Le dancehall jamaïcain déferle sur les charts

Par Matthieu DURAND, le 12 avril 2003 à 07h00 , mis à jour le 11 avril 2003 à 13h40

Après les Etats-Unis, la France va-t-elle succomber au raz-de-marée dancehall ? Ce rejeton nerveux du reggae rencontre de plus en plus les faveurs du grand public.

beenie man janet jackson Feel it boy ragga dancehall reggae Jamaïque (DR) © INTERNE

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Plus connu de ce côté-ci de l’Atlantique sous le nom de ragga (voir encadré ci-dessous), le dancehall a envahi les charts américains grâce à quelques artistes aujourd’hui prêts à prendre d’assaut notre Top 50.

Dancehall fever

Paradoxalement, ce sont les rockeurs californiens de No Doubt qui ont frappé les premiers en s’associant au DJ jamaïcain Bounty Killer pour sortir Hey Baby, récompensé d’un grammy. Mais le premier scud en provenance de Kingston a été envoyé par Beenie Man. Cette superstar du dancehall a trempé son flow dans un bol de rap et de RnB pour séduire le grand public. Son duo avec Janet Jackson, Feel It Boy, l’a ainsi propulsé au sommet des hit parades.

Une "tempête tropicale" (du nom de son album, voir notre sélection) bientôt suivie d’un ouragan provoqué par un autre DJ "yardie" (surnom que se donnent les Jamaïcains), Sean Paul. Sa chanson Gimme the light a été le premier titre 100% ragga à s’imposer dans les charts et médias américains. Malin, Sean Paul a su jouer à la fois de "l’exotisme" des rythmes et du patois jamaïcains tout en partageant le micro avec des pointures du rap (Busta Rhymes…) et en mâtinant son langage d’argot hip hop.

La France à l’heure ragga

Les Français, qui sont parmi les plus gros "consommateurs" de reggae au monde, réserveront-ils un accueil aussi chaleureux au dancehall ? A voir. Car du "roots" au ragga, il y a un pas délicat à franchir pour ceux qui en sont restés à Bob Marley. Et si le ragga "vend" plus que les musiques du monde en France, les meilleures ventes par album dépassent rarement les 20.000 unités. Par ailleurs, la "culture dancehall", fondée sur les sound systems et les riddims (voir encadré et sélection), reste difficile d’accès. Enfin, selon certains professionnels du disque, les paroles parfois extrémistes de quelques artistes (apologie de la violence, homophobie…) interdisent au dancehall de s’ouvrir à un large public. Mais cela n'a pas empêché le rap de sortir de son ghetto...

Reste que depuis cinq ans, l’audience du  dancehall progresse. La compilation Ragga Connection, sortie en 2001 chez Sony, a été vendue à plus de 400.000 exemplaires. "Un coup marketing à base de morceaux archi-connus jusque dans la plus reculée des boîtes de nuit", persifle-t-on chez un label concurrent. Mais les majors y ont vu un bon filon, d’autant que le rap ne fait plus recette. "Il ne faudrait pas casser ce qu’on a mis des années à construire, pour des histoires de business", prévient toutefois K-Za, "selector" au Issat Mabrak Sound System. L’heure de vérité a sonné pour le dancehall. Ring the alarm !

         Un cocktail explosif

Le dancehall a été concocté à la Jamaïque dans une grande marmite de reggae bouillant où l’on aurait rajouté quelques louches de hip hop, une pincée de rythmes caribéens ainsi qu’un zest de techno. Une potion détonante servie par les DJs qui, à la Jamaïque, officient au micro. Meilleur endroit pour la déguster : les sound systems, ces discothèques mobiles animées par un "selector" aux platines.

photo d'ouverture : Janet Jackson et Beenie Man (DR)

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Par Matthieu DURAND le 12 avril 2003 à 07:00
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