Maurice Pialat, cinéaste de la vérité

Par Oilivier Corriez, le 11 janvier 2003 à 09h00 , mis à jour le 16 janvier 2003 à 12h06

Exigeant, méconnu du grand public, éternel incompris, le réalisateur aura marqué le cinéma français. De "Nous ne vieillirons pas ensemble" à "Loulou" en passant par le controversé "Sous le soleil de Satan", il laisse une œuvre, souvent difficile, mais empreinte d'un grand réalisme. Il vient de nous quitter.

Maurice Pialat en octobre 1995 © LCI

La Vérité. Tel est le maître mot de toute l'œuvre de Maurice Pialat. Une vérité qui s'exprime de différentes manières ; qu'elle soit dans les rapports familiaux ou amoureux, dans les extérieurs choisis avec un soin extrême ou surtout dans celle des acteurs.

   Cette vérité
qu'il ordonnait
se retrouve
nécessairement
dans tous ses films
   

Car Maurice Pialat n'était pas un metteur en scène réputé facile. Bien au contraire, ses relations avec les comédiens ont parfois été explosives comme avec Jean Yanne ou Gérard Depardieu qui tourna pourtant quatre fois sous sa direction. Avec d'autres, au contraire, comme Isabelle Huppert, l'exigence, voire la brutalité du réalisateur fut un moteur essentiel.

Cette vérité qu'il ordonnait se retrouve nécessairement dans tous ses films. Dès L'Enfance nue en 1967, il se consacre à un réalisme déroutant qui restera som empreinte. Ici, ce sera l'enfance difficile, celle d'un gamin de l'Assistance publique. Il obtiendra d'ailleurs de nombreuses récompenses dans les festivals notamment à Venise et New York ainsi que le Prix Jean Vigo.

"A nos amours"
dresse le portrait
sans concession
d'une jeune fille
en plein désarroi
   

Ensuite, Pialat s'intèressera aux déchirements d'un couple dans Nous ne vieillirons pas ensemble qui vaudra à Jean Yanne le prix d'interprétation à Cannes en 1972. Deux ans plus tard, il s'attarde sur la douleur avec La Gueule ouverte qui raconte l'agonie d'une mère atteinte d'un cancer. Puis en 78, il fera l'autopsie d'un groupe d'adolescent dans le Nord de la France pour Passe ton bac d'abord.

En 1980 le cinéaste pose sa caméra sur une petite bourgeoise qui va connaître l'adultère avec un loubard avec Loulou. Un film qui scelle sa première rencontre avec Gérard Depardieu. Trois ans plus tard, Pialat marque les esprits avec A nos amours que beaucoup considèrent comme son chef d'œuvre. Ce portrait sans concessions d'une jeune fille en plein désarroi dans une famille bouleversée lancera par ailleurs la carrière de Sandrine Bonnaire. A nos amours recevra le César du meilleur film ex-aequo avec Le Bal d'Ettore Scola tandis que son actrice principale recevra le César du meilleur espoir féminin (la suite en page 2).


(Suite de la page 1)

En 1985, Maurice Pialat s'attache dans Police à décrire un commissariat de quartier où évolue un inspecteur mal dans sa peau. C'est aussi l'occasion pour le réalisateur de mettre en scène une nouvelle fois Gérard Depardieu accompagné par Sophie Marceau.

Après sa Palme
d'or controversée,
Maurice Pialat
est déchiré,
son sacre
a été gâché
   

En 1987, le scandale arrive sur les bords de la Méditerranée avec Sous le soleil de Satan. Maurice Pialat présente à Cannes son adaptation de l'œuvre de Georges Bernanos dans lequel un curé de village, incarné par Depardieu, est confronté au doute. C'est sous les sifflets d'une partie du public que Pialat va chercher sa Palme d'Or. Furieux, le réalisateur, en guise de remerciements lachera le désormais célèbre : "sachez que si vous ne m'aimez pas, je ne vous aime pas non plus".

Maurice Pialat est déchiré, son sacre a été gâché. Il ne reviendra que quatre ans plus tard avec sa vision de Van Gogh qui vaudra à Jacques Dutronc le César du meilleur acteur. Filmer une biographie du célèbre artiste sera en quelque sorte un retour aux sources pour le cinéaste qui avait été peintre avant de se consacrer au cinéma.

Pour son dixième et dernier long métrage, il retrouve une nouvelle fois Depardieu pour Le Garçu (1995), qui relate les relations entre un père insupportable et son jeune fils. En plus de trente ans de carrière et seulement dix films sera devenu l'un des plus grands cinéastes de sa génération.

Par Oilivier Corriez le 11 janvier 2003 à 09:00
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