© INTERNERoublard, rigolard, bon vivant… Claude Chabrol aime à se cacher derrière des masques. A l'occasion de la sortie de La Fleur du mal (voir liens ci-contre), son 50e long-métrage, une biographie fouillée (1) vient placer, pour une fois, sous les projecteurs "une personnalité méconnue".
Elevé au jus de viande
Né en 1930, Claude Chabrol tire peut-être de son enfance son goût de la bonne chère et son regard mordant sur la société : allergique au lait, il a été élevé au jus de viande ! C'est à Sardent, un petit village de la Creuse où ses parents l'ont envoyé pendant la guerre, que l'adolescent connaît ses premiers émois — amoureux, littéraires et surtout cinématographiques puisqu'il y crée une salle de projection dédiée au 7e art. Cette dernière passion l'amène, dans les années 50, à devenir critique aux Cahiers du Cinéma, aux côtés de Truffaut, Godard et Rohmer.
Il est le premier parmi ses confrères à passer derrière la caméra — prenant d'ailleurs, le premier jour de tournage, une vis pour le viseur. Ses débuts à la réalisation, Le Beau Serge (1957) et Les Cousins (1958), lancent la Nouvelle Vague. Suivent alors 48 autres longs-métrages où les chefs d'œuvre (La Femme infidèle, Le Boucher, La Cérémonie…) côtoient les nanars (Le Tigre se parfume à la dynamite, Dr. M…), où les triomphes en salles (Docteur Popaul, Poulet au vinaigre…) fraient avec les bides (Les Magiciens, Jours Tranquilles à Clichy…). 
Repas et bourgeoisie
La filmographie de Chabrol, "trop souvent jugée inégale", n'est en rien "incohérente", démontre toutefois le biographe Wilfrid Alexandre. S'en dégage "un système dramaturgique fondé sur les scènes de table et la métaphore de l'échiquier, la manipulation et le mensonge (…)". Pourquoi cette importance accordée aux repas ? Car, dixit le cinéaste, c'est pendant ces "petits moments de vérité", que les masques tombent. Autre grand cheval (d'orgueil ?) de bataille : la description acide de la bourgeoisie. "Plutôt que de m'intéresser aux SDF, je m'attache à ceux qui les ont fabriqués", précise Chabrol.
Au delà de cette passionnante analyse, Wilfrid Alexandre livre un portrait intime d'un homme discret et modeste, qui vit et travaille en famille et adore regarder la télévision : il affirme d'ailleurs avoir trouvé la solution pour gagner au Maillon faible. Et l'on réalise (c'est le cas de le dire) que Chabrol est l'un des derniers dinosaures du cinéma français qui, à l'instar de son "maître" Hitchcock, n'a pas obtenu la reconnaissance qu'il mérite.
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(1) Wilfrid Alexandre : Claude Chabrol, la traversée des apparences, éditions du Félin-Kiron, 267 pages, 22€.
photo d'ouverture : détail de la couverture de Claude Chabrol, la traversée des apparences (DR)
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