© INTERNEEn 2001, Gaëtan Roussel et Arnaud Samuel, respectivement chanteur et violoniste de Louise Attaque, sont en congé du groupe. Ils en profitent pour créer une nouvelle formation, Tarmac, et mettent sur pied "L’atelier". La voix d’un côté, le violon de l’autre, les deux essences de Louise Attaque, l’album, bien que très minimaliste, obtient un joli succès avec 130.000 exemplaires vendus. La tournée marathon qui suit surfe sur la même vague.
Deux ans après, toujours en relâche de Louise Attaque, Tarmac revient donc dans les bacs avec "Notre époque". Pour le travail en studio, les trois musiciens supplémentaires présents lors des concerts sont venus renforcer le duo. Celui-ci y gagne en complexité sonore, avec notamment l’apparition d’une vraie section rythmique avec basse et batterie. Le piano est également plus présent, les arrangements plus poussés. "On voulait un disque plein de sons, une superposition d’éléments simples organisés de façon à donner de l’épaisseur" expliquent les deux compères. Le chant de Gaëtan Roussel, en français comme en espagnol, est de son côté toujours aussi caractéristique.
Humanisme
Sur le fond, Tarmac questionne le monde actuel. Même si le refrain de la chanson éponyme ("notre époque raisonne/telle une porte close/et nous comment fait-on/sur quelle idée/l’on se repose") traduit l’idéalisme disparu de toute une génération, la suite ne se transforme pas pour autant en un manifeste politique. "Même si nous avons notre opinion sur les choses, nous serions réticents devant un texte politique qui dirait notre vision de l’époque. On préfère la traduire dans notre manière de faire de la musique" souligne le tandem.
Dans "Chaque ville", Tarmac fait ainsi référence à un hypothétique monde sans frontières ("chaque ville/cada ciudad/est la tienne"), en y incrustant un poème de l’écrivain américain Walt Whitman (un autre texte est lu dans "Notre époque"). "On peut essayer de faire partager notre intérêt pour des écrivains dont la sensibilité nous semble proche" précise Arnaud Samuel. Cette incursion de la littérature est encore plus marquée avec "Post-scriptum", une poésie de l’auteur portugais Fernando Pessoa, jouée dans sa traduction française. Ces textes "étaient proches de ce qu’on avait envie de dire sur la place de l’individu et du collectif" notent les deux hommes.
L’ensemble, ponctué de trois instrumentaux ("Du velours", "Tout à côté 1 et 2"), donne une œuvre originale. Et délivre, quasi-incognito, une note optimiste : la porte close de "Notre époque" est très légèrement entre-ouverte sur la pochette du CD, laissant passer un rayon de lumière. Comme pour signifier qu’il suffit d'avoir la volonté nécessaire pour l’enfoncer…
Tarmac, "Notre époque", un CD, Atmosphériques
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