mal dans sa tête –il n’est encore qu’au lycée quand il tente pour la première fois de mettre fin à ses jours. L’accession au rang de star mondiale ne fera ensuite qu’empirer les choses. "Je n’arrive pas à gérer. Et je me sens incroyablement si Coupable !"  lâche-t-il, désabusé.

"J’ai acheté un flingue. A la place, j’ai choisi la défonce"

Bien sûr, les passages consacrés à sa dépendance aux drogues sont les moments les plus forts. Le chanteur-guitariste raconte ainsi la manière dont il est devenu totalement héroïnomane, plusieurs années après ses premiers shoots. "J’ai décidé de recourir quotidiennement à l’héroïne en raison d’une affection gastrique dont je souffrais depuis déjà cinq ans et qui m’avait littéralement amené au bord du suicide (…) J’ai décidé de me tuer ou de mettre fin à ma douleur. J’ai acheté un flingue mais à la place, j’ai choisi la défonce".

Très lucide, il est conscient que les drogues dures agissent de plus en plus sur son esprit déjà torturé et sur son organisme fragile. Dans une lettre non envoyée, il écrit ainsi à un ami : "Comme tu l’as sans doute deviné, je prends pas mal de drogues ces derniers temps, l’heure est peut-être venue d’un petit séjour à la Betty Ford Clinic (…) pour m’empêcher de malmener plus longtemps mon petit corps de rat anémique". Si la maladie lui donne l’occasion de se défendre d’être un junkie, il admet néanmoins que "tous ceux qui touchent aux drogues dures (…) deviendront finalement littéralement esclaves de ces substances (…) L’usage de drogues est une fuite en avant". Pour lui, cette fuite se terminera le 5 avril 1994, quand il se tire une balle dans la tête.

Une version épurée ?

Deux questions restent cependant en suspens. Laurence Romance, la journaliste qui traduit et présente la version française, pose la première : "des pages inédites, dérobées ou gardées secrètes pourraient-elles réapparaître" ? Ensuite, comme pour tout journal intime publié après la mort de la personne concernée : en avait-on le droit ? Kurt Cobain apporte lui-même des éléments. Après s’être fait voler une partie de ces carnets, il parlait de "viol de (ses) pensées personnelles". Et sur une couverture, on distingue l’inscription "Si vous lisez, vous jugez".

"Le journal de Kurt Cobain", traduction de Laurence Romance, Oh Editions, 18,9 €, disponible

Un best-of au succès assuré


Une pochette très simple
Geffen/Polydor-

La sortie d’un best-of est toujours une opération commerciale, surtout à quelques semaines de Noël. Celui de Nirvana n’échappe pas à la règle. L’idée germait depuis longtemps. Mais la bataille entre Courtney Love, très regardante sur l’exploitation des droits de son mari et des profits à en tirer, et les deux autres membres du groupe, Krist Novoselic et Dave Grohl, en avait repoussé la concrétisation.

Un compromis a finalement permis l’édition de cette compilation de quinze titres qui laissera les fans assidus sur leur faim (ils auraient préféré un coffret de raretés) mais comblera le grand public, et par ricochet plusieurs comptes en banque. On y retrouve évidemment les morceaux phares ("Smells like teen spirit", "Rape me", "Come as you are"…), l’inédit de service ("You know you’re right") ainsi que la poignante et émouvante version de "The man who solds the world", la reprise de David Bowie qui figure sur le MTV Unplugged . Bref, succès et grosses ventes assurés.

"Nirvana", Geffen, distribué par Universal Music-Polydor en France, 23,35 €, disponible

(photo d'ouverture DR : Kurt Cobain)
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