Radiohead fait sa synthèse

Par , le 10 juin 2003 à 18h32 , mis à jour le 17 octobre 2003 à 21h53

Le groupe emmené par Thom Yorke publie son sixième album studio. "Hail to the Thief", mélange de rock et d'électronique, se présente comme une mosaïque des styles prisés par la formation anglaise.

thom yorke 2003 © INTERNE

Après la thèse (le rock de "The Bends" et "OK Computer") et l'antithèse (l'électronique de "Kid A" et "Amnesiac"), voici donc la synthèse. Sans renoncer aux machines qui monopolisaient la quasi-intégralité de ses deux derniers albums, Radiohead redonne en effet toute leur place aux  instruments acoustiques sur "Hail to the Thief", débarqué dans les bacs ce mardi.

Conséquence logique : co-produit comme ses prédécesseurs par Nigel Godrich, ce nouvel opus ne va pas aussi loin dans l'expérimentation, et c'est déjà une surprise en soi -même si elle était éventée après la présentation de plusieurs nouveaux morceaux lors de la tournée portugaise de l'été dernier et la diffusion de l'album sur Internet fin mars.

Aversion pour Bush


La pochette de "Hail to the Thief"
EMI-
Le nom du disque mérite tout d'abord une petite explication de texte. "Hail to the Thief" ("Le salut au voleur") est le slogan détourné d'une marche militaire ("Hail to the Chief"). Les pacifistes l'ont utilisé pour dénoncer la politique de George W. Bush et la guerre en Irak. Le titre d'ouverture "2+2=5" et ses paroles (It's the devil's way now/There is no way out/You can scream and you can shout/It's too late now) semblent d'ailleurs se référer aux conséquences du comptage contesté des voix en Floride lors de l'élection de novembre 2000.

Le reste ne se transforme pas pour autant en un brûlot anti-Bush. Thom Yorke (photo), qui a écrit les textes lors de la naissance de son fils, se consacre plutôt au monde qui l'entoure. Le personnage aidant, ce n'est évidemment pas très gai. "A Wolf at the Door" s'interroge par exemple sur la planète que nous laisserons aux futures générations. Sur "We suck Young Blood" apparaît une ambiance lugubre où se profilent des vampires.

Florilège

Côté forme, en caricaturant, on pourrait dire que Radiohead propose en quatorze compositions une sorte de florilège de toutes ses influences. Avec "There there" (le single) et "Go to Sleep", il se souvient qu'il fut un groupe de rock "classique" avec guitares et batterie. A l'opposé, le tout électro de "Backdrifts" et "Myxomatosis" n'aurait pas dépareillé sur "Kid A" ou "Amnesiac" tandis que le côté expérimental n'est pas oublié avec "The Gloaming". Des ballades ("I will", "Scatterbrain") complètent un ensemble dominé par la voix plaintive si caractérisque de Thom Yorke.

Au final, plusieurs écoutes de "Hail to the Thief" sont nécessaires pour en découvrir toutes les subtilités. Les auditeurs qui se contenteront d'un seul passage dans la platine CD se diront donc que Radiohead a simplement fait du Radiohead. Les autres affirmeront que la quintette d'Oxford est toujours la plus originale du moment.

Radiohead, "Hail to the Thief", EMI/Delabel, disponible

Deux concerts en France

Promotion oblige, Radiohead a entamé une tournée pour soutenir les ventes de "Hail to the Thief". Le groupe jouera dans l'Hexagone à deux reprises : le 4 juillet à Belfort pour les Eurockéennes et le 14 juillet aux arènes de Nîmes. D'autres dates, notamment à Paris, pourraient être rajoutées à la fin de l'année.
   

Cliquez ici pour regarder la "Radiohead TV"
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(crédit photo d'ouverture : EMI-Jason Evans)

Par Fabrice Aubert le 10 juin 2003 à 18:32
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