Le ministre et la diva

Par Christophe ABRIC et Léonard VINCENT, le 04 juillet 2003 à 09h52 , mis à jour le 04 juillet 2003 à 12h04

La légende du "tropicalisme" et ministre brésilien de la Culture, Gilberto Gil, s'est produit jeudi soir au théâtre antique de Vienne, au côté de la suave et mystérieuse Maria Bethânia.

gilberto © INTERNE

On pouvait s'y attendre. Monsieur le ministre est arrivé en t-shirt et sandales. La deuxième soirée brésilienne du festival Jazz à Vienne accueillait le lutin noir du "tropicalisme", son excellence le ministre de la Culture de la République du Brésil, Gilberto Gil.

    "L'identité
brésilienne,
je ne peux pas
la définir
parce qu'elle
n'est pas figée"
  

Avant son Zénith de Paris, le chanteur-compositeur a présenté au théâtre antique sa ténébreuse amie, Maria Bethânia, la fée vaudoue bahianaise avec laquelle il ne s'était pas produit depuis 20 ans. "Ce duo est très différent, a-t-il confié lors d'une conférence de presse. "Maria a une dimension très profonde : chanter avec elle est à la fois très exaltant et très spécial", a-t-il avoué.

L'amour de Bahia

De fait, l'amitié et la complicité qui prévaut entre les deux chanteurs et amis semblaient nourrir et doper leur enthousiasme. Les gestes amples et théâtraux de Maria Bethânia, les petites danses de Gilberto Gil irradiaient d'une ferveur d'autant plus communicative un concert déjà rythmé, donné devant un public pourtant trempé par l'orage, mais où était fièrement brandi ça et là le drapeau brésilien.

Silhouette menue, dreadlocks à peine clairsemées, Gilberto Gil est un petit homme de 61 ans, dont la voix répand depuis plus de trente ans sa lumière à travers les postes de radio du monde entier. En concert, ses morceaux chantent à l'envi l'amour de Bahia, la "capitale noire" qui l'a adopté. Pour autant, on croirait que l'épithète facile d'"ambassadeur" l'agace. "L'identité brésilienne, je ne peux pas la définir parce qu'elle n'est pas figée, a-t-il précisé, c'est une accumulation quotidienne, qui apporte à chaque réveil quelque chose de nouveau."

"Comme tu fais ta musique"

" Un ministre-chanteur ou
un chanteur-ministre,
c'est le symbole
d'un rapport
différent
entre l'Etat
et la société"
 

Ses passages en France doivent se savourer à leur juste mesure. Nommé au début de l'année ministre du président Lula, Gilberto Gil a promis de consacrer 80% de son temps à son activité gouvernementale et 20% à son art. "Ces deux activités ne sont pas contradictoires", a-t-il expliqué. "S'il y a des interférences entre l'une et l'autre, ce ne peut être que positif", a estimé l'artiste selon qui "pour les Brésiliens, un ministre-chanteur ou un chanteur-ministre, c'est le symbole d'une nouveauté, d'un rapport différent entre l'Etat et la société".

Lui qui a subi l'oppression de la dictature, la prison et l'exil ne voit pas de contradiction entre son ministère de Brasilia et celui des scènes du monde. Lula et lui, d'ailleurs, n'en font pas mystère. Lorsqu'il l'a nommé, le président brésilien ne lui a-t-il pas dit : "Gil, va au ministère et fais ton travail comme tu fais ta musique" ?

(Photo C.Abric / tf1.fr / 2003)

Par Christophe ABRIC et Léonard VINCENT le 04 juillet 2003 à 09:52
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